samedi 22 juin 2019

Avant même le premier pas

Toute technique en Aïkido commence par Kamae, et ce que l’on parle de Tai Jitsu, d’Aïki-ken ou d’Aïki-jo, à tel point que le débutant se fera régulièrement reprendre s’il met le mauvais pied devant. Mais sorti de son aspect traditionnel et de son apparence de martialité, quelle est l’utilité réelle de la garde?


Le terme Kamae se traduit plus ou moins littéralement comme posture mais il est souvent compris comme la garde, c’est-à-dire la posture d’attente, celle qui précède directement le combat en lui-même. La garde est un élément essentiel des arts martiaux, et plus généralement de toute activité physique. On pensera bien sûr à la garde d’un boxeur ou d’un escrimeur mais il est intéressant de regarder aussi ce qui se fait dans différents sports à ce sujet.

Tour de table


Un rapide tour de table de différentes activités sportives nous permet d’identifier clairement des postures d’attente. Le rugbyman qui s’apprête à plaquer sera solidement campé sur ses deux jambes, genoux fléchis et prêt à bondir. Le sprinter sera dans les starting blocks. Le tennisman les pieds parallèles, genoux fléchis et raquette devant lui.

Prenons l’exemple du tennis de table pour examiner plus précisément les gardes des deux adversaires et leurs significations respectives. Le serveur est le plus souvent de profil dans un coin de la table. De profil, il utilise son bras pour couvrir le mouvement de sa raquette, dissimulant ainsi l’effet et la direction le plus longtemps possible pour pouvoir surprendre son adversaire. Se faisant, il tourne de fait le dos a une partie de la table, mais ce risque est réduit puisqu’il se positionne logiquement dans un coin, rendant difficile le fait de le prendre à contre-pied.

Son adversaire lui attend. Il sait que l’attaque va venir, mais il ne la connait pas d’avance. Il doit donc choisir la position la plus polyvalente possible pour répondre à l’attaque qui lui sera proposée. Logiquement il se place donc au centre de la table, de face, genoux fléchis et raquette devant lui, ce qui lui permet de couvrir le plus de surface possible sans présenter d’angles morts.

En quoi l’exemple du tennis de table est-il pertinent pour nous, pratiquants d’Aïkido ?
Dans un travail de pure opposition, les adversaires cherchent à obtenir un avantage décisif et la posture du serveur et du receveur sont des éléments essentiels de ce point de vue. Le serveur cherchera à cacher son intention et ses mouvements et à mettre le receveur dans la situation la plus difficile possible, le poussant à répondre d’une certaine manière. Le receveur lui essaiera de ne pas montrer de failles ou d’en présenter volontairement pour créer un type de service particulier. Il choisira aussi une position qui lui permettra d’être mobile pour pouvoir rejoindre n’importe quel bout de la table facilement sans se mettre en danger pour le coup suivant. Avant même la frappe de la première balle nous sommes dans un jeu de stratégie où chaque élément compte.


En tennis de table, les adversaires utilisent également une position de garde pour améliorer leurs chances
Crédits photo: Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons / CC BY-SA 3.0




Et en Aïkido ?

Qu’en est-il de la garde en Aïkido ? Oui il existe bien des gardes, Hanmi étant sans aucun doute la plus connue d’entre elles. Hanmi présente en effet les conditions de base d’une garde : elle limite les risques en présentant le corps de profil et elle permet une certaine mobilité. Mais s’agit-il vraiment d’une garde ?

La question se pose parce que pour que l’on parle de garde, il faut encore que l’on cherche à « garder » quelque chose… Cela implique donc que Uke, l’attaquant, cherche sérieusement à compromettre notre intégrité physique. Ce qui n’est évidemment pas le cas s’il se contente de saisir un poignet qui lui est gentiment tendu, avant d’attendre la défense qui viendra contrer cette dangereuse attaque.

Reprenons notre comparaison avec le tennis de table. En tant qu’Uke, mon rôle correspond à celui du serveur. Je lance les hostilités et mon but est clairement de planter mon adversaire. Cela implique que je cherche à cacher mes mouvements et mon intention le plus longtemps possible, tout en lançant une attaque franche et décidée. Un Shomen Uchi qui change dix fois de direction et qui finira au final par toucher l’adversaire sans pouvoir lui infliger aucun dommage n’est pas une attaque franche et décidée, toucher n’est pas suffisant dans une pratique martiale. Mon attaque doit donc pouvoir vaincre mon adversaire ici et maintenant, ou au pire créer les conditions d’une victoire rapide.
Tori est lui dans le rôle du receveur. Hors contexte de Kata, il ne connait pas l’attaque qui lui est proposée et il doit donc se préparer au mieux de la façon la plus polyvalente possible. Hanmi lui offre un début de solution en limitant les cibles possibles et il peut également provoquer l’attaque en utilisant une garde qui fermera un certain nombre d’options. Diriger sa main d’une certaine façon vers le visage de son adversaire pourra par exemple l’encourager à effectuer une saisie, alors qu’il parait aberrant de vouloir saisir un bras qui attend sagement le long du corps, quand une frappe serait plus simple et effective.

La garde, une question de contexte


Toutes les postures d’attente ne se valent pas, et c’est le contexte qui prime avant tout. Un boxeur d’anglaise gardera les poings fermes au niveau de la tête, coudes le long du corps parce qu’il sait que son adversaire ne peut l’attaquer qu’avec ses poings et parce que ses gants lui offrent une protection non négligeable. Un combattant de Karaté Kyokushinkai pour lequel les frappes du poing au visage sont interdites prendra une garde différente qui lui privilégiera la protection du torse au détriment du visage. Dans les deux cas, le contexte est celui d’un duel, ce qui implique que l’intention est strictement vers l’avant et qu’il n’est pas nécessaire de pouvoir changer de direction.

L’Aïkido n’est pas un sport et son contexte est par définition plus ouvert. Le choix d’une bonne garde n’en est que plus important, les attaques pouvant survenir de n’importe quelle direction et les adversaires pouvant être nombreux ou armés. Protéger au maximum les zones à risque, telle que la ligne centrale du corps, et garder une capacité à se mouvoir dans toutes les directions.

la garde du Taekwondo est typiquement influencée par les règles qui le régissent
Crédits photo: Korea.net / Korean Culture and Information Service (Korean Olympic Committee)



La garde comme invitation à l’attaque

Au dojo, faute de réelle opposition, la pratique tourne souvent autour du kata où l’attaque et la défense sont connues. Si c’est une pratique utile pour avoir les bases, elle présente également de nombreuses limites pour réellement progresser. Les arts martiaux sont conçus pour faire face à des situations ouvertes et d’une rare violence. Cette violence n’est évidemment pas souhaitable sur le tatami, mais l’intensité, l’intention, et l’ouverture progressive des situations le sont en revanche.

Dans un système de kata, la situation étant définie par les protagonistes, Tori est de fait passif. Il connait l’attaque et attend qu’elle se produise, tachant de réagir au bon moment. Dans une situation ouverte en revanche, il est impossible de savoir à l’avance quelle sera l’attaque et y réagir à temps n’en est que plus difficile. Une solution simple consiste à influencer l’attaque. On aurait tort de croire qu’un adversaire a réellement un choix illimité pour nous attaquer. Un adversaire compétent saura effectivement « lire » nos failles et s’y engouffrer, alors qu’il aura déjà rejeté un certain nombre d’options qu’il n’aura pas estimées pertinentes. Tout le travail consiste alors à influencer ce choix. C’est ce qu’Hiroo Mochizuki considère comme le Tsukuri, la phase de préparation.

Il y a maintenant plusieurs années, en étudiant un système de Silat, j’avais vu des gardes étranges, qui au premier regard me semblaient dangereuses parce qu’elles présentaient une ouverture particulièrement visible. C’était le cas et c’était volontaire. Une garde aura toujours des ouvertures mais en choisissant de rendre une ouverture particulièrement visible, il est possible d’encourager l’adversaire à choisir une attaque en particulier. Par ma garde je réduis ainsi l’univers des possibles pour laisser à mon adversaire l’illusion du choix.

L’Aïkido n’est pas différent. Ou tout du moins il ne devrait pas l’être. Si les deux partenaires sont en Hai Hanmi, pied gauche en avant, les options sont ouvertes. Si l’un des deux se décale vers sa droite, la situation change et l’équilibre est rompu. Si en se déplaçant sa main gauche vient dans le champ de vision de son adversaire (par exemple avec une frappe en revers), celui-ci devra réagir en conséquence.

Conserver sa mobilité


Contrairement à d’autres arts qui ont choisi de travailler le corps de façon à pouvoir absorber une attaque avec des déplacements réduits au strict minimum, l’Aïkido a fait le choix de la mobilité. Pour un art descendant notamment du kenjutsu, c’est un choix judicieux, à condition de comprendre ce qu’est cette mobilité et comment l’utiliser.

Mais de quelle mobilité parle-t-on ?
Il existe de nombreux niveaux de mobilité. Être capable de se déplacer dans une direction est déjà être mobile, mais est-ce suffisant dans le cadre de l’Aïkido? Dans un cadre totalement ouvert, nous devons pouvoir nous déplacer dans toutes les directions, rapidement et sans appel. Cela implique d’être léger sur ses appuis pour ne pas perdre de temps en transférant son poids. Cela implique également de ne pas se fermer de portes en choisissant une posture qui manque de polyvalence, totalement de profil par exemple.

La notion de Kamae n’existe que dans un contexte où l’adversaire en veut à notre intégrité


Il n’y a pas de garde sans opposition


L’Aïkido n’est pas un sport de combat mais il reste une discipline d’opposition. Au-delà de ses idéaux de paix et d’harmonie, dans sa plus simple expression l’Aïkido consiste à apprendre à gérer un adversaire qui en veut à notre intégrité physique. La notion de Kamae n’existe que dans ce contexte, pour preserver au mieux cette intégrité et nous donner les moyens de répondre au mieux à l’agression. Sans danger, nul besoin de se protéger.

Donnez vie à votre Aïkido. Mettez votre partenaire en danger en rendant vos attaques plus dangereuses et en cherchant à percevoir ses faiblesses. C’est seulement ainsi que vous lui donnerez les moyens de progresser et de comprendre l’importance du Kamae.


Cet article a été publié dans Dragon Spécial Aikido en Janvier 2019.

samedi 4 mai 2019

Yashima numéro 4

Le numéro 4 de Yashima est aujourd’hui à l’impression et vous pourrez le retrouver en kiosque (ou dans votre boite aux lettres) dès le 15 mai.

Comme pour les numéros précédents, nous avons fait tout notre possible pour vous amener un contenu de grande qualité, dans un objet qui soit réellement agréable à lire. Le numéro 4 reste dans cette lignée, et est probablement le plus beau numéro que nous ayons sorti depuis la création du magazine.




Yomi

Apres Hyoshi et Mushin, nous sommes allés recueillir les visions croisées d’experts sur le thème Yomi, la lecture du mouvement et de l’intention. Yomi est un terme sans doute mal connu, et la notion qu’il recouvre peut sembler aussi vague qu’elle est souvent mal comprise.

J’espère que les points de vue d’experts tels que Richard Folny, Lionel Froidure, Malcolm Tiki Shewan, Sergio Boffa et Loïc Blanchetete vous permettront d’appréhender cette notion avec plus de sérénité.

Grand entretien avec Kenyu Chinen

Kenyu Chinen enseigne le Karate Shorin Ryu dont il est le représentant pour l’Europe. Dans cet entretien, il raconte notamment a Yashima ses débuts en France à son arrivée d’Okinawa il y a près de 50 ans. Un récit incroyable.

Washizu Terumi, l’héritage de Minoru Mochizuki

Il y a quelques mois j’ai eu l’occasion de me rendre à Shizuoka pour rendre visite à Washizu sensei, dans ce qui fut le dojo Yoseikan du maitre Mochizuki. J’ai profité de cette occasion pour m’entretenir avec le maitre et en apprendre plus sur son parcours, mais aussi sur son maitre qui est à l’origine de nombreuses écoles martiales très développées en France (Yoseikan Budo, Aikibudo, Nihon Tai Jitsu, Tai Jitsu notamment).

Minoru Mochizuki a certainement été l’un des pionniers les plus marquants des arts martiaux en France et je suis convaincu que cet entretien ne pourra qu’intéresser un très grand nombre de pratiquants.



Chroniques héraldiques

Ce numéro 4 voit également le lancement d’une série de chroniques sur l’héraldique japonaise par Baptiste Tavernier. Les mon ou kamon font partie de ces sujets qui intéressent les pratiquants et parlent d’une certaine manière à notre imaginaire collectif. C’est cependant un sujet très mal connu et sur lequel on trouve finalement peu d’informations. Je suis particulièrement heureux que cette chronique voit le jour et j’ai déjà personnellement énormément appris grâce à ce premier article.


Le sigle de la famille Tokugawa reste l'un des plus célèbres



Au-delà de ces articles, vous retrouverez également :

  • A découvrir :
    •  « Brèves Actu » par Julien Peltier
    •  « Et si on prenait un Petto Kafe » par Sébastien Place
    •  « Découvrir la collection Rinpa » par Pierre Fissier
  • L’art martial : « Karatedo » par Nicolas Lorber
  • Voyage : « Edo, Tokyo sous la pax Tokugawa » par David Constant
  • Histoire : « Oda Nobunaga » par Pierre Fissier
  • Légende martiale : « L'essence du sabre: Tsukahara Bokuden, légende de Kashima » par Emmanuel Betranhandy 
  • Spiritualité :  « Les budoka sont-ils des Jedi qui s'ignorent? » par Matthieu Dubois
  • Gastronomie : « Kawasaki Ryohei » par Issei Tamaki
  • Calligraphie par Pascal Krieger
  • Santé : « Frans Copers, pionnier du Shiatsu et du Seiki Soho » par Stephane Crommelynck


Toujours plus de contenu pour la version exclusive

Comme dans les numéros précédents, la version exclusive de Yashima (disponible sur abonnement) vous propose 12 pages de contenu supplémentaire, notamment des photos inédites de Kenyu Chinen et Ryohei Kawasaki, mais aussi un article d’Alexandre Dumazeaud sur Date Masamune. Une bonne raison de passer à la version exclusive !

samedi 16 février 2019

Tout est ukemi

Cet article est initialement paru dans la revue Dragon Spécial Aikido en Octobre 2018.


Ukemi est l’un des termes les plus connus du monde de l’Aïkido et est possiblement la première chose que l’on enseigne aux débutants pour s’assurer qu’ils puissent ensuite pratiquer en toute sécurité. Souvent compris comme l’élément « chutes » de l’Aïkido, ou plus largement comme le fait de recevoir la technique (« prendre l’ukemi ») par Uke, le terme recouvre pourtant une réalité bien plus large, qui ouvre de nombreuses portes pour aller plus loin dans la pratique.


L’ukemi, c’est la chute

Le terme ukemi, issu des caractères uke (recevoir) et mi (corps) est très souvent compris dans son sens le plus restreint comme le fait de recevoir la technique de Tori, donc chuter. Mais le fait de chuter recouvre un certain nombre de réalités et la chute de l’Aïkido n’est pas celle du Judo.

Qu’est-ce qui les différencie ? Ca n’est pas tant le fait d’exécuter une chute claquée ou roulée, et d’ailleurs les chutes claquées se retrouvent ponctuellement en Aïkido sur les techniques de type koshi nage, ou plus largement sur les techniques dans lesquelles Uke est retenu et ne peut donc pas rouler. Non, ce qui fait réellement la différence est la raison de la chute. En Judo, la chute est par définition subie. Dans un contexte où chuter représente la fin du combat, le judoka ne chutera que s’il est projeté. Dans le cadre de l’Aïkido en revanche, la chute a pour fonction de protéger Uke. Si visuellement la différence peut être imperceptible, elle signifie qu’Uke pourra utiliser sa chute pour éviter le pire, ce qui inclut être projeté et planté dans le sol. Choisir la chute, c’est se donner la possibilité d’échapper à une technique qui marquerait la fin du combat, et se donner une chance de continuer son attaque et de rester dangereux.

En Aïkido, le rôle d’Uke est simple : il attaque. Avec toute sa conviction et toute son énergie. Son seul but est de nuire à l’intégrité physique de Tori, ou tout du moins de simuler au mieux cette situation pour permettre à son partenaire de progresser. Son but n’est pas de chuter, et il est aberrant que l’on entende encore parfois sur les tatamis « voilà, maintenant chute » quand Uke possède encore des options bien meilleures que la chute. Si on parle aujourd’hui surtout d’Uke (celui qui reçoit) en Aïkido, ou parfois d’Aï-te (le partenaire), il fut un temps où le fondateur utilisait le terme Tekki (l’ennemi). Dans ce contexte, l’ennemi ne devrait chuter que s’il considère que c’est la meilleure option pour préserver son intégrité physique et potentiellement reprendre l’avantage. Quel que soit son choix suivant d’ailleurs : réattaquer immédiatement après la chute, s’enfuir face à un adversaire plus coriace qu’attendu, ou… aller chercher du renfort.


Chuter c’est parfois se protéger. Photo: Daniel Molinier




Uke, le miroir de Tori

Le rôle d’Uke via l’ukemi consiste également à faire un retour à Tori sur la qualité de sa technique. De ce point de vue, le rôle d’Uke est infiniment plus difficile à tenir que celui de Tori et on comprend aisément pourquoi dans les écoles anciennes il était systématiquement tenu par le pratiquant le plus avancé.

Effectuer un retour de qualité à son partenaire a de nombreuses implications : l’attaque et la réaction à la défense doivent être honnêtes mais aussi adaptées au niveau du partenaire pour lui amener juste le niveau de difficulté dont il a besoin. Trop peu et il restera dans sa zone de confort, trop et il ne sera pas capable de gérer l’attaque et n’obtiendra que frustration.

Un ukemi honnête est la clé pour progresser. Il ne s’agit pas simplement de tenir le partenaire comme il le souhaite et de chuter en réaction à la technique proposée mais de lui permettre d’affiner sa compréhension, de mettre le doigt sur ses manques et de lui indiquer le chemin pour aller de l’avant. J’ai souvenir il y a quelques années de discussions animées avec certains de mes partenaires qui considéraient que le rôle d’Uke était avant tout de garder la connexion, alors que se faisant ils ne contribuaient qu’à masquer une technique médiocre en créant l’illusion de la réussite. Encore une fois, je ne crois pas qu’Uke doive garder la connexion, je crois qu’il se doit juste d’être dangereux et que s’il a la possibilité de relâcher sa prise et de frapper, il n’a aucune raison valide de ne pas le faire. Si la connexion est au cœur de l’Aïkido je crois que c’est à Tori de la préserver et qu’Uke a le devoir d’indiquer à son partenaire quand la connexion est perdue. De même qu’il doit indiquer quand il est capable de réaliser une frappe capable de créer des dommages.

Par la façon dont il reçoit la technique proposée avec son corps, Uke donne un retour clair et direct sur la technique : son équilibre est-il pris correctement ? Quelles sont les possibilités de riposte qui lui sont offertes ? Où finit son corps à la fin de la technique ? Un mauvais Uke n’est pas un Uke qui ne chute pas, c’est un Uke qui ne fournit pas des conditions honnêtes de travail.


Apprendre en recevant la technique

On dit souvent que l’on apprend énormément en recevant la technique du maitre, et que servir d’Uke est le meilleur moyen de réellement comprendre le travail proposé. C’est un avis auquel j’adhère. Nos yeux ne peuvent percevoir que la surface des choses. Et les explications données par l’enseignant ne peuvent que recouvrir une partie relativement faible de la réalité : il est impossible à l’enseignant de tout expliquer verbalement et les explications seront de fait passées via ses filtres, avant d’être passées à travers les nôtres. Ressentir physiquement donne des informations plus claires et le pratiquant peut alors sentir la qualité du contact, la direction proposée, l’impact sur son propre corps, autant d’informations qu’il est difficile de verbaliser.

C’est d’autant plus vrai lorsque l’on parle des plus grands adeptes. Si de nombreuses vidéos d’Osensei sont disponibles, elles ne permettent en aucun cas de se rendre compte du ressenti de ses partenaires.

Augmenter sa sensibilité participe à la formation du corps du budoka. Lors d’une récente discussion avec Akuzawa sensei, le fondateur de l’Aunkai, celui-ci me disait au sujet des ukemi : « il n’est d’aucune utilité de chercher à bloquer la technique, il est bien plus utile de l’accepter et de comprendre comment la force rentre dans notre corps ».  Pourquoi comprendre comment la force rentre dans le corps ? Pour être capable de réaliser le mouvement soi-même bien sûr, mais aussi pour comprendre où sont ses failles et comment il est possible de la contrer.

Car oui, à terme Uke doit pouvoir contrer. A terme la dichotomie Tori/Uke doit être amenée à disparaitre pour laisser la place à deux opposants se faisant face et cherchant à obtenir le meilleur sur l’autre. Dans ce contexte, améliorer sa sensibilité pour pouvoir recevoir une potentielle technique adverse et la contrer est essentiel, de même que connaitre les failles de ses propres techniques pour connaitre les réponses possibles de l’adversaire. C’est je pense l’esprit du Hyori no Kata de l’Aïkido Yoseikan, un kata dans lequel la ligne de démarcation entre Tori et Uke s’efface pour laisser la place à deux adversaires qui se contrent mutuellement à chaque technique. Le jeu de rôle pédagogique de la pratique ne doit pas nous faire oublier le but final : le combat contre un adversaire déterminé.


Hyori no Kata: dépasser la dichotomie Tori/Uke. Photo: Pierre Fissier



Ukemi, fort et souple à la fois


Au-delà de ces considérations, l’ukemi permet également de former le corps et de trouver la juste tension à utiliser. Trop dur ou trop mou et les conséquences seront fâcheuses. Trop dur et la chute sera souvent subie, impliquant un grand nombre de tensions, une difficulté à revenir et à contrer, et l’impact avec le sol n’en sera que plus rude. Trop mou et l’adversaire pourra facilement passer à travers toutes nos lignes de défense, créant des dégâts avant même la chute, et nous aurons également du mal à éviter une concussion au contact avec le sol.

Etre Uke est un véritable travail en soi, peut-être même plus ardu que celui de Tori. Terriblement formateur également et j’ai tendance dans mes cours à faire travailler l’ukemi en me concentrant presque exclusivement sur Uke et la façon dont il reçoit la force proposée. Sans la bloquer et résister, mais aussi sans l’anticiper. Trouver un juste milieu et simplement se « laisser faire » est un travail difficile pour chacun d’entre nous. Nous sommes câblés pour opposer une force égale à celle à laquelle nous sommes soumis et dans la vaste majorité des cas lorsque le pratiquant comprend qu’il doit accepter la chute et non lutter au risque de se blesser, il passe de l’autre côté du spectre en anticipant et donc en décorrélant son action de celle de son partenaire.

Mais un bon ukemi n’est pas décorrélé, il n’est pas mon mouvement séparé du mouvement de mon partenaire. Il est mon acceptation de son mouvement, et sa conséquence mécanique sur mon corps. Il ne s’agit pourtant pas pour autant de complaisance aveugle mais bien d’un exercice pour former le corps, avec un seul but : contrer la technique et mettre fin au combat.


Un premier pas vers les kaeshi waza

Aussi paradoxal que cela puisse paraitre, je crois qu’un bon ukemi est l’une des meilleures clés pour apprendre les techniques de contre. Accepter la technique permet en effet deux choses. Premièrement, cela permet de comprendre comment la force rentre dans le corps, comment elle nous affecte et donc comment elle ne nous affecte pas.
Deuxièmement cela permet de laisser penser à notre adversaire que sa technique produit l’effet voulu.

Sortons du contexte de l’Aïkido pour explorer plus largement le contexte d’un combat ouvert. En Aïkido, si je pratique Shomen Uchi Ikkyo et que mon partenaire décide de me bloquer, il est probable que la technique ne fonctionne pas, ou mal. Uke se sentira soudain particulièrement fort et compétent puisqu’il aura su bloquer une technique… dont il connaissait chaque point dès le départ. En la bloquant, il est également probable que sa résistance ait entrainé un manque de mobilité et créé un certain nombre d’ouvertures pour une réaction autre de son partenaire : frappe aux côtes, changement de technique, les options sont multiples. C’est ce qu’il se passerait dans la réalité : si ma technique est bloquée, je m’adapte et je fais autre chose. C’est différent de devoir reproduire une technique spécifique demandée par l’enseignant. Encore une fois l’honnêteté d’Uke est primordiale pour un travail de qualité.

Comprendre la force appliquée et la suivre naturellement a en revanche l’effet inverse sur Tori : lui laisser croire que sa technique fonctionne, et que puisqu’elle fonctionne il est inutile d’en changer. C’est lui laisser croire que c’est lui qui a la main. Ca ne doit pourtant pas être le cas et en tant qu’Uke, j’essaie personnellement de toujours garder la main sans laisser mon partenaire s’en rendre compte.

Et si tout était ukemi ?

L’ukemi permet donc de comprendre les forces et leurs conséquences et donc de pouvoir les contrer. Mais qu’est ce qui différencie la technique appliquée par Tori de l’attaque initiale réalisée par Uke ? Rien en réalité. Une attaque, quelle qu’elle soit est déjà une technique, elle est déjà une force exercée sur son opposant. Travaillez vos ukemi, pas juste pour faire des jolies chutes mais pour améliorer la qualité de votre pratique, en tant que Tori et Uke, pour pouvoir finalement dépasser ces rôles.

vendredi 8 février 2019

La route vers le Shodan

Cet article a été écrit par Hugh Stanley, premier Shodan en Nihon Tai Jitsu et Nihon Jujutsu de notre dojo de Hong Kong après plus de six années de travail au dojo et chez lui.

Je ne suis pas un homme courageux et je n'aime pas avoir mal.
C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai formellement commencé les arts martiaux sur le tard. Et cela m'a effectivement fait mal, mais pas comme je m'y attendais. La douleur physique était occasionnelle et mineure, résultant principalement de mon incapacité à me détendre suffisamment pour absorber et annuler ce qui m'était infligé pendant l'entraînement.

Non, ce qui m'a le plus blessé était ma propre incapacité.

C'était inattendu. J'ai pratiqué toute ma vie des sports de contact - rugby, football gaélique - et des activités intensives telles que le squash, l'escalade et le triathlon. Pourtant, je me suis retrouvé physiquement non préparé aux arts martiaux. Ce n’était pas un manque de force, d’endurance ou de souplesse (bien que cette dernière me manque cruellement). C’était parce que la façon dont j’avais utilisé mon corps dans toutes ces autres activités ne semblait pas fonctionner dans le dojo. Et plus j'essayais, moins je réussissais. 

Après des mois de persévérance obstinée, je me suis rendu compte que pour avancer, je devais revenir en arrière. Je devais désapprendre ma façon de faire les choses et réapprendre à utiliser mon corps, d'une manière complètement différente. Les mouvements précédemment effectués de façon automatique, sans pensée, étaient devenus un travail conscient. 
Ce changement ne s'est pas limité au dojo. Quels muscles dois-je utiliser pour ouvrir une porte? Est-ce que j'utilise des muscles ou juste le poids de mon corps? Quand je monte, est-ce que j'utilise les muscles de la jambe ou mes abdominaux? Ou les deux? Quelle partie de mon pied doit supporter mon poids en position debout? En marchant? En tournant? Quand je tourne la tête, est-ce que je tire depuis l'avant ou l'arrière? Est-ce que mon bras commence au niveau de mon épaule ou de mon sternum? Et cela dépend-il de ce que je fais? Quand je tourne à gauche, est-ce que je dirige depuis la tête, les épaules, le bassin ou le pied? Dois-je avancer ou reculer ou ne pas pousser du tout, simplement me pencher? Est-ce que je me déplace différemment si je lève un verre ou me gratte le nez? Etc.
J'ai commencé à expérimenter partout - dans le train, en marchant dans la rue, au travail, à la maison, même au lit la nuit. Si je commençais à avoir de drôles de regards d'étrangers, j'étais trop concentré sur ce qui se passait dans mon propre corps pour le remarquer. Il devint évident qu'il existait de nombreuses façons de produire le mouvement le plus simple, et que des mouvements complexes de tout le corps devenaient à la fois des triomphes d'une coordination réfléchie et des vexations de l'esprit, à mesure que je devenais de plus en plus conscient des insuffisances de ce que je faisais. J'ai également pris de plus en plus conscience qu'il s'agissait fondamentalement d'un voyage en solo. Bien que d'excellents conseils puissent être et m'aient été fournis par ceux qui étaient plus accomplis, avancés et talentueux que moi, la vérité est que personne ne connaît votre corps comme vous-même. Personne ne peut l'explorer de la manière dont vous le pouvez vous-même. Si vous ne comprenez pas et ne sentez pas votre propre corps, personne ne peut le faire pour vous. Ils peuvent ressentir les résultats et vous faire part de leur ressenti, mais ils ne peuvent pas sentir précisément ce qui se passe dans votre esprit et votre corps. C'est essentiellement, fondamentalement, un voyage de découverte de soi.

C'est ce que la route vers le Shodan a été pour moi. Un voyage de découverte de soi, un examen et un ajustement de mes précédentes normes physiques et mentales. Les formes et les techniques du Shodan - avouons-le - peuvent être apprises par presque tout le monde. Mais en réalité, ce n’est pas ce qui est fait qui est essentiel, mais comment et pourquoi. En atteignant le Shodan, je me suis prouvé que je pouvais me déconstruire suffisamment pour faire ce premier pas. La question est maintenant, puis-je me reconstruire suffisamment pour continuer à marcher?

vendredi 11 janvier 2019

YASHIMA – Le numéro 3 bientôt en kiosques

Nous sommes déjà début janvier, l’heure de reprendre le chemin des tatamis après les écarts des fêtes de fin d’année, et de retrouver vos magazines préfères en kiosques ou dans votre boite aux lettres. Vous serez donc heureux d’apprendre que le numéro 3 de Kashima est actuellement à l’impression et que vous pourrez donc l’avoir entre les mains dans les jours qui viennent (le 23 janvier dans vos kiosques).


La version Classic, disponible en kiosques


Mushin

Après deux numéros consacrés au thème Hyoshi, pour le numéro 3 nous sommes allés recueillir les avis d’experts sur le thème Mushin – l’absence d’intention. Mushin est un terme dont la plupart des pratiquants ont entendu parler, sans avoir forcement eu la chance de l’expérimenter, et qui fait certainement partie des capacités légendaires que l’on attribue aux plus grands adeptes.

Je suis convaincu que les visions croisées de Baptiste Tavernier (Tankendo, Jukendo, Naginata), Areski Ouzrout (Karate), Patrick Roux (Judo) et André Cognard (Aikido) vous apporteront de nombreux éléments de réflexion.


Le Grand Entretien avec Kawabe Takeshi

Kawabe sensei est le seul professionnel du Daito-ryu Aiki jujutsu Takumakai. J’ai personnellement eu la chance de le rencontrer en 2017 et de pratiquer sous sa direction alors qu’il était à Paris dans le cadre de la Nuit des Arts Martiaux Traditionnels, et j’ai particulièrement apprécié sa bienveillance et sa grande maitrise du principe Aiki.

Pour ce numéro, Leo Tamaki est allé à sa rencontre et est revenu sur plusieurs décennies de pratique. Un entretien passionnant, à lire et à relire.


Yokota Kousaku, la préservation du Karate d’Asai sensei

Ce numéro contient également un entretien avec Yokota Kousaku, élève d’Asai sensei en Karate Shotokan et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet.

Si Yokota sensei enseigne à travers le monde, il reste avant tout un pratiquant passionné qui continue de pratiquer plusieurs heures par jour à un rythme que peu d’entre nous arriveraient à tenir. Pour fêter ses 71 ans il a d’ailleurs choisi de réaliser… 7,171 pompes dans la journée ! J’ai pris un très grand plaisir à échanger avec cet adepte du plus haut niveau sur la formation du corps et sa vision du corps Karate, et je pense que tout pratiquant d’arts martiaux y trouvera une source d’inspiration.

Comme dans les numéros précédents vous retrouverez également les rubriques santé, spiritualité, voyage, histoire des arts martiaux, et bien d’autres


Le choix de la version Exclusive

La version Exclusive tient toujours autant ses promesses. Vous êtes nombreux à nous avoir fait des retours positifs sur la version Exclusive, la qualité de son papier et la beauté de ses photos. Comme nous l’avions déjà fait dans le numéro 2, nous sommes heureux de proposer un article inédit dans cette version.

Cette fois-ci, je suis allé à la rencontre d’Irie sensei, fondateur du Kokodo jujutsu et Shiatsu dans son dojo de Saitama au Japon. Dans cet entretien, Irie sensei nous parle plus précisément des liens entre Shiatsu et jujutsu. Cet entretien n’étant propose que dans la version Exclusive du magazine, je ne peux que vous recommander chaudement de vous abonner.

La version Exclusive vient également avec une couverture Exclusive pour les collectionneurs. 

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mardi 8 janvier 2019

Bilan 2018

Dans mon bilan 2017, j’avais annoncé que 2018 serait une année un peu spéciale pour plusieurs raisons. Notamment parce qu’elle marquait mes 20 ans de pratique et 10 à Hong Kong, et qu’il s’agissait d’une année du chien, mon signe astrologique, marquant donc la fin d’un cycle et le début d’un nouveau. Voyons ce qu’il en fut

Des stages, encore et toujours

Comme chaque année j’ai eu la chance de voyager un peu et de donner quelques stages dans différents endroits du globe. Cette année j’ai eu l’occasion de visiter 4 dojos en France, 2 en Belgique et 1 en Italie, mais aussi de retourner à Singapour donner un stage d’Aunkai.

A Hong Kong, j’ai commencé à organiser des stages réguliers d’Aunkai, ainsi que des stages croisés Aunkai x Aikido, qui ont permis de donner un peu plus de visibilité à l’école, petit à petit.

Comme l’année précédente j’ai continué à recevoir des pratiquants de très haut niveau qui ont aidé le groupe à progresser: Leo Tamaki (Kishinkai Aikido) en janvier, Robert John (Aunkai) en mars et novembre, et Miyakawa Kazuhisa (Aunkai) en septembre. Maul Mornie a également fait son grand retour à Hong Kong après plus de 8 ans d’absence, pour un stage de très haut niveau dans lequel il a fait preuve d’une pédagogie vraiment exceptionnelle.

En plus de ces nombreux stages, j’ai eu l’occasion de me rendre plus régulièrement au Japon cette année. Trois séjours à Tokyo, auxquels aurait dû se rajouter un passage à Kyoto si le kami des typhons n’en avait pas décidé autrement.  Avec une semaine à chaque fois, ce fut une occasion inespérée de pratiquer Aunkai plus intensément, mais également de retourner à Shizuoka voir Washizu sensei, 8 ans après mon premier (et unique) séjour.


Méthode Wim Hof

J’ai débuté la méthode Wim Hof fin juillet par son cours en ligne de 10 semaines et j’ai ensuite eu l’occasion de participer à deux stages sur la méthode à Hong Kong.

Si vous ne connaissez pas Wim Hof, il fait partie de ces gens “hors normes” qui ne semblent pas soumis aux mêmes règles que nous autres, simples mortels. Wim Hof est couramment appelé “Iceman” pour sa capacité à résister à des températures extrêmes. Via une méthode relativement simple de respiration, Wim Hof est effectivement capable de prouesses tels que monter le Kilimandjaro en short, ou passer près de 2h dans un bain de glace…

J’ai débuté la méthode pour deux raisons. Tout d’abord parce que je suis très sensible au froid et qu’il est probablement temps que j’affront le sujet au lieu de l’éviter. La deuxième est que comme tout le monde j’ai horreur d’être malade et que si prendre des douches froides peut m’aider à éviter ça, je suis prêt à le faire.

Les stages eux-mêmes ont été la partie la plus intéressante car ils m’ont permis de repousser très largement mes limites, atteignant des temps de rétention de 4.30 alors que je dépassais rarement 2 minutes à la maison, et surtout m’amenant au ice bath en cette fin d’année. Si je prends des douches froides depuis plusieurs mois maintenant, le bain de glace est un autre niveau, tant physiquement que mentalement. Je ne peux pas dire que ça a été facile, ça n’était d’ailleurs pas le but, mais ça m’a montré que rester 2 minutes dans la glace n’allait pas me tuer. Et par extension que je suis capable de beaucoup plus que ce que je veux bien croire.



Yashima

J’avais promis quelques surprises pour 2018. Yashima était sans doute la plus inattendue. Alors que nous préparons actuellement le 3e numéro de cette revue sur le Japon et ses arts martiaux, je suis très fier de la place que le magazine a tout de suite trouvée dans le cœur des pratiquants. Magnifiquement mis en valeur sur du beau papier et avec un design sobre et épuré, le contenu réalisé par et pour des passionnes n’en est que mieux mis en avant et je reste intimement convaincu que Yashima est le magazine qui manquait dans le milieu francophone des arts martiaux.

En parallèle, alors que Dragon Spécial Aikido a été repris en main par Germain Chamot, je suis très honore qu’il m’ait renouvelé sa confiance pour contribuer à ce magazine devenu un incontournable.

La contrepartie est que j’ai peu écrit sur le blog cette année. J’en suis désolé, je dois avouer que le temps m’a manqué…



Des passages de grades en pagaille

Les passages de grades ne m’ont jamais réellement excité, et j’ai longtemps cherche à les éviter plus qu’autre chose. Mais j’ai finalement compris qu’ils avaient un intérêt. Non pas forcement pour moi en tant qu’individu, mais pour permettre une meilleure lisibilité de la pratique pour des gens extérieurs. A titre personnel, cela reste également un moyen comme un autre de voir ou on en est à un instant T et surtout d’avoir un retour sur sa pratique, ce qui n’est jamais négligeable.

Le passage qui a le plus compte pour moi cette année est sans conteste le shodan de Hugh en Nihon Jujutsu devant les dirigeants du Nippon Seibukan. Hugh me suit depuis la création du dojo il y a plus de 6 ans, ne rate presque aucun entrainement et s’entraine régulièrement chez lui. Il est parti de zéro a plus de 50 ans et a fait des progrès extraordinaires. Je suis très heureux qu’il ait pu obtenir son shodan et je suis impatient de voir ses progrès futurs.

De mon côté, cette année m’a aussi permis de valider un 5e dan Renshi en Nihon Jujutsu. Grade qui m’importait peu mais qui m’a servi d’excuse notamment pour apprendre le kata Godan du Nihon Tai Jitsu, trop méconnu à mon gout. Et surtout j’ai pu valider le titre de Kyoshi devant Akuzawa sensei en cette fin d’année. Cette validation était plus importante à mes yeux car Aunkai est depuis longtemps au cœur de ma pratique et indéniablement la pratique qui m’a le plus marqué. En dehors du titre qui compte assez peu à mes yeux, cela veut surtout dire que je pourrai enseigner officiellement en cours réguliers ou en stages et donc apporter plus de soutien au développement de l’école.


2019…

2018 devait marquer la fin d’un cycle et le début d’un nouveau. C’est chose faite à plus d’un titre. Martialement je suis plus que jamais engage dans l’Aunkai et j’ai pu commencer des projets comme Yashima qui ont un vrai impact pour la communauté martiale.

Mais 2018 marque aussi un tournant plus large pour moi puisque début 2019, notre famille verra son nombre doubler avec l’arrivée de nos deux garçons. Une nouvelle aventure s’annonce, et avec elle son lot de réorganisation