mercredi 30 mai 2018

Visite du Yoseikan dōjō à Shizuoka

Etant au Japon la semaine dernière, j'en ai profité pour aller à Shizuoka et m'entraîner au mythique Gakunan dōjō (mieux connu sous le nom de Yoseikan dōjō) avec Washizu sensei. Ce dōjō, jadis le dōjō et lieu de vie du célèbre Mochizuki Minoru est pour moi l'un des lieux qui comptent dans les arts martiaux japonais. C'est l'endroit qui a vu la création de Yoseikan Aikidō et qui a conduit à la naissance de Nihon Taijutsu, du Yoseikan Budō et de l'Aikibudō. C'est l'endroit où Ueshiba Morihei, fondateur de l'Aikidō, rendait si souvent visite à son élève lorsqu'il revenait du Kansai.

Pour ceux qui s'entraînent dans un style descendant du Yoseikan, cet endroit signifie quelque chose. Vous l'avez probablement vu des centaines de fois sur des vidéos, avec sa tête de dragon sur le shomen. Être là n'est jamais neutre: on peut sentir les décennies d'entraînement, de sueur, de sang et de larmes que cet endroit a vu. C'était mon deuxième voyage là-bas, huit ans déjà après le premier, et j'ai l'impression que c'était hier.




Voir Washizu sensei est toujours un plaisir. C'est un excellent pratiquant et enseignant, bien sûr, et il est certainement une légende quand il s'agit de sutemi waza, mais surtout, il est extrêmement sympathique, accessible, et juste ... cool. Idem pour les membres de son dōjō.
Le premier soir, nous avons commencé par travailler des exercices de conditionnement à partir de la position seiza, avant de passer en tachi waza pour commencer la partie technique proprement dite. Le format diffère ici légèrement de ce qui se fait dans la plupart des dōjō où l'enseignant montre les techniques pour avant que les élèves tentent de les reproduire par paires. Ici Washizu sensei montre d'abord la technique une fois sur tout le monde, suivi par les étudiants qui répéteront cette même technique, une fois sur tout le monde, en commençant par sensei, une bonne occasion de s'adapter immédiatement à votre nouveau partenaire. Cela signifie également que vous n'avez pas la chance de faire les mêmes techniques cinquante fois, vous aurez 6-7 chances, peut-être un peu plus s'il y a du monde ce jour là.





Les techniques étudiées incluaient évidemment des sutemi waza. Je ne surprendrai personne en disant combien j'aime pratiquer ces techniques. J'ai passé des années à faire des recherches sur le sujet, avec Fred comme cobaye au tout début, et essayer de les comprendre aussi bien que possible. J'ai encore découvert de nouveaux sutemi ce soir-là, ainsi que des variations de certains que je pratiquais. De nouveaux détails sont apparus, et dans l'ensemble, c'était juste une excellente expérience.
Mardi matin, j'ai eu la chance d'avoir une séance presque privée avec Washizu sensei, Norio san et Kajiyama san. Sensei a commencé à nous expliquer comment Mochizuki sensei avait étudié les anciennes techniques des koryū, en étudiant notamment les makimono d'anciennes traditions martiales et en essayant avec ses élèves de leur donner un sens. Il nous a expliqué sa pédagogie et comment il a toujours eu à coeur de replacer les techniques dans leur contexte, ce que je crois être particulièrement important.
Nous avons ensuite commencé à travailler les kata, et plus précisément le kime no kata et le shime no kata, deux kata qui sont extrêmement similaires dans leur déroulement et qui se concentrent respectivement sur les immobilisations et les strangulations. Comme sensei m'a offert un livret qu'il a fait sur ces deux kata, il ne fait aucun doute que nous les explorerons plus en détails au dōjō prochainement. Nous sommes ensuite passés aux défenses contre tanto et bokken, un exercice plutôt périlleux car il n'en faut pas beaucoup pour qu'un adversaire armé inflige des dégâts critiques.


Ces deux séances resteront certainement dans ma mémoire pendant longtemps et je suis extrêmement reconnaissant à Washizu sensei, à ses étudiants ainsi qu'à Philippe qui m'accompagnait de Tōkyō pour le moment. C'était une occasion fantastique d'en apprendre plus sur l'ancien Yoseikan, ses waza bien sûr, mais aussi son histoire, son état d'esprit et sa culture. Washizu sensei a répondu à toutes mes questions avec le sourire, même sur les sujets les plus délicats et je lui en suis vraiment gré. 







 

samedi 26 mai 2018

Paroles d'experts - Serge Rebois

Serge Rebois est expert en Nihon Tai Jitsu et Kyusho, pratiquant avancé de Judo et praticien de Shiatsu. Chercheur infatigable il continue aujourd'hui de progresser en suivant notamment l'enseignement de Paolo Bolaffio. Il est également l'auteur de nombreux DVDs sur le Shiatsu et le Kyusho



1. As tu une routine matinale (liée ou non aux arts martiaux) ?

Oui, le matin après le petit déjeuner, je fais environ 3/4 d'heure de yoga et 15 à 20 minutes de méditation et d'exercices respiratoires. Je commence par une série de salutations au soleil version kalari, ensuite salutations à la lune, étirements et relâchements du dos. Mes séances varient en fonction de ce que m'a montré ma prof de yoga.

2. Si tu avais seulement 10 minutes pour pratiquer, que ferais-tu ? 

Je pense que je ferais soit une salutation au soleil soit une forme de chi qong assez courte mais très complète que m'a montrée un enseignant de shiatsu.

3. Quel est le meilleur investissement que tu aies fait sur toi-même? Sur d'autres? 

Dans un premier temps, faire venir mon professeur et ami Leeroy Roder en France pour des stages de kyusho, et dans un deuxième temps, ma formation en shiatsu. Elle m'a permis de comprendre qu'on n'est pas obligé d'être en opposition ou en compétition ni avec soi-même ni avec les autres comme le veut le sport la plupart du temps. Au contraire, on est dans l'entraide et l'empathie et mes débuts en yoga n'ont fait que confirmer ce ressenti.

Depuis j'ai un peu de mal avec l'idée de performance. Pourquoi vouloir absolument se mettre en rivalité avec quelqu'un ou avec son propre corps? On a acquis la certitude que dépasser ses limites était le gage d'un engagement et d'un mental d'acier en sport, le tout en fracassant notre corps, qui au bout d'un moment dit "stop". Moi je respecte mon corps, j'essaie d'être à l'écoute et d'aller là ou mon corps a envie d'aller de lui même. Ca ne veux pas forcément dire rester dans sa zone de confort mais juste écouter ce que ton corps a à dire pour y arriver. Ayez de l'empathie pour lui. Si votre corps vous demande du repos, reposez vous pour éviter de puiser dans l'énergie des reins, l'huile de la lampe qui doit brûler tout au long de votre vie.
 4. À ton avis, quelles sont les principales erreurs que font les gens lorsqu'ils pratiquent? Au contraire quels sont les éléments que tu penses être faciles pour les gens dès le début de la pratique ?

Je crois que les principales erreurs que font les gens c'est de s'attarder sur des détails qui n'ont aucune importance au détriment de choses qui sont fondamentales, et ceci est du au fait qu'ils oublient que nous n'avons pas tous le même corps, la même corpulence. Le professeur démontre la technique avec son propre corps, son propre ressenti , sa personnalité et son propre vécu.

Pour exemple, il y a quelque temps, un groupe de pratiquants s'acharnaient lors d'un kata, à positionner l'annulaire de leurs mains légèrement plié alors que le reste des doigts restaient tendus, parce qu'ils avaient vu le professeur faire ainsi. Quand celui-ci leur a demandé "mais pourquoi faits vous cela", évidement ils répondirent "c'est ainsi que vous l'avez montré". Le professeur répondit "effectivement mais c'est parce que je me suis cassé le doigt il y longtemps et qu'aujourd'hui je ne peux plus le tendre entièrement".

Il est important de reconnaître quels sont les principes qui sous tendent la technique et qui font que celle-ci marche et de pas se concentrer sur  des détails inutiles. D'un autre côté, j ai remarqué que certain professeurs  s'attardaient sur ces détails pour se donner une certaine contenance, une légitimité technique, et ceci est une grosse erreur de leur part à mon avis.


5. Est-ce qu'une situation d'échec que tu as rencontrée dans le passé t'a aidé à devenir meilleur dans ce que tu fais? As-tu un échec préféré que tu pourrais partager ? 

Difficile à dire, tous les échecs te font avancer en quelque sorte à condition d'accepter ta "part" de responsabilité et ne pas accuser quelqu'un d'autre, même si dans certain cas ce "quelqu'un d'autre" fait partie des impondérables dans les conditions d'examen par exemple (le jury,les partenaires...). Je ne sais pas trop quoi répondre, en fait ce n'est pas forcément l' "échec"qui m'a rendu  meilleurs mais les différentes rencontres que j'ai pu faire avec des gens comme mon ami Richard Folny, Leeroy Roder, Lionel Froidure ou Paolo Bolaffio

6. Quand tu atteins une période de stagnation, ou un plafond dans ta pratique, comment passes-tu ce cap ? 

Quand je sens une stagnation ou un plafond, je ne me focalise pas dessus. Par contre je sens qu'il est temps "de touiller la sauce" donc je regarde qui pourrait, par sa pratique, m'apporter un nouveau souffle dans ce que je fais. J'essaie de faire une nouvelle rencontre. C'est ce qui s'est passé dernièrement avec Sensei Bolaffio. Ensuite, et bien... je bosse

7. Quelle est la question qu'on ne te pose jamais et que tu aimerais qu'on te pose ?

Mais d'où te vient cette grâce naturelle???? non je déconne:-)

Crois-tu en l'homme?

L'humanité me déçoit, l'homme me surprend. Je ne crois pas en la foule, la masse, "les gens", au macrocosme humain qui détruit cette planète par avidité, stupidité, lâcheté alors qu'elle pourrait être un paradis. Par contre je crois en l'individu, celui qui réfléchit, qui pense au delà des poncifs que t'impose cette société, qui ne croit pas que l'argent est au centre de tout, celui qui fait sa part, comme le colibri, celui qui pense changer le monde en plantant un arbre. En fait, en tous les gens de bonne volonté qui essaient de rendre cette "masse" plus intelligente et réfléchie