dimanche 30 décembre 2018

Sortir de sa zone de confort

Nous cherchons naturellement le confort, cet endroit où tout va bien, où nous avons le contrôle. Pas d'inconnu, pas de stress, pas de danger. Rien de nouveau non plus, bon ou mauvais. Si retourner dans notre zone de confort de façon régulière est une bonne chose et évite de se retrouver écrasé sous une montagne de stress, il est important de comprendre que la magie se passe à l'extérieur de cette zone, pas à l'intérieur.


Méthode Wim Hof et bain de glace
J'aime explorer ce qui se passe hors de ma zone de confort,  et c'est pour cette raison que j'ai commencé la méthode Wim Hof fin juillet de cette année. Wim Hof, un Hollandais un peu dingue sur les bords, est connu pour ses exercices de respiration, sa résistance au froid extrême et son contrôle conscient de son système immunitaire. Pour en savoir plus sur lui et sa méthode, je vous invite à jeter un oeil à ce documentaire de Vice:

  


Après avoir terminé la formation en ligne de 10 semaines, j'ai eu la chance de trouver un atelier axé sur la respiration Wim Hof à Hong Kong, et cela a largement dépassé mes attentes. Je suis ressorti défoncé, après avoir senti des picotements intenses sur tout mon corps ( et quelques convulsions aussi...) à cause des exercices de respiration, et jamais dans mes rêves les plus fous je n'aurais pensé pouvoir retenir mon souffle si longtemps (max. 4.30 min ce jour-là, quand je ne pouvais presque plus que 2 min à la maison).

C’était incroyable mais nous ne pouvions pas faire un bain de glace ce jour là, question de logistique. Je prenais déjà des douches froides quotidiennement mais une partie de moi voulait essayer l'étape suivante. Et une partie de moi ne le souhaitait clairement pas.

Et puis, en décembre, un nouvel atelier a été organisé, cette fois avec bain de glace. D'abord excité par l'idée, j'ai aussi rapidement été un peu effrayé par l'idée, mais je .me suis tout de même inscrit. Je me suis ensuite demandé pourquoi je me mettais dans des situations pareilles sans être forcé par quiconque... Pourquoi une personne sensée sauterait-elle dans une baignoire pleine de glace?

J'ai longtemps détesté le froid, je dirais même qu'une partie de moi en avait peur. Et le fait est que cela ne m’a pas aidé à grandir. Je craignais le froid, mais avais-je de bonnes raisons pour cela? Après tout, je n’étais jamais allé dans un bain de glace auparavant, je craignais donc quelque chose que je ne connaissais pas… Est-ce que ça a été douloureux? Oui, vraiment. Est-ce que je le referai? Très probablement. C'était douloureux et il était très difficile de respirer. C'était inconfortable, mais pas nécessairement comme je le pensais. En fait, je n'ai pas tant ressenti le froid que la douleur sur ma peau, comme des aiguilles me piquant sur toute la surface immergée, et j’ai vraiment eu du mal à ralentir ma respiration. Cela m'a aussi montré qu'il n'y avait aucune raison d'avoir peur, j'ai passé deux minutes dans la glace et je suis en vie pour en parler.





Qu'est-ce que tout cela a à voir avec les arts martiaux? 
Tout.
Apprendre, progresser, ce n’est pas quelque chose que vous pouvez faire si vous restez dans votre zone de confort, et c'est la même chose dans les arts martiaux. Vous ne vous améliorez pas en faisant les mêmes choses encore et encore, vous vous améliorez en explorant de nouvelles choses, en prenant des risques. C'est exactement ce que Rob disait dans une interview ici il y a quelques mois:

"Vous devez activement chercher vos points faibles. Partez de zéro et renforcez les à mort. Vous êtes seulement aussi fort que le maillon le plus faible de votre chaine."
Robert John, Hanshi, Aunkai 

La prochaine fois que vous vous entrainez, cherchez quels sont vos manques... et travaillez dessus. C'est ainsi seulement que vous irez de l'avant.

samedi 15 décembre 2018

Aikido - A la recherche de la martialité perdue

Cet article est initialement paru dans la revue Dragon Spécial Aikido en Juillet 2018.


La question de la martialité d’une pratique martiale peut prêter à sourire et pourtant le simple fait que cette question soit posée si fréquemment en ce qui concerne l’Aikido nous fournit déjà un début de réponse. Il n’existe cependant aucun doute sur les qualités martiales du fondateur, louées par plus d’un expert en son temps.

Ayant eu la chance de pratiquer plusieurs arts martiaux avant de faire la rencontre de l’Aikido, ce préjugé que je pouvais avoir sur l’Aikido s’est rapidement confirmé sur les tatamis. Manque d’intention, attaques surréalistes, et des défenses qui l’étaient parfois tout autant, comptant au moins autant sur la bonne volonté du partenaire que sur un aspect technique pas toujours bien compris. Pourtant dans son essence l’Aikido conserve tous les éléments pour être une discipline martiale redoutable amenant ma perception du sujet à évoluer en deux questions principales après mes débuts: comment l’Aikido en est-il arrivé là et comment peut-on retrouver cette martialité perdue?

Des attaques qui n’en sont pas

Le premier fléau de l’Aikido vient pour moi de ses attaques. Une bonne défense ne peut exister sans une bonne attaque. J’ai toujours trouvé malheureux dans des stages ou cours d’Aikido, avec des experts japonais pourtant réputés que l’on m’explique que j’attaquais mal et que c’était la raison pour laquelle la technique ne marchait pas. S’il est évidemment tout à fait possible que mes attaques ne soient pas d’un niveau suffisant, il est surprenant que ça ne m’ait jamais été reproché ailleurs qu’en Aikido. Mais qu’entend-on le plus souvent par une “mauvaise” attaque?

Une mauvaise attaque dans le jargon de l’Aikido moderne est le plus souvent une attaque qui ne crée pas les conditions souhaitées par Tori pour qu’il applique sa technique. Conditions qui pourront varier selon la recherche de l’enseignant et ce qu’il cherchera à présenter à ses élèves.
Mon point de vue personnel est qu’une mauvaise attaque est une attaque qui n’est pas dangereuse. Ce peut être un shomen uchi téléphoné et sans puissance, un katate dori dans lequel Uke saisit et attend la riposte, un ushiro ryote dori pour lequel Uke fait le tour de Tori au lieu de l’attaquer directement dans le dos, par surprise. L’exemple de la mauvaise attaque est visible dans bon nombre de démonstrations, dans lesquelles Uke court autour de Tori en attendant un geste de sa main qui lui indiquera qu’il est temps d’arrêter sa course et de chuter.

Le seul but d’Uke devrait être d’attaquer, de mettre son adversaire en danger. Dans les anciennes écoles, ce rôle était régulièrement tenu par la personne la plus avancée, tout simplement parce que connaissant les deux rôles de Shitachi et Uchitachi, le sempai était plus à même de percevoir les manquements de son partenaire moins avancé et de lui mettre une pression adéquate.

Ce rôle plus avancé d’Uke n’est pas une chose courante en Aikido pour de nombreuses raisons. La première est tout simplement que le développement rapide de la discipline encourage des pratiquants de tous niveaux à pratiquer ensemble et à s’attaquer mutuellement. Le fondateur lui-même ne semble pas avoir particulièrement insisté sur ce point et avoir pris l’ukemi régulièrement pour ses élèves, alors que son professeur Takeda Sokaku du Daito-ryu Aikijujutsu était lui réputé pour sa paranoia et n’aurait clairement jamais laissé ses élèves appliquer leurs techniques sur lui.

Mais ce changement structurel de pédagogie par rapport aux anciennes traditions ne peut pas être la seule explication puisqu’on retrouve cette approche dans l’immense majorité des pratiques modernes, japonaises ou non. Le problème tient plus au fait d’attaquer correctement car Uke, par son attaque, crée les conditions de l’apprentissage. Une véritable attaque le poussera dans ses derniers retranchements et lui permettra de progresser, alors qu’un simulacre d’attaque ne pourra que le conforter dans ce qu’il fait, le fameux “théâtre martial” tant décrié par Hiroo Mochizuki.



Takeda Sokaku du Daito-ryu Aikijujutsu




Créer un contexte d’apprentissage

La pédagogie souvent proposée, qui consiste à définir certains paramètres sur une saisie par exemple ne sont pas inutiles pour autant. La valeur de l’Aikido réside dans sa volonté d’explorer une façon de faire subtile et profonde, et cette exploration ne peut se faire dans un contexte entièrement libre.

Il y a quelques mois, mon enseignant de technique Alexander me disait qu’il n’est pas possible de modifier l’utilisation de notre corps quand on est fatigué, quand on est distrait, ou quand on est sous pression. C’est un point très important qu’il faut garder à l’esprit lors de la pratique de l’Aikido. Si une attaque se doit d’être potentiellement dangereuse il n’est pas pour autant nécessaire de mettre son partenaire sous une pression forte de manière systématique. L’intention doit être présente, mais la vitesse et l’intensité doivent être modulées.

De nombreuses techniques en Aikido permettent d’explorer comment gérer une force externe appliquée sur notre corps et l’utiliser pour contrôler son partenaire. Ca n’est pas sans rappeler les exercices de Tui Shou du Taiji Quan ou le Push Out de l’Aunkai. Ce dernier est un exercice particulièrement simple en apparence mais d’une richesse immense. Les deux partenaires se font face, pieds parallèles, bras tendus pour l’un, fléchis pour l’autre, paumes de mains en contact. De cette position, l’un des partenaires doit étendre ses bras alors que l’autre recevra la poussée. Alors que je cherche à pousser mon partenaire malgré la pression qu’il exerce sur moi, je prends conscience des mes chaines myo-fasciales et de la façon dont la force entre et sort de mon corps. En parallèle mon partenaire apprend à gérer la force que je lui propose. Si le partenaire qui reçoit n’oppose aucune résistance et enlève ses mains lors de la poussée adverse, rien ne se passe et l’exercice perd immédiatement son intérêt. C’est la même chose en Aikido.

Ces exercices ne sont évidemment pas la réalité du combat, il sont des outils qui permettent de développer certaines qualités qui seront utiles dans le cadre d’un affrontement. Ils sont nécessaires mais pas suffisants.



Push out - prendre conscience de son corps




La martialité est un état d’esprit

La martialité d’une pratique tient à peu de choses, et l’état d’esprit en est peut-être l’élément le plus critique. Bien sûr l’attitude et la rigueur ont un rôle à jouer et on serait tentés de croire que l’Aikido, par sa formalité, remplit parfaitement les conditions. Mais l’état d’esprit d’une pratique ou de ses pratiquants va plus loin que le simple formalisme de rigueur dans le dojo.

La question de la responsabilité est au coeur de la martialité. Qui est responsable du non fonctionnement de la technique? Uke, qui n’a pas attaqué ou réagi comme il fallait? Tori, qui n’a pas su s’adapter à son partenaire? La technique elle-même qui n’était pas efficace ou appropriée? En réalité, ces trois réponses sont possibles et ne sont pas mutuellement exclusives. Il arrive qu’Uke propose une attaque qui n’en est pas une. Il arrive aussi que la technique soit difficilement applicable, par exemple à cause des gabarits relatifs des partenaires. Mais il arrive aussi que ce soit Tori qui soit en cause. Il n’est pas grave de rater une technique, il est plus embêtant de le nier et de rejeter la faute sur le partenaire. Il y a quelques années, lors d’un stage avec un Shihan japonais à Hong Kong, je me souviens avoir travaillé sur Irimi Nage avec un élève gradé du maitre. Je ne me souviens plus de l’attaque mais le principe de l’entrée était pour Tori de mettre sa main droite sous le coude adverse (avec la main gauche derrière sa nuque) et de l’enlever pour créer le déséquilibre. Il est évident que cela ne peut fonctionner que si Uke est maintenu dans un équilibre précaire via cette main sous son coude. Dans ce cas précis je n’étais pas en déséquilibre, et soucieux de laisser mon partenaire trouver ce qui n’allait pas, j’attendais patiemment qu’il mette mon poids dans mon coude. Voyant la difficulté de son élève, le professeur arrête le cours, démontre et demande pourquoi la technique ne fonctionne pas. Puis en m’indiquant du doigt, il explique “c’est parce qu’Uke ne fait pas son travail”. J’ai hoché la tête et fait semblant jusqu’à la fin du cours. Mon partenaire s’est senti soudain très compétent et nous sommes tous rentrés chez nous en n’ayant rien appris.

L’intention est également un point essentiel, souvent laissé de côté. L’Aikido est issu de pratiques violentes, destinées à incapaciter, voire détruire. S’il propose aujourd’hui un message qui va plus loin que cette simple violence, cela ne signifie pas pour autant qu’il faille oublier le contexte qui lui a donné naissance. Dans un contexte de vie ou de mort, l’intention est un élément naturel. Mais dans la pratique au dojo, rares sont les fois où le pratiquant se sent en danger. Lorsque je pratique avec Akuzawa sensei, le fondateur de l’Aunkai, j’ai toujours ce moment où je crains réellement pour mon intégrité physique. Il ne m’a pourtant jamais blessé et ne le fera probablement jamais, mais je ressens son potentiel de destruction. Avant même de l’attaquer je sais déjà que ça va être compliqué, il a pris l’ascendant. Idem quand il m’attaque.




Projeter son intention - la technique seule ne suffit pas

L’Aikido est un Budo, une voie martiale visant le développement de l’individu au-delà du simple aspect combatif. J’insiste sur la notion d’au-delà, un Budo se soit d’être plus qu’un Bujutsu et pas simplement autre chose. C’est la rigueur martiale qui nous permet un travail profond sur nous-même, mentalement et physiquement, et qui à terme nous amènera peut-être à quelque chose de plus.



L’absence de travail libre

Je suis convaincu de l’intérêt d’un travail de formes associé à une recherche corporelle pour comprendre l’essence de la pratique. Je crois en revanche que ces deux éléments seuls ne sont pas suffisants pour atteindre le plus haut niveau et qu’il est nécessaire d’avoir une pratique libre.

En Aikido la pratique libre se résume le plus souvent à deux choses: le ju-waza dans lequel le pratiquant se retrouve le plus souvent à exécuter ses formes sur des attaques variées, et le randori dans lequel plusieurs pratiquants attaquent comme des zombies et prennent ukemi dès que Tori leur propose une direction.

Au Nihon Tai Jitsu, comme au sein du Yoseikan Aikido, le travail libre est particulièrement présent et peut l’être sous plusieurs formes et avec différents niveaux d’intensité. Il pourra s’agir d’un randori contre plusieurs adversaires qui cherchent réellement à attaquer, de randori avec un seul partenaire dans lequel celui-ci pourra nous seulement attaquer mais également contrer les défenses qui lui sont opposées s’il en a l’opportunité, ou encore d’exercices de type sparring en opposition totale, qu’ils soient debout ou au sol. Il en est de même en Aunkai et je ne me souviens pas d’un entrainement au Hombu dojo de Tokyo qui ne s’est pas terminé par kuzushi, un travail d’opposition libre dans lequel chacun des partenaires doit chercher à préserver sa structure corporelle tout en brisant celle de l’adversaire.

Je crois important de ne pas transformer nos pratiques en sports de combat, et de voir l’affrontement ritualisé comme l’alpha et l’omega de la pratique martiale, car cela ne pourrait à terme que les appauvrir. Je reconnais en revanche aux sports de combat d’avoir su développer des outils permettant une pratique intense et non complaisante, dans laquelle les deux adversaires cherchent à prendre le meilleur sur l’autre. S’il ne s’agit pas de tomber dans l’ego et de chercher à “gagner” un combat qui n’en est pas réellement un, un travail en opposition est un outil remarquable pour percevoir nos faiblesses, et pouvoir y remédier.


Conclusion

L’Aikido tel que Ueshiba Morihei l’a proposé au monde est une discipline martiale d’une rare qualité. La présence de pratiquants avancés d’autres disciplines parmi les élèves d’Osensei en est l’une des meilleures preuves. Le développement massif de la discipline et son message de paix, attirant aujourd’hui un public plus large ont en revanche eu un impact dévastateur sur la martialité de l’Aikido, qui peine aujourd’hui à démontrer son efficacité. Tous les éléments de cette martialité sont pourtant présents au sein de l’Aikido, et ce même s’ils peinent à être visibles. Il ne tient qu’à nous de chercher à restaurer cette martialité passée en regardant objectivement nos manques.

jeudi 13 décembre 2018

Passage de grade en Aunkai

Après 9 ans de pratique assidue et quotidienne, j'ai eu l'opportunité le 8 décembre de passer le Check pour le titre de Kyoshi (instructeur) en Aunkai devant Akuzawa sensei, dans son dojo de Tokyo. Ce fut aussi l'occasion pour Gernot, pratiquant de la première heure, et qui était déjà là à mes débuts de passer son Renshi. A noter qu'il aurait certainement pu le passer plus tôt mais qu'il ne le souhaitait pas. Le fait est que Gernot est un pratiquant très compétent, et j'ai toujours un immense plaisir à pratiquer avec lui et à recevoir ses conseils. Quant aux deux autres pratiquants sur la photo, ils étaient déjà Renshi depuis quelques années, ils n'avaient juste pas reçu le bout de papier qui allait avec.



Pour les pratiquants d'arts autres martiaux, les titres utilisés en Aunkai peuvent être déroutants. L'Aunkai en effet n'utilise pas un système de Dan, mais un système de Menkyo (Renshi, Kyoshi, Hanshi, Shihan) correspondant plus à des licences d'enseignement qu'autre chose. Plus précisément:

Membres réguliers
  • Shokyu (ceinture blanche): débutant
  • Jyokyu (ceinture blanche): démontre une compréhension des méthodes de l'Aunkai 
  • Renshi (ceinture noire): démontre une proficience dans les méthodes d'entrainement de l'Aunkai
Instructeurs
  • Kyoshi (instructeur): démontre une proficience dans les méthodes d'entrainement de l'Aunkaiet une capacité à enseigner
  • Hanshi (senior instructeur): démontre une proficience dans l'utilisation des principes de l'Aunkai et est un modèle pour la méthode
  • Shihan (maitre): démontre un corps et un esprit Aunkai totalement développés
  • Sou-Shihan (grand maitre): Akuzawa Minoru
A l'heure actuelle il n'existe aucun Shihan en Aunkai, le grade le plus élevé ayant été décerné aux trois assistants d'Akuzawa sensei: Watanabe Manabu, Miyakawa Kazuhisa et Robert John. Jusqu'à aujourd'hui personne hors du Japon ou de la France n'avait pu présenter le grade de Kyoshi, c'est donc un immense honneur pour moi, mais aussi (et surtout) un premier pas vers un développement international plus poussé. En effet si c'est la première fois, j'espère que ça ne sera pas la dernière et je pense notamment à mes amis néo-zélandais, coréens et singapouriens qui pratiquent avec beaucoup de talent et d'assiduité.

Pour notre dojo, il est probable que cela ne changera... pas grand chose. Nous continuerons les cours réguliers une fois par semaine, plus des ateliers plus ou moins mensuels pour développer le groupe. J'espère en revanche rapidement proposer des stages lors de mes déplacements et donner un peu plus de visibilité à la méthode.

dimanche 4 novembre 2018

Hino Akira - Au coeur des principes

En Terre Martiale est une série de documentaires réalisée par Lionel Froidure, pratiquant émérite de Karaté Shotokan et Arnis Kali, dans laquelle Lionel nous amène à la rencontre des plus grands experts martiaux, chez eux, le plus souvent à l’autre bout du monde. Lionel nous a ainsi fait voyager à de nombreuses reprises au Japon, mais aussi aux Philippines, en Chine, au Vietnam, en Corée, aux Etats-Unis, et plus récemment… en France.

Dans son dernier documentaire, le 12e de la série, Lionel nous amène cette fois sur les traces d’Hino Akira, un maitre japonais spécialisé dans l’utilisation du corps et dont le nom ne devrait pas vous être inconnu si vous suivez le blog de Léo Tamaki.



J’étais particulièrement curieux de voir ce documentaire pour plusieurs raisons. Déjà parce que je connais, et je dirais même que j’admire, la qualité du travail de Lionel, toujours capable d’amener quelque chose au spectateur qu’il soit débutant ou avancé. Ensuite parce que la pratique d’Hino me semble aller à l’opposé de la pratique de Lionel sur un certain nombre de points et qu’il est donc intéressant de voir son point de vue sur cet art. Enfin parce que je connais un certain nombre des pratiquants qui ont fait partie du voyage et qu’une grande partie est d’ailleurs venue à Hong Kong dans la foulée. J’ajouterais pour la petite histoire qu’avant de débuter l’Aunkai, j’étais surtout très curieux de la pratique d’Hino sensei… Je ne connaissais d’ailleurs ni Aunkai ni Akuzawa sensei à l’époque et si c’est finalement la voix que j’ai choisie, il aurait surement fallu peu de choses pour que j’aille à la rencontre d’Hino Akira.

Malgré cet intérêt précoce pour la pratique d’Hino sensei, je ne l’ai finalement jamais rencontré et c’est uniquement par le biais de Léo que j’ai pu entrevoir certains aspects de sa pratique. Curieux d’en apprendre plus sur la méthode mais aussi sur l’homme, c’est avec une grande impatience que j’attendais ce documentaire. Et je n’ai pas été déçu, car la qualité est véritablement au rendez-vous.

Un contenu à digérer

Le contenu de ce documentaire est particulièrement dense. Plus à mon avis que celui des précédents que j’ai pu voir et c’est sans doute du à la spécificité du style: un travail centré essentiellement sur des principes très fins d’utilisation du corps. Ne vous attendez donc pas à être capable de reproduire les exercices chez vous immédiatement, il faut à mon avis beaucoup de temps pour réellement assimiler les propos du maitre et les lier à ses mouvements sur la vidéo. Malgré tout je dois avouer que j’ai mis pause plus d’une fois pour essayer certains exercices sur ma pauvre épouse.

Un autre conseil en passant: si vous pensez en regardant le DVD que c’est quelque chose que vous faites déjà dans votre école… prenez une respiration profonde et regardez de nouveau. Il est probable que vous soyez passés à côté de quelque chose! Et même sans ça il est probablement utile de le regarder plusieurs fois, je m’apprête d’ailleurs à le visionner une nouvelle fois.

Un montage remarquable

Le documentaire est particulièrement bien monté. Lionel nous entraine le long d’un long entretien avec Hino sensei, nous faisant découvrir sa recherche, ses rencontres, tout ce qui l’a amené où il est aujourd’hui, entrecoupé de moments de pratique. Le tout sous-titré bien évidemment.

Vous l’aurez compris, je ne peux que vous recommander chaudement ce DVD, et ce quelle que soit votre pratique actuelle.

lundi 17 septembre 2018

YASHIMA - Le numéro 2 à l’impression!

Si vous lisez ce blog, vous connaissez déjà Yashima, LE magazine sur le Japon et ses arts martiaux. Vous avez peut-être même déjà eu le premier numéro entre les mains. Dès l’annonce de sa sortie, Yashima a prouvé que c’était un magazine qui était attendu. La campagne de financement participatif sur Ulule a dépassé les 200% et les retours sur la qualité de ce premier numéro ont été unanimes.

Mais un projet comme Yashima se construit dans le temps, et ce numéro 2 est déjà attendu impatiemment. Si c’est une charge importante, qui explique aussi que j’ai eu moins de temps récemment pour écrire ici, c’est aussi une joie de savoir que le temps passé à produire ce magazine apporte quelque chose à la communauté.




Si vous lisez ce blog, vous êtes certainement intéressés par les sujets que j’y traite ou par les disciplines que je pratique. Et dans ce cas, le numéro 2 de Yashima ne peut que vous intéresser.

Richard Folny nous parle du Hyōshi

Richard est l’un des plus grands pratiquants du Nihon Tai Jitsu. Chercheur infatigable, il est également l’auteur d’un DVD chez Imagin’Arts sur les concepts du Nihon Tai Jitsu. DVD qui reste pour moi à ce jour le plus intéressant et le plus profond sur la discipline.

Richard est non seulement un pratiquant brillant, il est également un grand théoricien, je suis donc enchanté qu’il ait répondu favorablement à notre invitation à écrire pour Yashima. Dans ce numéro 2, il couvrira la notion de rythme, hyōshi, dans la suite et fin du thème central. Pour ceux qui connaissent Richard, et je pense notamment à mes amis d’Aquitaine, vous savez que c’est un thème qui l’intéresse particulièrement et vous imaginez donc à quel point cet article peut être intéressant.

Rencontre avec Akuzawa Minoru  

Je suis l’enseignement d’Akuzawa sensei, le fondateur de l’Aunkai depuis plus de huit ans, et c’est une pratique qui a profondément changé ma vie. Lors de l’un de mes séjours récents à Tokyo, j’ai proposé à sensei un entretien pour parler de la création de cette méthode unique en son genre.


Ce ne sont là que deux articles parmi tant d’autres et je peux vous garantir que si vous avez aimé le premier numéro, vous aimerez le deuxième au moins autant!


ABONNEZ-VOUS

Pour que le projet perdure, il faut évidemment qu’il ait des lecteurs. Si le magazine est disponible en kiosques dans toute la France, je vous conseille malgré tout de vous abonner et ce pour deux raisons:
  1. Les frais de port sont offerts en France métropolitaine, vous n’avez donc rien à perdre à vous abonner, et vous éviterez de courir partout pour le trouver
  2. La version exclusive n’est disponible que sur abonnement. Cette version est imprimée sur un papier très haut de gamme, avec une couverture semi-rigide, un format idéal pour mettre en valeur un contenu de qualité. Elle contient aussi 12 pages de plus, ce qui signifie de nombreuses photos exclusives des maitres que nous rencontrons, mais aussi du contenu exclusif! Dans ce numéro c’est un article sur le célèbre Takuan Soho qui vous sera proposé et qui ne sera disponible que dans cette version.
 

mardi 14 août 2018

Maul Mornie à Hong Kong, juillet 2018

J’ai dit à de nombreuses reprises, y compris dans des interviews à quel point Maul Mornie, le fondateur du SSBD pouvait être une inspiration pour moi tant martialement qu’humainement d’ailleurs. Malgré cela, cela faisait déjà 8 années que je n’avais pas eu le plaisir de pratiquer sous sa direction. C’est donc avec un plaisir non dissimule que j’ai retrouvé Maul et sa pratique.

Je regarde les vidéos de Maul très régulièrement parce que j’apprécie particulièrement sa façon de bouger et le naturel qui s’en dégage, derrière l’apparente complexité des techniques réalisées. Cette complexité technique n’est pour moi qu’apparente, et je suis convaincu depuis des années que sa pratique s’articule autour de quelques points essentiels, et que le reste est à la limite de l’improvisation le jour du stage.

Et quel plaisir de voir que la pédagogie de Maul est passée a un niveau supérieur et qu’il présente aujourd’hui sa méthode de façon simple, accessible et systématique. Systématique oui car le SSBD est bien un système au sens le plus strict du terme. A un moment du stage Maul nous a précisé « si vous avez une solution par problème, vous êtes un très mauvais ingénieur. Une bonne solution est utilisable pour plusieurs problèmes ».

Comment cela se présente-t-il pédagogiquement ?

Maul nous a d’abord fait pratiquer trois attaques de base au couteau, sur un partenaire à distance de lame, et en exagérant les armés. C’est ce qu’il appelle les points de référence : pendant que mon partenaire travaille son attaque, j’apprends à quelle distance il peut me toucher, et comment ses épaules bougent lorsqu’il arme, me permettant d’apprendre à lire ses attaques.

Puis nous sommes passés aux défenses, trois mouvements de bras également, d’abord sur place puis en ajoutant les déplacements, le tout sous forme de drills et comprendre la base du travail. Si le drill n’est évidemment pas la réalité du combat, il permet de travailler certains éléments clés qui seront nécessaires par la suite.

Ce travail a duré toute la première matinée, c’est-à-dire trois heures. Pas négligeable mais les détails étaient nombreux et Maul a fait en sorte d’amener chaque pratiquant dans la salle à comprendre les bases les plus essentielles de son travail pour que le reste soit compréhensible. Il n’avait jamais fait ça dans mes stages précédents avec lui, et j’ai trouvé l’approche vraiment remarquable.

Le jour et demi qui ont suivi ont été construits intégralement sur ces quelques points. Aucun autre mouvement de bras n’a par exemple été ajoute et ce avec de très nombreuses défenses sur couteau ou coup de poing. Plus qu’il n’est possible de se remémorer après un week-end, et peu importe car ce qui compte c’est vraiment de comprendre ces bases.

Un véritable jeu d’échecs

La pratique de Maul est un véritable jeu de stratégie et c’est probablement quelque chose que l’on ne peut pas comprendre sans avoir été en face de lui. Deux éléments m’ont particulièrement marque de ce point de vue :

  •   Le travail de base propose permet à Maul de travailler en profondeur sa lecture de son adversaire. Il sait très tôt d’où viendra l’attaque, ce qui donne l’impression qu’il a toujours un temps d’avance. On me dira que si l’adversaire sait dissimuler son attaque, ce ne serait pas aussi facile à faire, et c’est vrai. Maul précise cependant que (au moins dans les premiers niveaux) l’on apprend à gérer un mec « normal » dans une situation de self-défense, pas quelqu’un qui manie le couteau depuis ses 5 ans sur l’ile de Java
  •   Chaque technique utilisée offre deux options à l’adversaire : mourir maintenant ou mourir le coup suivant. Il est impossible de bloquer toutes les opportunités de contre avec une technique parfaite. Partant de ce constat, Maul offre systématiquement UNE opportunité de contre particulièrement visible, qui de fait éclipse toutes les autres possibilités qui ne semblent pas aussi bonnes. Sauf que c’est évidemment un piège tendu, dans lequel nous tombons le plus souvent avec une facilite déconcertante…

Minute culture

Maul s’efforce dans ses stages comme sur le net de partager sa culture, et des éléments contextuels pour comprendre sa pratique et les arts martiaux du Brunei de façon plus large. A l’heure où de nombreux pratiquants ne comprennent pas ce qu’ils pratiquent et pourquoi, ce sont des explications qui n’en sont que plus appréciables.

  

J’ai passé un excellent week-end et je peux dire sans hésiter une seconde que c’est le stage pendant lequel j’ai le plus rigolé en 20 ans de pratique. Et ce même si Maul a sauté sur ma main, me cassant un doigt en route. Je suis impatient de l’avoir à nouveau parmi nous.

samedi 21 juillet 2018

Visite du Yoseikan Budo Taiwan

Le Yoseikan Budo est une discipline cousine du Nihon Tai Jitsu, et un art dont je suis particulièrement curieux depuis de nombreuses années. J’avais d’ailleurs eu l’occasion lorsque je vivais encore en France de me rendre à plusieurs stages d’Hiroo Mochizuki.

Au même titre que le Nihon Tai Jitsu, le Yoseikan Budo est relativement peu présent en Asie, et il est évidemment inconnu à Hong Kong. Il est pourtant présent à Taipei depuis près de 20 ans ! J’ai donc profité d’un passage à Taipei pour me rendre au Yoseikan Budo Taiwan et découvrir une nouvelle pratique et de nouveaux pratiquants. C’était ma première fois au dojo de Taipei, que j’avais découvert l’an dernier en voyant José Perez (proche d’Hiroo Mochizuki et enseignant de Richard Folny en Yoseikan Budo) y passer quelques semaines, ce qui m’a semblé un signe plutôt encourageant. J’ai contacté Kevin, l’enseignant principal la veille qui a très gentiment accepte ma demande et a prévenu son assistant qui dirigeait le cours du samedi, lui-même ne pouvant malheureusement pas être là.

Le Yoseikan Budo est une discipline qu’on pourrait qualifier d’ « open source ». Ouverte sur le monde et les autres disciplines, toujours en mouvement. Elle a d’ailleurs en son cœur un laboratoire de recherche qui lui permet de continuer à évoluer, chose que grand nombre d’écoles devraient à mon humble avis essayer de répliquer.

Ne connaissant pas du tout le quartier, je suis arrivé très en avance. J’ai en réalité trouve le dojo en seulement quelques minutes, dans une petite rue, clairement indiqué par un signe Yoseikan Budo visible de loin. En m’approchant j’ai découvert un dojo sur deux étages avec une petite salle en haut agrémentée de quelques iaito et d’une salle plus grande au sous-sol dans laquelle se déroulent les cours. Loin d’être un dojo ultra-moderne et flambant neuf, le Yoseikan Budo Taiwan est un dojo qui a une âme, un peu comme son grand frère de Shizuoka finalement.



Le cours a commencé par un échauffement reposant sur des mouvements au sol de type Animal Flow, des exercices pas forcement évidents mais qui permettent tout à la fois de mieux gérer notre corps dans l’espace tout en le renforçant. Nous sommes ensuite passés à des exercices avec partenaire(s) pour travailler sur les notions de timing, distance et conscience de l’espace qui nous entoure. D’abord avec un seul partenaire en essayant de se toucher mutuellement les épaules puis les jambes, sans bloquer mais en essayant au mieux d’esquiver. Puis tous ensemble, un gant de boxe posé sur une main, et en cherchant à maintenir le gant tout en faisant tomber ceux des autres.

J’ai véritablement apprécié cette partie pour plusieurs raisons. Déjà parce qu’elle est ludique et que je ne crois pas qu’il soit nécessaire de pratiquer de manière austère pour progresser. Je crois au contraire qu’on progresse d’autant plus vite qu’on passe un bon moment. Ensuite parce que je crois que le conditionnement physique est d’une importance capitale. Si je reste convaincu que les méthodes d’utilisation du corps permettent d’atteindre des capacités hors du commun, je ne crois pas que ce soit le seul moyen d’obtenir des résultats. Construire un corps fort et souple, sans même parler de capacités internes, est je pense un prérequis nécessaire à n’importe quelle activité martiale et le Yoseikan Budo l’a très bien compris. J’ajouterais qu’il est probable qu’un plus grand nombre de personnes arrivent à développer ce type de corps qu’un corps du type de ceux d’Akuzawa sensei ou Kuroda sensei pour ne citer qu’eux.

Nous sommes ensuite passés aux projections. Le cours du samedi auquel j’ai participé est normalement prévu pour les femmes et les débutants, nous travaillons donc les projections de base : o soto gari, tai otoshi, mais aussi des choses plus avancées, avec un travail progressif depuis le kumikata.

Un grand nombre de projections plus tard, nous passons à des randori souples, également axés sur les projections. Une dizaine de minutes de randori plus tard, il est temps de… passer à des exercices de type HIT (high intensity training) ! Vous pensiez que les randori indiquaient la fin du temps règlementaire ? Moi aussi ! Eusebius a donc mis en place un petit parcours avec six exercices différents pour faire travailler la puissance des hanches, des jambes, du haut du corps, l’explosivité des poings et des pieds ou encore l’équilibre. Un panel large mais équilibré.

C’est enfin la fin, il est temps de s’étirer et chacun d’entre nous compte jusqu’à dix, en essayant à chaque nouvel exercice de compter dans une nouvelle langue, international oblige.

J’ai passé un excellent moment avec Eusebius et les élèves présents ce jour-là. Mon seul regret, ne pas avoir pu rester un peu plus longtemps pour participer aux cours avancés du mardi !
 


samedi 7 juillet 2018

Un pied devant l’autre, tout simplement

Cet article est initialement paru dans "Dragon spécial Aikido" numéro 20 en Avril 2018.


Quand on pense déplacements en Aikido, on pense immédiatement aux Tai Sabaki, et notamment Irimi et Tenkan, qui forment la base de la discipline. Et pourtant avant de passer aux déplacements propres à la discipline, il semble important de revenir encore un pas en arrière et de comprendre tout simplement… comment marcher.

La marche est l’une des activités les plus basiques pour l’homme. Le corps humain n’est pas conçu pour rester statique, mais au contraire pour être en mouvement. Si vous doutez de cette affirmation, réfléchissez à ce que vous pensez le plus facile entre rester debout totalement immobile pendant une heure ou au contraire marcher pendant une heure…

La marche n’est pas non plus anodine et il est toujours intéressant de regarder les plus grands adeptes et la façon dont ils se déplacent. Comment prennent-ils le contact avec le sol? Leurs pas sont-ils lourds ou légers? Poussent-ils dans le sol ou utilisent-ils une autre mécanique pour se avancer? Que fait leur centre de gravité? Et comment transfèrent-ils le poids de leur corps? A titre personnel je suis convaincu qu’il n’y a pas une seule et unique manière de faire, mais que la manière choisie a nécessairement un impact fort sur le reste de la pratique et qu’il nous faut donc être cohérent dès les premiers pas. Difficile de réconcilier les façons de marcher de certains des plus grands adeptes contemporains et pour être honnête je ne crois pas que ça soit nécessaire de le faire.

Augmenter sa conscience corporelle

L’un des premiers buts de la pratique martiale est d’augmenter considérablement notre conscience corporelle. Bien sûr le but ultime est la survie et la maîtrise de l’adversaire, mais pour contrôler le corps d’une tierce personne, il faut déjà être capable de contrôler plus ou moins correctement le sien. Ce qui différencie à mon avis les plus grands adeptes des pratiquants lambda tient souvent à la facilité avec laquelle ils exécutent leurs mouvements, leur maitrise des fondamentaux. C’est vrai pour les pratiques martiales mais également pour n’importe quelle activité reposant sur le corps. Mon enseignant de technique Alexander prenait pour exemple Cristiano Ronaldo en football et Roger Federer en tennis, deux des plus grandes stars de leurs sports respectifs. Et effectivement en les regardant bouger on peut remarquer à quel point ils gèrent mieux leur corps que la moyenne. C’est particulièrement visible si on regarde comment ils équilibrent leur tête. A noter qu’il ne s’agit pas forcément chez eux de quelque chose de conscient ou d’acquis, mais probablement plus de qualités innées qui leur ont permis d’atteindre le plus haut niveau. Mais pour nous autres simples mortels, il n’est pas interdit de revenir sur les bases et d’essayer de corriger nos erreurs si petites soit elles pour se rapprocher de cette facilité naturelle des grands adeptes.





Ce qui différencie les plus grands adeptes tient souvent à la facilité avec laquelle ils exécutent leurs mouvements



Lors de ses premiers pas sur le tatami, le débutant a rarement une grande compréhension de son corps et de la façon dont il doit le gérer dans l’espace. Bien sûr il avait une vie avant la pratique et on peut imaginer qu’il marche depuis son plus jeune âge mais probablement de manière peu consciente. La pratique de l’Aikido ou de n’importe quelle discipline martiale doit permettre d’affiner cette compréhension, et elle le fait, dans une certaine mesure. Dans une certaine mesure seulement parce que la pratique martiale propose un travail plus complexe que ces bases, du moins en apparence et encourage facilement la mise en avant de l’ego. Qui d’entre nous n’a pas essayé d’amener son partenaire au sol à tout prix au détriment de l’intégrité de sa propre structure? L’équilibre qui part, l’épaule qui monte pour passer en force, la tête mal équilibrée, j’en passe. Le travail technique est évidemment utile, mais a l’inconvénient de pouvoir nous faire facilement perdre de vue le travail de fond qui est proposé.

Certaines écoles au contraire, notamment parmi les arts internes se concentrent fortement sur ces bases: se tenir debout, marcher, s’asseoir. Chez les japonais on pensera notamment à l’Aunkai qui a fait de ces trois éléments son credo mais en regardant par exemple du côté des arts chinois on remarque l’importance essentielle de la marche dans la pratique. Le Bagua est par exemple célèbre pour ses exercices de marche en cercle autour d’un arbre, alors que les cours de Tai Chi commencent généralement par des exercices de marche latérale au ralenti permettant au pratiquant de prendre conscience de ses appuis, de sa posture et des muscles mis en action pendant la marche.

La pose du pied

Marcher demande la mise en action d’un grand nombre de parties du corps et il est évidemment impossible de les décrire tous dans un simple article. Mais parmi eux l’utilisation des pieds, seuls points de contact entre le corps et le sol, revêt une importance primordiale.

Ici encore il existe de nombreuses façons de faire, liées aux choix de pratique. On peut par exemple choisir de poser le talon en premier et de “dérouler” le pied jusqu’à la pointe, ou au contraire de poser l’avant du pied en premier, parfois même en ne posant pas le talon au sol du tout. Dans mon cas je favorise une pose du pied à plat au maximum, façon de faire qui est en revanche plus difficile à mettre en place avec des chaussures dès lors que celles-ci ont un talon légèrement surélevé. Je privilégie d’ailleurs les chaussures de type “barefoot” pour cette raison.

La pose du pied a des conséquences immédiates sur la façon d’utiliser le corps. En marchant sur la pointe des pieds par exemple, les mollets sont de fait plus engagés, et de manière générale la ligne arrière du corps. De cette manière il est possible de pousser dans le sol plus rapidement et de jouer sur une certaine explosivité, qui explique notamment pourquoi c’est la méthode la plus utilisée dans les sports de combat. Se tenir debout avec le poids sur l’avant des pieds rend en revanche plus difficile d’utiliser sa structure et son squelette de manière optimale, et demandera par exemple plus d’effort et de temps pour changer de direction. Ce n’est pas un souci dans les sports de combat, mais cela peut l’être dans un contexte plus ouvert ou les adversaires peuvent être plus nombreux. On imagine aisément que le contexte 1 contre 1 de la boxe pendant quelques rounds n’a pas le même cahier des charges qu’à 200 contre 200 sur un champs de bataille pendant plusieurs heures.

Au contraire, le pied à plat permet de mieux utiliser sa structure corporelle en laissant le poids du corps tomber naturellement dans le sol. Logiquement en se tenant debout, le corps humain est conçu de telle sorte que le poids devrait tomber plus ou moins dans les pieds à la hauteur de la malléole, s’il tombe plus en avant ou en arrière, un certain nombre de chaines musculaires devront être engagées pour compenser.


Générer le mouvement

La pose du pied n’est qu’un des nombreux éléments à considérer pendant la marche, et le deuxième élément primordial à mon avis est la façon dont le mouvement est généré. Encore une fois les choix sont nombreux et ont des implications directes sur la pratique. Pour se donner une idée de la diversité des choix possibles, il suffit d’ailleurs de regarder les gens marcher dans la rue et d’observer quels sont les muscles engagés et quelles conséquences cela a sur la démarche générale de la personne. Les méthodes utilisées par chaque individu diffèrent suffisamment pour que l’on soit souvent capable de reconnaitre un ami de loin, juste à sa démarche. Je me souviens d’ailleurs d’une journée d’hiver à Tokyo où j’attendais Akuzawa sensei et j’essayais de le repérer au loin  en regardant toutes les personnes marcher dans le parc emmitouflées dans leur manteau. Je l’ai reconnu sans hésitation, à une distance qui ne permettait de reconnaitre aucun détail physique, tant sa façon de marcher est unique.

Ne pas pousser dans le sol et gérer son centre de gravité sont les deux points sur lesquels j’insiste le plus quand je présente ma façon de marcher à des pratiquants. Les deux sont d’ailleurs liés et j’aime proposer l’exercice suivant, très facile à mettre en place, pour le comprendre. Par deux, l’un des pratiquants marche, de façon naturelle, vers l’avant. Pendant la marche, son partenaire le pousse dans le dos, ce qui provoque généralement une perte d’équilibre suivi d’un rattrapage. Puis on retente la même expérience mais cette fois en faisant marcher le partenaire vers l’arrière et en le poussant au niveau du torse. Le résultat est bien différent et l’équilibre est cette fois préservé. Cette différence est en réalité fort simple à expliquer. Nos genoux et nos chevilles sont conçus pour aller seulement dans une direction. Lorsque l’on marche vers l’avant, on a naturellement tendance à pousser dans le sol, ce qui a pour effet de faire monter et descendre notre centre de gravité à chaque pas. Cette poussée est plus difficile en marchant vers l’arrière, et le mouvement est donc généré plus facilement depuis les hanches, alors que le dos reste droit et que le centre de gravité se déplace linéairement vers l’arrière. Moralité: marchez l’avant comme si vous marchiez vers l’arrière.




La marche diffère naturellement selon si l’on va vers l’avant ou vers l’arrière


Parmi les kunren de l’Aunkai, “walking maho” est l’un des exercices les plus connus. Paumes contre paumes, les deux pratiquants se font face, l’un avance et l’autre recule, fournissant un retour d’information à son partenaire. Si l’on prend l’exemple d’une personne poussant dans le sol pour avancer, le retour d’information est immédiat puisque la force se transmet dans ce cas du pied arrière de la personne qui avance au pied arrière de la personne qui recule, et donc directement dans le sol, rendant particulièrement simple la nullification de la force. Il devient alors utile de chercher une autre approche pour se déplacer. L’une d’entre elles consistant à faire glisser le pelvis vers l’avant et vers le bas, ou autrement dit de… tomber depuis le pelvis. Quand on y réfléchit un peu, qu’est ce que marcher sinon tomber d’un pas sur l’autre  et se rattraper à l’aide des jambes? A l’inverse on peut également choisir de faire démarrer la marche en venant “tirer” le menton.

Un travail sans fin d’introspection

Les éléments présentés ci-dessus sont volontairement réducteurs car il faudrait écrire des volumes pour décrire précisément toutes les actions mises en place corporellement lors d’un déplacement utilisant une méthode corporelle parmi un grand nombre d’autres. Tout au mieux ces éléments peuvent être des premières pistes de réflexion pour aborder le sujet de la marche et par extension de tous les déplacements. “Connais-toi toi même” peut-on voir écrit sur le temple de Delphes. Cette citation vieille de plusieurs milliers d’années est toujours d’actualité pour la pratique martiale, et je ne peux que vous encourager à observer votre façon de vous tenir et de vous déplacer. C’est un travail sans fin, simple à mettre en place et faisable en tout lieu et en chaque instant. Le travail d’une vie et la base d’une pratique plus richer et plus profonde.

samedi 16 juin 2018

Yashima, le trimestriel des Budoka

Yashima est le premier magazine spécialisé sur la culture et les arts martiaux japonais. Initié par Léo Tamaki, il a pour vocation d’apporter un contenu de qualité aux pratiquants passionnés par l’archipel et ses pratiques martiales.


 

LA GENESE D’UN PROJET

Quand Léo m’a proposé de rejoindre le projet, ses contours étaient déjà bien définis. Un magazine haut de gamme, tant dans la qualité de son contenu, que dans le papier choisi et le design, qui répond à une demande des plus passionnés d’entre nous.

Je pratique depuis maintenant deux décennies. C’est évidemment peu en comparaison de beaucoup de mes aînés, mais suffisant pour avoir eu le temps de parcourir avidement un très grand nombre d’ouvrages, magazines, blogs, forums et vidéos sur le sujet, sans compter mes très nombreux séjours dans l’archipel. A mes débuts, je me ruais régulièrement sur les derniers magazines d’arts martiaux disponibles, mais ceux-ci ne m’ont que trop rarement comblé. Trop vastes parfois, trop superficiels souvent, et s’adressant à un public sans doute plus attiré par le spectaculaire.

Le Japon est un pays à part, c’est un fait difficile à nier. C’est le cas de ses arts martiaux, de sa gastronomie, mais aussi de sa culture au sens large. Nombreux parmi nous écument les blogs et les ouvrages spécialisés à la recherche d’informations de qualité, d’entretiens avec des adeptes du plus haut niveau, des avis d’experts, ou encore des informations sur l’histoire de l’archipel en lien avec nos pratiques, et Yashima est là pour répondre à cette demande.

C’est tout simplement le magazine auquel j’aurais voulu avoir accès ces vingt dernières années, et c’est donc avec beaucoup d’enthousiasme que j’ai accepté de participer au projet et de prendre la charge de rédacteur en chef.






LE CONTENU


Le contenu sera donc de qualité et se concentrera sur le Japon et ses arts martiaux. Mais encore ?
Chaque numéro contiendra les rubriques suivantes :

Le grand entretien

Une interview fleuve avec une légende du monde martial

Calligraphie

Une calligraphie commentée de Pascal Krieger

Histoire des arts martiaux

La présentation d’une école ou d’une discipline martiale

Thème central
Un sujet traité par cinq ou six experts issus de différentes disciplines martiales

Personnage historique
Légendes des arts martiaux, daimyo, moines, cette section présentera les personnes qui ont compté dans l’histoire du Japon

Rencontres
Des interviews avec les plus grands adeptes de notre époque

A découvrir
Agenda culturel, nouveautés, mais aussi incontournables et œuvres cultes

Spiritualité
Religions et pratiques spirituelles de l’archipel

Santé
Interviews de praticiens et présentation de méthodes de santé

Voyage
Découverte d’une ville à travers son histoire et ses attractions  mais aussi ses liens avec le passe martial de l’archipel

Gastronomie
Interviews de grands chefs japonais installés en France ou de chefs français inspirés par le Japon

Histoire
Eclairage sur une période ou un évènement fort de l’Histoire japonaise

Lexique
Un glossaire répertoriant et expliquant tous les termes importants






Pour développer ce contenu, je suis entouré par une équipe de choc, tous passionnés du Japon et pratiquants d'arts martiaux. Photographes, journalistes, adeptes de haut niveau, blogueurs, réunis autour d'un projet commun. Alors que le premier numéro est en train d'être finalisé, je peux déjà vous dire à quel point je suis heureux que la qualité soit déjà au rendez vous et je n'ai pas de doute que vous aurez autant de plaisir que moi à feuilleter les pages de Yashima.

YASHIMA A BESOIN DE VOTRE SOUTIEN


Lancer un projet de cette ampleur demande des fonds. Si je crois très profondément que Yashima a une réelle utilité et un rôle à jouer dans le monde francophone des arts martiaux, ce projet ne pourra se pérenniser que grâce à ses lecteurs.

Vous pouvez dès aujourd’hui nous soutenir et vous pré-abonner via la plateforme de crowdfunding Ulule. Vous pouvez non seulement vous abonner dès maintenant mais aussi recevoir les magnifiques contreparties que nous vous avons préparées, qu'il s'agisse de places VIP pour la NAMT, de DVDs, ou de Tenugui et Furoshiki "Yashima" fabriqués spécialement pour l'occasion.

Ces fonds nous aideront nous seulement à pérenniser le projet et à continuer à vous fournir un magazine du plus haut niveau chaque trimestre, mais également à :
  • Produire encore plus de contenu original avec des photos exclusives
  • Augmenter le  nombre de pages de Yashima (la version « Classic » sera de 88 pages et disponible en kiosque, alors qu’une version « Exclusive » de 96 pages avec des photos originales et une couverture semi-rigide sera disponible sur abonnement)
  • Financer le site internet qui proposera un contenu complémentaire à celui du magazine

Le premier numéro sortira en kiosques fin juin, et sortira ensuite chaque trimestre, au début de l’automne, l’hiver, le printemps et l’été.

Pré-abonnez vous dès maintenant au premier magazine sur la culture et les arts martiaux de l'archipel nippon


mercredi 6 juin 2018

Premier stage Aikido/Aunkai à Hong Kong


 Le 3 juin, nous avons organisé un premier stage commun Aikido/Aunkai à Hong Kong avec le nouveau dojo Aikido Honto Ryu dirigé par Jerald Tai, 3e dan Aikikai et moi-même.



J'ai toujours regretté le manque d'ouverture de la plupart des dojo hongkongais et le refus de se confronter à d'autres pratiques, et c'es donc avec d'autant plus de plaisir que j'ai travaillé avec Jerald pour organiser cette session et réunir nos deux groupes pour échanger.

Pendant la première partie de la séance, Jerald nous a fait travailler certains mouvements de base de l'Aikido, sur katate dori, en prenant soin d'expliquer les principes de chaque mouvement, ainsi que le rôle de Uke. Sachant qu'une petite partie des pratiquants n'avaient jamais fait d'Aikido, il était très intéressant de les voir s'y essayer pour la première fois.

Dans la seconde partie, j'ai donc présenté quelque principes de base d'Aunkai, sur des mouvements statiques. N'ayant qu'une heure il me semblait cavalier de partir directement sur des exercices en mouvement ou pire des applications avant de voir un peu plus précisément la base. Comme je le dis souvent, Aunkai est un retour en profondeur sur les bases, qui nous permet de comprendre notre corps en profondeur et ainsi d'avoir un effet plus profond sur notre partenaire. Le gros avantage de la méthode étant qu'elle est indépendante des styles martiaux, et qu'il est donc possible à des pratiquants d'autre chose de s'y épanouir sans forcément rejeter leur pratique habituelle.

Le Budo est une école de vie dans laquelle s'isoler ne peut être bénéfique. C'est en allant à la rencontre des autres et en acceptant que l'on ne sait pas tout que l'on peut progresser et avancer. J'ose croire que ce premier stage, qui sera suivi d'autres, jouera un rôle bénéfique de ce point de vue.





vendredi 1 juin 2018

Aunkai à Tōkyō

Revenir à Tōkyō pour pratiquer l'Aunkai est toujours un moment que j'apprécie particulièrement, car ce sont des occasions rares de voir Akuzawa sensei et ses étudiants, de ressentir comment leur pratique a évolué et d'essayer de saisir un peu plus la complexité des principes biomécaniques utilisés en Aunkai.Aunkai est simple. Pas facile. C'est le meilleur résumé de ce que l'on ressent lorsqu'on pratique l'Aunkai. La plupart des arts martiaux se concentrent sur le fait d'ajouter: l'ajout de techniques, l'ajout de puissance, la construction vers la complexité. Au fur et à mesure que les élèves progressent, ils apprennent de nouveaux katas, de nouvelles formes, de nouvelles techniques. Aunkai prend le chemin inverse, et il est avant tout question d'enlever: enlever les tensions, enlever la force, enlever tout sauf l'essentiel. C'est simple en effet, car il suffit de faire ce qui est nécessaire. Mais ce n'est clairement pas facile car cela nécessite de re-câbler profondément notre cerveau et notre corps, de la même manière que vous changeriez le système d'exploitation de votre ordinateur ou de votre téléphone.

Pour ce séjour, j'étais accompagné par mon ami aikidōka, Christian et je suis heureux d'avoir pu lui permettre de ressentir en direct la pratique de sensei. Si je peux donner une idée du potentiel d'Aunkai, et si Rob a déjà donné plus de précisions lors de ses stages à Hong Kong, toucher directement sensei est une expérience qui marque quelqu'un, car seule une poignée d'adeptes peut montrer ce niveau de qualité corporelle.Le contenu a a été relativement intense. Séminaire avec sensei et les élèves de Rob le samedi matin, cours réguliers le soir, cours particuliers le dimanche, cours réguliers le jeudi soir, entraînement avec Rob et ses élèves le samedi matin et retour au Hombu le samedi. C'était tout simplement génial, sensei nous a montré certains éléments que nous n'avions pas vus auparavant, ou du moins pas de cette façon, et qui mettent en lumière bon nombre d'autres choses qu'il fait.  

Un accent particulier a été mis sur les atemi le premier week-end. Les coups de poings et de pieds en Bujutsu diffèrent beaucoup de ce qui est couramment pratiqué dans les sports de combat ou dans la plupart des pratiques martiales actuelles. Dans un contexte de Bujutsu, frapper consiste à transférer son poids et sa force au corps de l'adversaire. C'est très différent d'un jab qui vise à maintenir la distance, atteindre une cible éloignée, ou percuter. Le dernier samedi s'est concentré beaucoup plus sur le travail au corps à corps, avec beaucoup d'exercices avec partenaire (kuzushi ou des exercices de push out en libre).



Aller à Tōkyō est toujours une expérience formidable qui me permet de m'entraîner avec sensei, mais aussi avec ses élèves, dont certains s'entraînent sous sa direction depuis déjà de nombreuses années, deux fois par semaine, et sont donc une incroyable source d'idées nouvelles. Comme déjà mentionné, Aunkai est loin d'être facile. Akuzawa sensei a une qualité de mouvement que seule une poignée d'adeptes a, et cela va avec une conscience du corps extrêmement aiguë. En tant que simples mortels, nous en comprenons des bouts.  Mais pas toujours les mêmes en fonction de notre corps, de notre état d'esprit ou de notre parcours martial, et avoir l'opportunité d'échanger avec les élèves avancés de sensei tels que Rob, Miyakawa-san, Gernot , Murata-san est toujours pour moi une grande source d'inspiration.


mercredi 30 mai 2018

Visite du Yoseikan dōjō à Shizuoka

Etant au Japon la semaine dernière, j'en ai profité pour aller à Shizuoka et m'entraîner au mythique Gakunan dōjō (mieux connu sous le nom de Yoseikan dōjō) avec Washizu sensei. Ce dōjō, jadis le dōjō et lieu de vie du célèbre Mochizuki Minoru est pour moi l'un des lieux qui comptent dans les arts martiaux japonais. C'est l'endroit qui a vu la création de Yoseikan Aikidō et qui a conduit à la naissance de Nihon Taijutsu, du Yoseikan Budō et de l'Aikibudō. C'est l'endroit où Ueshiba Morihei, fondateur de l'Aikidō, rendait si souvent visite à son élève lorsqu'il revenait du Kansai.

Pour ceux qui s'entraînent dans un style descendant du Yoseikan, cet endroit signifie quelque chose. Vous l'avez probablement vu des centaines de fois sur des vidéos, avec sa tête de dragon sur le shomen. Être là n'est jamais neutre: on peut sentir les décennies d'entraînement, de sueur, de sang et de larmes que cet endroit a vu. C'était mon deuxième voyage là-bas, huit ans déjà après le premier, et j'ai l'impression que c'était hier.




Voir Washizu sensei est toujours un plaisir. C'est un excellent pratiquant et enseignant, bien sûr, et il est certainement une légende quand il s'agit de sutemi waza, mais surtout, il est extrêmement sympathique, accessible, et juste ... cool. Idem pour les membres de son dōjō.
Le premier soir, nous avons commencé par travailler des exercices de conditionnement à partir de la position seiza, avant de passer en tachi waza pour commencer la partie technique proprement dite. Le format diffère ici légèrement de ce qui se fait dans la plupart des dōjō où l'enseignant montre les techniques pour avant que les élèves tentent de les reproduire par paires. Ici Washizu sensei montre d'abord la technique une fois sur tout le monde, suivi par les étudiants qui répéteront cette même technique, une fois sur tout le monde, en commençant par sensei, une bonne occasion de s'adapter immédiatement à votre nouveau partenaire. Cela signifie également que vous n'avez pas la chance de faire les mêmes techniques cinquante fois, vous aurez 6-7 chances, peut-être un peu plus s'il y a du monde ce jour là.





Les techniques étudiées incluaient évidemment des sutemi waza. Je ne surprendrai personne en disant combien j'aime pratiquer ces techniques. J'ai passé des années à faire des recherches sur le sujet, avec Fred comme cobaye au tout début, et essayer de les comprendre aussi bien que possible. J'ai encore découvert de nouveaux sutemi ce soir-là, ainsi que des variations de certains que je pratiquais. De nouveaux détails sont apparus, et dans l'ensemble, c'était juste une excellente expérience.
Mardi matin, j'ai eu la chance d'avoir une séance presque privée avec Washizu sensei, Norio san et Kajiyama san. Sensei a commencé à nous expliquer comment Mochizuki sensei avait étudié les anciennes techniques des koryū, en étudiant notamment les makimono d'anciennes traditions martiales et en essayant avec ses élèves de leur donner un sens. Il nous a expliqué sa pédagogie et comment il a toujours eu à coeur de replacer les techniques dans leur contexte, ce que je crois être particulièrement important.
Nous avons ensuite commencé à travailler les kata, et plus précisément le kime no kata et le shime no kata, deux kata qui sont extrêmement similaires dans leur déroulement et qui se concentrent respectivement sur les immobilisations et les strangulations. Comme sensei m'a offert un livret qu'il a fait sur ces deux kata, il ne fait aucun doute que nous les explorerons plus en détails au dōjō prochainement. Nous sommes ensuite passés aux défenses contre tanto et bokken, un exercice plutôt périlleux car il n'en faut pas beaucoup pour qu'un adversaire armé inflige des dégâts critiques.


Ces deux séances resteront certainement dans ma mémoire pendant longtemps et je suis extrêmement reconnaissant à Washizu sensei, à ses étudiants ainsi qu'à Philippe qui m'accompagnait de Tōkyō pour le moment. C'était une occasion fantastique d'en apprendre plus sur l'ancien Yoseikan, ses waza bien sûr, mais aussi son histoire, son état d'esprit et sa culture. Washizu sensei a répondu à toutes mes questions avec le sourire, même sur les sujets les plus délicats et je lui en suis vraiment gré. 







 

samedi 26 mai 2018

Paroles d'experts - Serge Rebois

Serge Rebois est expert en Nihon Tai Jitsu et Kyusho, pratiquant avancé de Judo et praticien de Shiatsu. Chercheur infatigable il continue aujourd'hui de progresser en suivant notamment l'enseignement de Paolo Bolaffio. Il est également l'auteur de nombreux DVDs sur le Shiatsu et le Kyusho



1. As tu une routine matinale (liée ou non aux arts martiaux) ?

Oui, le matin après le petit déjeuner, je fais environ 3/4 d'heure de yoga et 15 à 20 minutes de méditation et d'exercices respiratoires. Je commence par une série de salutations au soleil version kalari, ensuite salutations à la lune, étirements et relâchements du dos. Mes séances varient en fonction de ce que m'a montré ma prof de yoga.

2. Si tu avais seulement 10 minutes pour pratiquer, que ferais-tu ? 

Je pense que je ferais soit une salutation au soleil soit une forme de chi qong assez courte mais très complète que m'a montrée un enseignant de shiatsu.

3. Quel est le meilleur investissement que tu aies fait sur toi-même? Sur d'autres? 

Dans un premier temps, faire venir mon professeur et ami Leeroy Roder en France pour des stages de kyusho, et dans un deuxième temps, ma formation en shiatsu. Elle m'a permis de comprendre qu'on n'est pas obligé d'être en opposition ou en compétition ni avec soi-même ni avec les autres comme le veut le sport la plupart du temps. Au contraire, on est dans l'entraide et l'empathie et mes débuts en yoga n'ont fait que confirmer ce ressenti.

Depuis j'ai un peu de mal avec l'idée de performance. Pourquoi vouloir absolument se mettre en rivalité avec quelqu'un ou avec son propre corps? On a acquis la certitude que dépasser ses limites était le gage d'un engagement et d'un mental d'acier en sport, le tout en fracassant notre corps, qui au bout d'un moment dit "stop". Moi je respecte mon corps, j'essaie d'être à l'écoute et d'aller là ou mon corps a envie d'aller de lui même. Ca ne veux pas forcément dire rester dans sa zone de confort mais juste écouter ce que ton corps a à dire pour y arriver. Ayez de l'empathie pour lui. Si votre corps vous demande du repos, reposez vous pour éviter de puiser dans l'énergie des reins, l'huile de la lampe qui doit brûler tout au long de votre vie.
 4. À ton avis, quelles sont les principales erreurs que font les gens lorsqu'ils pratiquent? Au contraire quels sont les éléments que tu penses être faciles pour les gens dès le début de la pratique ?

Je crois que les principales erreurs que font les gens c'est de s'attarder sur des détails qui n'ont aucune importance au détriment de choses qui sont fondamentales, et ceci est du au fait qu'ils oublient que nous n'avons pas tous le même corps, la même corpulence. Le professeur démontre la technique avec son propre corps, son propre ressenti , sa personnalité et son propre vécu.

Pour exemple, il y a quelque temps, un groupe de pratiquants s'acharnaient lors d'un kata, à positionner l'annulaire de leurs mains légèrement plié alors que le reste des doigts restaient tendus, parce qu'ils avaient vu le professeur faire ainsi. Quand celui-ci leur a demandé "mais pourquoi faits vous cela", évidement ils répondirent "c'est ainsi que vous l'avez montré". Le professeur répondit "effectivement mais c'est parce que je me suis cassé le doigt il y longtemps et qu'aujourd'hui je ne peux plus le tendre entièrement".

Il est important de reconnaître quels sont les principes qui sous tendent la technique et qui font que celle-ci marche et de pas se concentrer sur  des détails inutiles. D'un autre côté, j ai remarqué que certain professeurs  s'attardaient sur ces détails pour se donner une certaine contenance, une légitimité technique, et ceci est une grosse erreur de leur part à mon avis.


5. Est-ce qu'une situation d'échec que tu as rencontrée dans le passé t'a aidé à devenir meilleur dans ce que tu fais? As-tu un échec préféré que tu pourrais partager ? 

Difficile à dire, tous les échecs te font avancer en quelque sorte à condition d'accepter ta "part" de responsabilité et ne pas accuser quelqu'un d'autre, même si dans certain cas ce "quelqu'un d'autre" fait partie des impondérables dans les conditions d'examen par exemple (le jury,les partenaires...). Je ne sais pas trop quoi répondre, en fait ce n'est pas forcément l' "échec"qui m'a rendu  meilleurs mais les différentes rencontres que j'ai pu faire avec des gens comme mon ami Richard Folny, Leeroy Roder, Lionel Froidure ou Paolo Bolaffio

6. Quand tu atteins une période de stagnation, ou un plafond dans ta pratique, comment passes-tu ce cap ? 

Quand je sens une stagnation ou un plafond, je ne me focalise pas dessus. Par contre je sens qu'il est temps "de touiller la sauce" donc je regarde qui pourrait, par sa pratique, m'apporter un nouveau souffle dans ce que je fais. J'essaie de faire une nouvelle rencontre. C'est ce qui s'est passé dernièrement avec Sensei Bolaffio. Ensuite, et bien... je bosse

7. Quelle est la question qu'on ne te pose jamais et que tu aimerais qu'on te pose ?

Mais d'où te vient cette grâce naturelle???? non je déconne:-)

Crois-tu en l'homme?

L'humanité me déçoit, l'homme me surprend. Je ne crois pas en la foule, la masse, "les gens", au macrocosme humain qui détruit cette planète par avidité, stupidité, lâcheté alors qu'elle pourrait être un paradis. Par contre je crois en l'individu, celui qui réfléchit, qui pense au delà des poncifs que t'impose cette société, qui ne croit pas que l'argent est au centre de tout, celui qui fait sa part, comme le colibri, celui qui pense changer le monde en plantant un arbre. En fait, en tous les gens de bonne volonté qui essaient de rendre cette "masse" plus intelligente et réfléchie

lundi 23 avril 2018

Que peuvent nous apprendre les maitres du passé?

Cet article a été publié dans Dragon Spécial Aikido en janvier 2018.


L’apprentissage d’un art martial traditionnel venu d’extrême orient n’est pas anodin. Il nous place dès le départ dans une lignée, une tradition dont nous ne sommes finalement qu’un rouage. Dans le cadre de cette transmission il est fréquent de se référer à deux types de personnes : notre professeur ou nos référents techniques, et les maitres du passé. S’il semble évident de se référer à nos référents techniques, contemporains qui nous transmettent leur savoir, on peut en revanche se demander ce que peuvent nous apporter des maitres décédés depuis plusieurs années quand ce ne sont pas plusieurs siècles.

Je disais que le choix d’un art extrême oriental n’est pas anodin car il est souvent lié à une certaine image que l’on a du Japon, de la Chine, ou du pays d’origine quel qu’il soit. La légende du Samurai vertueux, prêt à jeter son sabre à terre après avoir désarmé son ennemi sur le champ de bataille pour continuer le combat à armes égales a la peau dure, comme l’ont d’autres images d’Epinal. Pour le pratiquant d’Aikido, la référence la plus universelle sera évidemment le fondateur, Morihei Ueshiba, auquel s’ajouteront les référents plus proches à l’ origine de la lignée choisie. Chaque école a ses fondateurs et piliers auquel il est de bon ton de se référer. Les Judoka s’intéressant à la tradition parleront de Jigoro Kano et Kyuzo Mifune avec émotion, les Karateka Shotokan de Gichin Funakoshi et probablement de Taiji Kase s’ils sont en France. De manière plus générale les pratiquants de Budo se réfèreront assez facilement à des adeptes d’exception comme Miyamoto Musashi ou Munenori Yagyu dont les ouvrages sont parvenus jusqu’à nous.

Jigoro Kano and Kyuzo Mifune



Pourquoi se référer aux adeptes du passé ?
 

Ayant des enseignants vivants et capables de nous enseigner, on peut se demander quel est l’intérêt de se référer à des adeptes ayant vécu il y a des décennies et dont nous ne pourrons malheureusement jamais sentir la technique. C’est pourtant logique dans le cadre qui nous intéresse, celui d’une tradition martiale, puisque nous cherchons à marcher dans les pas de ceux qui nous ont précédés et qu’il semble donc utile, à défaut d’être nécessaire, de comprendre ce que furent leurs pratiques. Avec les limitations que l’on connait parfois.

 Loin de moi l’envie de tirer sur l’ambulance, mais la référence à O’Sensei par exemple peut facilement prêter à sourire quand elle justifie des choix de pratique aussi divers qu’opposés. Il est évident que la pratique du fondateur a évolué avec le temps et que ces différentes pratiques peuvent légitimement s’y référer malgré leurs grandes différences, de même que l’on peut facilement accepter le fait qu’il est difficile de justifier sa pratique en la faisant reposer essentiellement sur le ressenti d’une personne que nous n’avons pas connue.

Morihei Ueshiba and Minoru Mochizuki


Les arts asiatiques ne sont d’ailleurs pas les seuls dans ce cas. Les Arts Martiaux Historiques Européens (AMHE) s’ils ne se réfèrent pas forcément a des individus mais plutôt à des Codex font face à un problème similaire puisqu’il s’agit avant tout d’interpréter les sources disponibles tout en acceptant qu’une interprétation n’est qu’une interprétation et que sans machine à voyager dans le temps il sera impossible d’obtenir une confirmation que notre compréhension est la bonne. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille ignorer les écrits et paroles qui sont parvenues jusqu’à nous, bien au contraire.


Les maitres du passé : entre légende et inspiration 

De nombreuses informations parviennent jusqu’à nous et si elles sont évidemment partielles, elles contiennent aussi de grandes sources d’inspiration pour peu que l’on puisse séparer la légende de la réalité. La légende a évidemment son intérêt, et je ne crois pas trop m’avancer en disant que beaucoup d’entre nous ont commencé les arts martiaux grâce à ses légendes. Qui n’a pas eu l’espoir secret de voir les trajectoires des balles comme O’Sensei ou de battre des taureaux à mains nues comme Mas Oyama ? Au-delà de la réalité parfois améliorée des faits, chercher à comprendre ce que fut la pratique d’un homme, sa façon de s’entrainer ou d’enseigner, peut être aussi sa façon d’être au quotidien sont autant de clés de compréhension pour nous, modestes pratiquants sur la voie.

Mas Oyama


Des ouvrages de qualité existent d’ailleurs qui nous permettent d’avoir une idée plus juste de ce qu’était la pratique des anciens. L’excellent ouvrage « Aikido : Les maitres d’avant-guerre » de feu Stanley Pranin est de ceux-là, et c’est personnellement un ouvrage que j’ai plaisir à lire et relire car il livre des informations croisées sur ce qu’étaient les premiers pas de l’Aikido, à travers des interviews des grands pratiquants de l’époque. Plus récemment, le blog Aikido Sangenkai de Christopher Li est également devenu une source au contenu considérable qui permet de se faire une meilleure idée de ce qu’était l’Aikido des débuts et de l’évolution qu’il a subie au fil des années. Comprendre ce qu’était ce point de départ, le point où nous sommes aujourd’hui et le chemin qui les relie est je pense extrêmement positif pour comprendre la richesse de notre pratique, quelle qu’elle soit.

Les pratiquants s’intéressant au principe Aiki et aux origines du Daito Ryu auront surement aussi regardé du côté des ouvrages de Tatsuo Kimura sur Sagawa sensei, contemporain d’O’Sensei réputé pour sa maitrise de l’Aiki et bien connu des pratiquants d’Aunkai puisqu’il fut l’un des enseignants d’Akuzawa sensei. En tant que pratiquant d’Aunkai, je reconnais que ces ouvrages ne sont jamais bien loin de ma table de chevet et que je me réfère aux citations du maitre régulièrement. Si celles-ci avaient peu de sens à ma première lecture, elles en gagnent au fur et à mesure que j’avance dans ma pratique et que ma compréhension s’affine. Encore une fois quand on parle des maitres du passé et en l’absence de contact direct tout est affaire d’interprétation. Rien ne nous empêche en revanche, au contraire même, d’aller à la rencontre de personnes ayant côtoyé ces maitres pour obtenir des informations de première main quand cela est possible.

Si la légende tient de la mystification (ou du marketing), l’inspiration en revanche est beaucoup plus positive. Les retours de pratiquants ayant côtoyé O’Sensei sont par exemple unanimes et laissent percevoir une pratique d’un niveau exceptionnel. Les personnes ayant reçu sa technique se font bien sûr de plus en plus rares mais les pratiquants qui auront été considérés comme contemporains par les plus avancés d’entre nous deviennent à leur tour des « maitres du passé » pour les nouvelles générations arrivées trop tard pour les rencontrer.

Yukiyoshi Sagawa
 
 

Les maitres du passé : des précurseurs qui nous ouvrent la voie

Les images et propos de ces maitres sont une invitation à explorer la pratique avec la plus grande conviction, pas à faire un travail d’archéologue pour comprendre comment reproduire à l’identique ce qui fut la pratique d’un homme à un instant T. Une chose que les plus grands adeptes nous ont apprise est que leur pratique a sans cesse évolué. Quand je regarde ceux à l’origine des arts que je pratique, Mochizuki sensei (Yoseikan Aikido) et Sagawa sensei (Daito Ryu Aikijujutsu), je vois des hommes qui n’ont eu de cesse de chercher, d’approfondir, de modifier l’enseignement qu’ils ont reçu, et qui auraient continué à le faire si le temps n’avait pas eu raison d’eux. C’est ce refus d’une pratique figée qui leur fait traverser les décennies pour arriver jusqu’à nous. Si Morihei Ueshiba avait simplement enseigné le Daito Ryu tel qu’il l’avait reçu de Sokaku Takeda, parlerait-on de lui aujourd’hui ?

Forts de ce constat, nous devons nous appuyer sur l’exemple de ces maitres, leur volonté d’aller plus loin, pour nous même chercher à les dépasser et non juste à les copier, et peut-être un jour devenir nous-mêmes des « maitres du passé ».