mercredi 6 septembre 2017

Savoir sortir de sa zone de confort

Quand on débute un art martial, quel qu’il soit, les premiers pas sont en général difficiles. Nous devons nous habituer à une nouvelle façon de nous mouvoir et synchroniser notre corps de manière à reproduire plus ou moins correctement les techniques proposées. Et au fur et à mesure que l’on apprend à se mouvoir correctement et a réaliser les techniques avec plus de facilité, les exercices proposés deviennent de plus en plus complexes, rendant l’apprentissage sans fin. Du moins en théorie car très souvent lorsque l’on parle d’exercices plus complexes, il s’agit en réalité de réaliser des enchainements plus alambiqués les uns que les autres, alors que j’aurais tendance à croire qu’ils devraient être visuellement plus simples, mais corporellement plus difficiles.

Je veux croire que la pratique est une continuelle remise en question et une exploration la plus rigoureuse possible du mouvement. Pourtant, il suffit de regarder autour de nous pour voir nombre d’experts dont la pratique n’est en réalité pas vraiment plus avancée qu’elle ne l’était 10-20 ans auparavant. Arrivé à un certain niveau, alors que les techniques sont acquises, du moins dans leur forme extérieure, il est facile de se reposer sur ses acquis et de ne pas chercher plus profondément. Car chercher est un exercice qui peut être douloureux et frustrant.

Remettre en question sur sa pratique peut se faire de nombreuses façons, et la plus évidente est d’aller chercher dans notre propre école les réponses à nos questions. C’est évidemment mon premier choix et je prends un malin plaisir à changer ma pratique tous les trois jours, au gré de mes nouvelles idées. Si cela peut être difficile à suivre pour mes élèves, il me semble pourtant sain de ne pas se satisfaire de son niveau actuel. Je me souviens d’ailleurs d’Akuzawa sensei me disant lors de l’un de mes nombreux séjours à Tokyo « le jour où on est satisfait de son niveau, c’est fini ». La satisfaction, si elle est naturelle quand on arrive à sentir un mouvement correctement, peut devenir problématique des lors qu’elle prend le pas sur l’envie d’aller plus loin. Bien sûr il n’est pas question non plus de faire la gueule à chaque entrainement parce que ça n’est jamais assez bien, être exigeant envers soi-même ne signifie pas non s’infliger une torture mentale insoutenable au point de renoncer face à la difficulté des objectifs que nous avons nous-même fixés.

Dans ma pratique, qu’il s’agisse d’Aunkai ou de Nihon Tai Jitsu, cela implique un retour incessant aux bases et d’accepter les retours de mes partenaires, qu’ils soient ou non verbalisés. Cela implique aussi d’essayer des choses sur mes élèves, et de parfois passer pour une tanche parce que ça ne marche pas comme je l’aurais pensé. Evidemment je ne le fais pas sur n’importe qui au dojo, et pas systématiquement. S’il est nécessaire d’avoir des retours sur ma pratique, il n’est pas nécessaire de rendre les débutants confus sur ce qu’ils doivent pratiquer.

Une autre façon de se remettre en question et d’explorer son corps en profondeur consiste à revenir à l’état de débutant, en pratiquant autre chose. Car si nous avons appris à nous mouvoir d’une certaine façon au fil des années, réussir à pratiquer une autre discipline en respectant sa façon spécifique de se mouvoir est un défi. Alors qu’il serait facile de croire que  nous avons maintenant une grande maitrise de notre corps puisque nous arrivons à bouger naturellement en exécutant nos techniques habituelles, il s’avère qu’il est beaucoup plus difficile de reproduire quelque chose qui utilise des principes différents. Et pourtant si nous maitrisions vraiment notre corps, nous devrions pourtant pouvoir passer de l’un à l’autre sans difficulté aucune.

C’est pour cela que j’apprécie de me confronter à des pratiques que je juge de qualité, et de préférence sur plus d’un cours. C’est typiquement le cas avec le Kishinkai dont la légèreté et l’absence de contraintes me sortent complètement de ma zone de confort, au point de me poser parfois des questions sur mes capacités motrices. C’est aussi le cas avec le Shorinji Kempo, style plus dur et dont la façon de bouger, très spécifique, s’éloigne clairement de ma pratique habituelle. Si je n’ai pas dans l’idée de « piquer des choses » au Shorinji Kempo, je suis convaincu que cette expérience pourra enrichir la compréhension que j’ai de mon propre corps.

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