lundi 18 septembre 2017

La densité dans la pratique

Il y a un an j’avais évoqué les recherches que j’avais en cours, et notamment l’augmentation de densité qui en avait résulté, et les liens que je percevais entre la densité / le poids perçu et l’utilisation du sternum, element cle de l’alignement du corps et donc de la transmission de poids. Un an plus tard, ma perception du sujet est un peu plus complexe.

La densité, pour quoi faire ?

C’est la première question que l’on devrait se poser à chaque étape de la pratique : pourquoi ? Chaque exercice proposé a une utilité et les attributs physiques développés sont faits pour nous amener à bouger d’une certaine façon et à créer une certaine qualité de contact. La densité est une des possibilités, mais elle n’est évidemment pas la seule.

La densité se traduit tout d’abord par une sensation de poids, qui semble plus important que le poids réel. Quiconque a touché Akuzawa sensei sait par exemple à quel point le poids qu’il transmet est incomparablement plus élevé que les 60 kgs annoncés. Ce qui le rend difficile à bouger d’une part, mais qui surtout lui donne un avantage considérable des qu’il utilise la force de la gravité pour littéralement poser ce poids sur nous. Bien loin d’un travail en force contre force, cette approche permet de créer un type de force inhabituel, sans tension.

Au contact, dans un format de type grappling, que nous soyons debout ou au sol, cette densité est un avantage certain. Mais elle ne l’est pas moins dans un travail de frappe puisqu’un corps dense permettra de réaliser des frappes lourdes et dévastatrices, mais aussi de les absorber sans dommages. C’est aussi une qualité que je pense relativement facile à développer, si tant est que l’on utilise les bons outils. Je reste également convaincu que le travail du « plein » dont la densité fait partie pardonne plus les erreurs que le travail « vide », ce qui présente un avantage dans un grand nombre de situations.

 
"Heavy Body" (corps lourd)
©martialbody.com



Comment la travailler ?

Il existe de nombreux exercices ayant pour effet d’augmenter la densité et je ne rentrerai pas dans le détail de chacun d’eux. En revanche il me semble que tous se structurent autour de deux éléments principaux : l’alignement correct du corps et le relâchement des articulations.

La notion d’alignement est celle que j’avais évoquée dans mon premier article sur la notion de densité, notamment à travers l’utilisation du Kyokutsu (le sternum) que je pense toujours jouer un rôle central dans l’alignement correct du haut du corps dû à ses connections avec le menton, les lombaires ou encore les coudes, et donc dans la transmission de poids. Qu’il s’agisse de transmettre la force de la gravité dans le corps du partenaire ou de laisser une force reçue « couler » à travers le corps vers le sol, la maitrise du sternum est un élément indispensable et contribuera à donner cette impression de solidité.

La densité : l’alpha et l’oméga ?

Avec tous ces avantages, est-il nécessaire d’aller voir ailleurs ou la densité peut-elle être considérée comme une sorte de panacée martiale ? C’est évidemment subjectif, mais je ne crois pas à titre personnel que la densité soit suffisante même si elle est évidemment utile. Mon avis est qu’il s’agit plus d’un pied dans la porte, d’un prérequis pour passer à un travail plus complexe.

La recherche d’un travail dense présente en effet à mon avis quelques limites, notamment le fait qu’une pratique dense et stable est liée a une opposition de structure. Pas un problème dès lors que ma structure est supérieure, mais ça peut être problématique dans le cas contraire. Un autre élément limitant est que c’est un travail qui a tendance à chercher une certaine forme d’ancrage, ou du moins d’utilisation du sol, ce qui peut rendre relativement statique. C’est quelque chose de relativement acceptable dans un travail à mains nues (avec la encore des limites), un peu moins dans un travail à l’arme blanche a moins d’avoir suffisamment développé la « chemise de fer » pour arrêter les lames. Si vous en êtes la, force est de m’incliner.

Etre capable de passer d’un corps lourd et dense à un corps léger et agile, capable de se déplacer rapidement ou encore de rediriger les forces sans utilisation du sol est pour moi un compromis plus intéressant, et je pense plus proche de ce qui est proposé en Aunkai. Si la stabilité était très présente dans l’enseignement il y a quelques années, il n’est pas rare aujourd’hui de voir sensei passer d’un état stable a un état instable, ou réciproquement.

En termes d’entrainement, une fois la densité acquise, cela demande donc de remettre les choses à plat et de rendre le corps plus aérien. La lourdeur dans les pieds disparait et ceux-ci deviennent complètement libres. Le haut du corps ne « casse » pas nécessairement pour autant et il est possible (je dirais même souhaitable a ce stage de ma réflexion) de garder la stabilité de la « box ». Le haut du corps repose sur le pelvis, qui lui-même « flotte ». D’une certaine façon les jambes sont enlevées de l’équation.

Le premier intérêt se trouve dans les déplacements. Plus léger, il devient facile de se déplacer rapidement puisque le poids n’est plus dans les pieds. Et être plus rapide est évidemment un avantage puisqu’il permet de toucher son adversaire ou d’éviter son attaque plus facilement.

Le deuxième intérêt réside dans la qualité du contact. Lorsque l’on est stable, et ce même avec un corps lourd et détendu, le contact donné peut avoir tendance à stabiliser l’adversaire. Cela ne veut pas dire qu’il pourra nous arrêter pour autant mais cela peut avoir un impact sur l’effet obtenu. Si l’on prend un exercice simple comme Age Te par exemple, un corps stable et dense permettra sans trop de difficulté de lever les mains. Uke sera déstructure bien qu’il sente la force passer dans son corps. Pour Tori l’effet ressenti peut être comparé à une force épaisse, compacte qui enveloppe les lignes myofasciales. Au contraire, en libérant les jambes et les pieds, et en faisant se reposer le haut du corps sur le pelvis, il est plus difficile (en tout cas pour moi) de sentir cette force compacte, alors qu’il devient naturel de libérer les bras et de les faire bouger librement, dissocies des jambes. La force transmise à Uke est alors plus difficile à percevoir.

une modélisation où le haut du corps repose sur le pelvis


La vidéo ci-dessous proposée par Thong, le fondateur de Kaizen Tao exprime parfaitement cette idée. L’exercice est plus difficile qu’il n’y parait (ou alors mon Waff est plus réactif que son coussin…) mais il apparait tout de suite évident en se tenant debout sur un objet aussi instable que la force devra être absorbée différemment et que la pratique dense et stable ne résout pas tous les problèmes. On me répondra qu’il est rare de devoir de se défendre sur un trampoline, et je serai bien en mal de répondre à ça, mais en y mettant un peu moins de mauvaise foi on s’accordera sur le fait que le sol n’est pas toujours aussi plat, ferme et stable que celui de nos lieux d’entrainement et qu’il y a peut-être quelque chose à creuser de ce point de vue.

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