mardi 3 mai 2016

Le trop plein de Yang

Ivan Bel écrivait en 2010 sur le blog du Fudoshinkan : « Tout le travail d’Akuzawa sensei est typiquement Yang. Il travaille le plein, tellement plein qu’il déborde de toute part et que parfois on peut le sentir frustre de ne pouvoir donner sa pleine mesure, même sur son deshi qui subit déjà beaucoup de la part de son maitre ».

Si le travail de sensei a changé depuis et est devenu parfois très léger, ce travail reste au cœur de la méthode et c’est quelque chose qui m’intriguait depuis longtemps. Je pratique Aunkai depuis maintenant 6 ans, c’est à la fois beaucoup et très peu parce qu’il m’a d’abord fallu nettoyer toutes mes mauvaises habitudes, ce qui a pris 2-3 ans, puis reconstruire le « frame » de mon corps. Il y a deux ans, sensei m’avait dit qu’il était maintenant temps de commencer à bouger de l’intérieur et comme à chaque fois qu’il me dit quelque chose, ses mots ont eu deux ans d’avance sur mes capacités.

Depuis mars, j’ai modifié ma pratique pour tester de nouvelles idées, notamment l’utilisation des fascia et la création d’une tension dans le corps pour accumuler la force et la relâcher à la manière d’un élastique. Ce sont des idées que je pensais déjà avoir depuis plusieurs années, mais je m’aperçois maintenant qu’elles n’étaient pas présentes dans mon travail tant la sensation actuelle est différente de ce que je faisais encore il y a quelques semaines.



Mon travail actuel consiste d’une certaine façon à bander le corps comme un arc, à la différence qu’un arc ou un élastique ne fonctionnent qu’avec une seule direction (je tire vers l’arrière, l’élastique part vers l’avant quand je le relâche). Le corps humain est infiniment plus complexe et il existe au minimum 6 directions (avant-arrière, droite-gauche, haut-bas) à mettre sous tension simultanément pour pouvoir libérer la force dans n’importe quelle direction à n’importe quel moment. Si sur le papier cela semble relativement aise, je me rends compte maintenant qu’il faut déjà un certain travail sur le corps pour réussir à générer cette tension, a fortiori dans plusieurs directions.

Mais revenons au point de départ de cet article : l’aspect Yang de l’Aunkai. Jusqu’ici c’est quelque chose que je ressentais relativement peu dans ma pratique. Elle était Yang parce que je suis Yang moi-même mais je n’avais jamais ressenti cette sensation de trop plein, et c’est ce qui a changé ces dernières semaines. La création de ces tensions opposées semble créer quelque chose de nouveau chez moi, que j’aurais beaucoup de mal à expliquer : une sorte de boule derrière le sternum qui semble être le point central de ces tensions, une boule elle-même tiraillée par ces tensions et qui ne demande qu’à exploser. En plus de l’accumulation de tension, j’y ressens une sorte de chaleur qui irradie le reste du corps et qui ne redescend que quelques heures plus tard. Avec une conséquence, si je le fais trop et trop tard le soir, impossible de fermer l’œil. En pratique, ces tensions semblent m’amener plus de fluidité, puisque chaque mouvement crée une nouvelle tension dans le corps qui entrainera le prochain : l’énergie est perpétuellement recyclée, réutilisée. Plus fluide, plus explosif et manifestement plus surprenant puisque j’ai vu pour la première fois une lueur de terreur dans les yeux de mes élèves en leur montrant… apparemment ils ont l’impression d’avoir un tigre en face d’eux. On essaiera avec un vrai tigre la prochaine fois pour voir si la comparaison était valable.

Est-ce la bonne direction ? Comme toujours en Aunkai, je n’en sais rien. Mais je crois que cette direction mérite au moins d’être approfondie, tout en essayant de rééquilibrer avec une pratique et un mode de vie plus Yin à côté.

2 commentaires:

Pierre a dit…

Bonjour Xavier,
selon mon expérience le côté de Yang de sensei n'est qu'en aspect "démonstratif" de sa pratique. Personnellement ce qui me frappe le plus c'est la délicatesse de son touché (d'accord pas quand il frappe :-) ).
Pour l'anecdote, lors de la dernière FI en France nous avons été quelque uns a explorer ce qui se passait si on tentait d'agir sur les fascias du partenaire...
Bien que sensei ne nous ai rien dit formellement, il nous a donné quelques indications de travail en ce sens également, notamment au niveau de la légèreté du contact et le lien à créer avec le partenaire voire à "contraindre" notre partenaire à nous "coller".
A explorer lors d'une prochaine rencontre.

Xavier DUVAL a dit…

Bonjour Pierre,
effectivement son toucher est plus que doux, parce qu'il ne met pas de force, il transmet surtout son centre de gravité dès qu'il prend le contact. Ca lui permet notamment de forcer le partenaire à rester coller, et aussi de ne pas donner d'informations (donc de ne pas créer de réactions). Mais je n'opposais pas son côté Yang à la douceur du contact, c'est surtout une impression que me donne son corps, toujours connecté, en gardant l'idée du Ten/Chi et les juji.

Pour l'utilisation des fascia du partenaire, c'est l'impression que j'en ai eu aussi, un contact suffisamment léger et doux pour ne pas créer une résistance mais j'en suis encore au tout début de cette exploration

Très intéressant en tout cas et je vais profiter du fait d'avoir Manabu temporairement à la maison pour obtenir quelques réponses :)

A bientôt
Xavier