samedi 23 avril 2016

"A la carte"

Dans une société de consommation où les gens pratiquent comme ils vont au supermarché, le risque est réel de voir des gens chercher une pratique "à la carte". Après tout on paie pour un enseignement, on a encore bien le droit de choisir ce qu'on va apprendre, non?



Ce phénomène est plus ou moins marqué, selon les personnes et les régions, et chez les pratiquants un minimum sérieux il finit par s'estomper au profit de l'apprentissage de l'école dans son ensemble, mais il reste malheureusement quelques exceptions. J'ai eu dernièrement une personne qui est passée à quelques cours et qui suite à ça m'a demandé à plusieurs reprises de lui enseigner seulement les 2-3 techniques qui l'intéressaient. Requête que j'ai poliment ignorée jusqu'à ce qu'il m'envoie un email me disant qu'il était frustré parce qu'il ne souhaitait apprendre que ces quelques techniques même s'il comprenait que je devais enseigner un curriculum complet.

Le problème c'est que mon enseignement n'est pas axé sur les techniques, celles ci n'y étant qu'un outil pour appréhender les principes d'utilisation du corps. Je pourrais évidemment lui montrer les 3 techniques en question, ou du moins leur chorégraphie, mais ça n'est pas ce qui les fait fonctionner. Sans les principes qui régissent ces techniques, elles n'ont plus grand sens. Une école martiale n'est pas qu'une addition de techniques plus ou moins digérées même si c'est ce que j'ai cru pendant longtemps. C'est un ensemble logique, cohérent qui fait que tous les éléments se recoupent.

Je comprends évidemment que pour des gens pratiquant autre chose, tout dans ma pratique n'est pas nécessairement intéressant, et c'est d'ailleurs pour cette raison que je fais une sélection dans ce que je montre en stage pour m'assurer de donner aux stagiaires ce qui leur apportera le plus. En revanche il est évident que je ne fais pas des mini-cours à la carte en stage ou en cours régulier pour faire plaisir aux pratiquants, qui ont la délicatesse de suivre tout le cours, de pratiquer et de faire le tri chez eux.



1 commentaire:

Fred Lespine a dit…

Que chacun rêve naïvement d'avoir juste les techniques qu'il aimerait (puisqu'il sait, forcément, ce qui est bon et suffisant à sa progression) ne m'étonne pas tant que ça.

Que certains le formulent clairement est plus inquiétant. On a carrément dépassé le mythe du "petit Scarabée" où tout un chacun pouvait au moins se croire l'élu. Il n'y a même plus le fantasme de l'art martial, juste la croyance qu'une succession de quelques techniques, de "tricks" à ressortir au besoin, constitue l'essence de ces pratiques.

Et en plus on en veut pour son argent, on fait son marché. Pitoyable...