jeudi 17 mars 2016

Stage d'Aunkai à Hong Kong - Partie 1

Ce week-end tant attendu ne s’est pas vraiment déroulé comme je l’avais imaginé, et pour être tout à fait honnête la journée de vendredi a été un réel cauchemar pour moi.

Pour des raisons indépendantes de notre volonté à tous, Akuzawa sensei n’a malheureusement pas pu être parmi nous, et le fait d’avoir un pratiquant de Nouvelle Zélande (Filip Maric qui dirige le groupe de travail d’Auckland) et deux pratiquants de Singapour qui avaient fait le trajet spécialement n’a fait que rajouter un peu de stress. Mais il faut savoir rebondir et s’adapter, et j’ai donc immédiatement proposé à Filip que nous prenions le relais ensemble. Aucun de nous n’est instructeur de l’école, certes, mais nous avons d’une part l’habitude d’enseigner, d’autre part une expérience qui reste non négligeable. Enfin à deux nous pouvions plus facilement ajouter des éléments à ce que l’autre montrait et en donnant des points de vue différents sur la même chose, donner une vue peut être plus complète de la méthode.

Filip a immédiatement accepté, et ça a été pour moi un premier soulagement. La grande majorité des participants l’a aussi pris extrêmement bien, y compris nos deux camarades de Singapour qui auraient eu des raisons d’être déçus.





Au final nous avons divisé chaque journée en 4 sessions d’environ 1h30, nous permettant d’avoir une continuité dans les thèmes tout en rendant ça très dynamique. Chaque session s’est logiquement construite par rapport à la précédente amenant des détails complémentaires, et je dois dire (sans prétention aucune) que j’ai rarement participé à un stage aussi profond.

Je ne fais en général pas de CR vraiment précis de mes stages, qu’ils soient en tant que participant ou qu’intervenant, mais celui-ci fera exception.

SAMEDI

Xavier - Session 1


La première session se doit naturellement d’introduire les bases et en Aunkai, qui dit base dit Maho. Ou plutôt en l’occurrence l’axe avant arrière.
Nous avons commencé et fini par push out. Exercice pas facile sans avoir expérimenté le reste, et c’était donc l’occasion de construire quelque chose pendant la session, de revenir sur push out et de voir si quelque chose avait changé.

Une fois ce premier test effectué, nous avons naturellement abordé Maho. De nombreuses versions en existent, et pour cette partie j’ai choisi l’une des plus classiques: En partant du haut du corps on réaligne le menton, puis le sternum, etc. jusqu’en bas. Une fois aligné, le fait de chercher le déséquilibre arrière amène naturellement les bras à se lever. Cette version a permis de travailler l’alignement depuis le haut du corps et de commencer à explorer la zone dans laquelle le corps rentre en déséquilibre et donc d’augmenter la zone dans laquelle on peut conserver son équilibre.

A partir de Maho, avec un peu de pression sur les mains de la part du partenaire on peut commencer à changer la position des pieds et de là sentir comment la position Maho amène naturellement à la marche.

J’ai proposé plusieurs versions de Walking Maho, chacune amenant des éléments un peu différents. La premiere avec un Bo au niveau de la ceinture ou du sternum pour relier les deux partenaires, servant de niveau pour vérifier que le centre de gravité ne monte pas (souvent indicateur d’une poussée dans le sol). La seconde avec le Bo tenu verticalement, comme un “guide” qui représenterait la colonne vertébrale et qui permet de voir quand celle si perd sa verticalité (et sous quel axe) ou encore si elle monte. Quelques petits détails ont permis de creuser la façon dont nous marchons habituellement et pourquoi elle pose problème. Tous ces problèmes “traités” nous sommes passés à la version “classique” de Walking Maho avant de revenir sur push out. 

Filip - Session 2


On reprend la même chose mais en sens inverse. Cette fois au lieu de visiter sa zone de déséquilibre, on va chercher à jouer avec le point précis d’équilibre. D’abord en seiza, en faisant des vagues avec la colonne en partant du pelvis en cherchant à ne pas modifier l’endroit où le point du corps tombe. Puis en Maho, en partant du bas du corps et en remontant. De là on peut commencer à déplacer les bras en gardant toujours ce même poids dans les pieds.

Les exercices suivants n’étaient pas moins intéressants puisqu’ils sont repartis sur un Maho de haut en bas, mais en étant mis en déséquilibre par le partenaire et en explorant comment ramener la structure sous la tête pour revenir à Maho et éventuellement retourner la situation.

Xavier - Session 3

Cette session a permis d’explorer deux choses: Shiko et l’axe latéral, et la construction anatomique du salut et ses implications, notamment pour Sage Te.

Shiko a été effectué dans un certain nombre de variantes, encore une fois pour explorer différents paramètres. Avec le Bo et dans une forme très large pour sentir la connection en diagonale et le “drop” (pour éviter de pousser dans le sol avec la jambe), puis un Shiko à mains nues les points dans les kuas pour sentir la compression. Ca a été aussi l’occasion de tester quelques application martiales à partir du transfert de poids de Shiko pour rendre le sujet moins obscur.

Nous avons ensuite exploré un Shiko en seiza, une version un peu différente, qui a permis d’explorer une autre forme d’Age Te.

Après Shiko nous avons étudié le salut debout, et son transfert de poids, et son application directe dans Sage Te. Exercice périlleux s’il en est mais heureusement j’avais eu une mini-révélation le matin même. Sage Te est pour moi un point clé de la pratique pour comprendre la gravité. Je ne le comprends pas encore bien mais c’est quelque chose que j’aime utiliser en applications et nous l’avons donc appliqué sur deux clés assez simples.

Filip - Session 4

On a fait Walking Maho en poussant dans la première session? On le fera donc en tirant dans celle-ci. Avec plusieurs étapes. Déjà parce qu’être tiré au niveau du bras implique plusieurs sortes de réactions qu’il faut explorer (laisser tirer le bras, tirer en sens inverse, absorber). En absorbant on apprend à emmagasiner la force, et potentiellement à la ressortir. On absorbe donc, et on finit par suivre, où au contraire on libère comme un élastique sous tension. Ou alors, pourquoi pas, on construit sa sensibilité pour partir en même temps et accélérer sur le partenaire.

Cette session a permis d’explorer une autre version de Maho avec partenaire: Breathing Maho. Sentir la montée et la descente naturelle des bras et le replacement du corps qui l’accompagne.

Mon Sage Te est (relativement) minimal, avec un simple ajustement de structure de quelques centimètres. L’occasion pour Filip de proposer une version “macro” en partant penché vers l’avant les bras dans l’allongement de la colonne et en utilisant cette fois un mix de Shiko et Breathing Maho pour remonter le buste en descendant les bras.





5 commentaires:

kiaz a dit…

Déjà dis mais bravo pour la réactivité et le relais.
Au plaisir de se croiser sur les tatamis, tant avec l'un qu'avec l'autre. ;)

Alexis a dit…

Bonjour Xavier, étant pratiquant de taïjitsu, peux-tu me dire si tu ressens les bénéfices de l'Aunkaï dans ta pratique de nihon ?
Ca fait plusieurs fois que je lis des articles sur l'Aunkaï et ses fondements, malheureusement je ne trouve pas de renseignements sur d'éventuels groupes de travail dans la région du Mans ou de Nantes. Est-il possible de commencer seul ou alors par un stage ?
Merci d'avance pour tes réponses à mes questions et bonne continuation pour ton blog, il est très instructif !

Xavier DUVAL a dit…

Bonjour Alexis,
En ce qui me concerne la pratique d'Aunkai a radicalement changé la façon dont je pratique le NTJ et lui a donné un sens et une cohérence qu'il n'avait pas (comme je le pratiquais en tout cas). Donc pour moi sans hésitation, si c'était refaire je n'hésiterais pas une seconde

Commencer totalement seul est difficile parce que même en ayant les DVDs il faut avoir reçu la sensation. Christophe qui a commenté plus haut sur ce poste et qui est instructeur de l'école donne régulièrement des stages à Campbon dans la région de Nantes, à mon avis c'est le meilleur moyen pour aborder la discipline et pouvoir ensuite travailler seul

Content que le blog te plaise en tout cas, je ferai de mon mieux pour que ça reste intéressant

Alexis a dit…

Merci pour ta réponse Xavier, je pense que le travail des postures est quelque chose qui me manque pas mal d'après mes profs donc ça devrait m'aider de me mettre à l'Aunkaï. Je suis actuellement ceinture marron au club du Roseau au Mans (qui participe à la nuit des arts martiaux). Il paraît aussi que je suis un peu trop adepte du bourrin-ryu, donc apprendre à travailler en finesse.
Je vais voir à me rapprocher de Christophe pour lui demander si un stage est organisé prochainement.
Merci pour les infos et bonne recherche martiale

Xavier DUVAL a dit…

Plus que juste le travail de posture, je crois qu'Aunkai amène une finesse incroyable dans la compréhension de la génération et de la réception de la force, et un certain nombre d'autres points. Pour moi c'est vraiment revenir à la base de la pratique martiale et redonner un sens aux techniques que nous pratiquons. D'ailleurs si tu as l'occasion quand je passe donner un stage à Nantes, n'hésite pas, ça sera une bonne occasion de tester l'influence d'Aunkai dans nos pratiques

A bientôt
Xavier