vendredi 18 décembre 2015

Remettre la pratique dans son contexte

Alors que ma compréhension de la pratique s’affine, ou du moins qu’elle prend une direction assez claire, je m’aperçois de la distance qui me sépare maintenant de mes premières années. Alors que je pratiquais de façon plutôt athlétique, et en me focalisant sur une certaine efficacité technique alliée à une recherche de puissance/explosivité, ces dernières années m’ont permis de mieux comprendre le contexte d’origine des Bujutsu et l’impact que ce contexte a sur la pratique.

On ne bouge pas dans les Bujutsu comme en boxe. Le choix est délibéré et contextuel. Sans armes, en un contre un, et avec des règles clairement délimitées, les choix de la boxe permettront de s’en sortir au mieux. La position sera plus fermée et permettra de se protéger des chocs. Au sabre contre plusieurs opposants, il faudra au contraire pouvoir bouger dans toutes les directions, chose difficile avec une posture fermée.

La façon même de marcher au Japon avant l’ère Meiji (la fameuse Namba Aruki dans laquelle on ne vrille pas la colonne) a un impact net sur les choix techniques et on s’aperçoit rapidement que certaines techniques de Jujutsu deviennent très difficiles à réaliser sans force sans respecter cette idée. Encore une fois il ne s’agit pas de juger quelle est la meilleure option, mais de comprendre quel est le contexte qui a donné naissance à nos pratiques. Un exemple qui m’avait frappé de ce point de vue, était l’explication donnée par Maul Mornie sur la façon de combattre du SSBD. Au Brunei, dans son village construit sur l’eau, les ponts pour traverser sont relativement étroits, et il est évident que sortir franchement de la ligne d’attaque revient à se donner en pitance aux crocodiles. Prendre le centre en restant sur la ligne et en faire sortir l’adversaire est nécessaire.

Dans les arts japonais, j’ai souvent l’impression que le contexte a été oublié. L’utilisation des armes par exemple a un impact crucial sur les choix techniques. Est-il utile d’avoir une immobilisation aussi forte qu’en JJB quand il suffit de maintenir son adversaire une seconde avant de lui trancher la gorge ? Est-il même utile d’essayer de contrôler au sol quand il suffit de sortir son arme après la projection pour couper ce qui passe ? J’ai récemment proposé à mes élèves ce type de mise en situation en partant des techniques de base du NTJ. D’autant plus intéressant que ces techniques démarrent sur saisie de poignet et donc potentiellement sur une tentative de contrôle de Tori avant qu’il dégaine son sabre. Rendre Uke actif en lui demandant d’utiliser la saisie pour prendre l’avantage sur Tori, rendre Tori plus présent pour qu’il évite d’être pris, mais aussi le mettre dans l’esprit d’une victoire définitive qui lui permettra d’utiliser les armes à sa disposition.

Pas facile de faire du JJB comme ça

Comprendre le contexte de création de sa pratique, c’est comprendre ce que l’on fait et pourquoi on le fait. C’est ce qui donne sens à la pratique martiale. Un choix n’est meilleur qu’un autre que dans un contexte spécifique.

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