samedi 8 novembre 2014

Expulsion

J'ai été expulsé vendredi du dojo Doyukai de Hong Kong, pour des raisons surprenantes mais je trouve assez intéressantes.

Depuis un peu plus d'un an quelques gradés ont été expulsés pour des raisons personnelles qui ne me regardent pas. D'autres ont décidé de partir. Le tout laissant un grand vide dans le dojo puisque tous étaient des pratiquants avancés et, pour beaucoup d'entre nous, des amis.

Une semaine plus tôt, trois d'entre eux nous ont annoncé ouvrir un dojo ensemble et ont invité leurs amis à la cérémonie d'ouverture. Nouvelle qui m'a particulièrement enthousiasmé parce que pratiquer avec ces personnes ou boire une bière avec eux après la pratique est quelque chose qui me manquait. Etant moi-même enseignant d'une discipline cousine et connaissant la difficulté d'ouvrir un dojo à Hong Kong (et a fortiori d'un dojo privé), j'ai bien évidemment confirmé immédiatement ma participation.

Chose inattendue, nous avons reçu le lendemain un email de notre enseignant nous demandant de le prévenir de toute visite d'un autre dojo à Hong Kong ou ailleurs. Le timing laisse songeur. Un gradé, un peu naïf sur ce coup, lui a donc envoyé un message pour le prévenir. La réponse ne se fit pas attendre et fut envoyée à tous les membres: ceux qui iront à l'ouverture de ce dojo seront expulsés.

Je n'ai pas reçu cet email. Du moins pas immédiatement, il ne me l'a forwardé que 24h plus tard. J'ai répondu que j'irai et j'ai donné mes raisons. J'y allais en tant qu'enseignant de mon propre dojo et "descendant" de la lignée Yoseikan de l'Aikido. J'ai eu la chance de visiter des dizaines de dojos à travers le monde, et j'ai toujours fait de mon mieux pour promouvoir le Budo/Bujutsu et aider mes amis à continuer dans cette voie. La politique dans les arts martiaux ne m'intéresse pas, mon seul intérêt est de pratiquer, progresser et passer de bons moments avec mes amis. Je n'ai pas les détails de ce qui s'est passé entre eux, et je ne crois pas que ça me concerne. Je crois en revanche que l'Aikido ne sort pas grandi de ce genre d'histoires.

Bref, après avoir lu mon email, il a confirmé qu'il comprenait mon point de vue et ma présence en tant qu'enseignant de Nihon Tai Jitsu et non comme son élève et qu'effectivement cela ne le concernait pas. Mais brusque retournement de situation en cours de soirée: comment accepter de me garder tout en expulsant les autres? Dilemme cornélien qui s'est finalement réglé en me disant que je ne pouvais malheureusement plus venir. Une décision qui a semblé difficile à prendre vu le ton de l'email, mais que je respecte et accepte.

Après presque 4 ans et un 6e kyu durement acquis, il est donc temps de passer autre chose. Ca tombe bien, un nouveau dojo a ouvert hier.




14 commentaires:

olivier ROY a dit…

Salut Xavier, je suis désolé pour toi même si tu as la possibilité de rebondir rapidement.
Je te laisse méditer sur le commentaire de ma petite femme: "il sont aussi cons qu'en France".
On ,nous enseigne, en France ou ailleurs que nos décisions pour les autres sont souvent lourdes de conséquences.Et là, je n'ai pas l'impression que ton enseignant comprend et applique cela.Faire un exemple magistrale pour les autres qui oseraient un jour le contrarier, c'est construire un mur qu'il risque de se prendre un jour sur le coin de la figure!

Xavier DUVAL a dit…

Merci pour ton soutien. C'est la première fois que je me fais expulser, et pourtant je pense que d'autres auraient eu beaucoup plus de raisons de le faire

C'est sûrement une bénédiction au final. Toutes les personnes de qualité foutaient le camp et ça devenait de plus en plus difficile de pratiquer, d'apprendre quelque chose et même simplement de prendre du plaisir. C'est une bonne dizaine de personnes sur un an qui sont parties ailleurs

Le pire c'est qu'il a apparemment déjà fait le coup il y a quelques années et la moitié du dojo était partie. Manifestement il a su s'en remettre.

Par contre il y a un détail qu'il ignore et qui me fait mourir de rire mais je ne le révélerai que dans quelques jours quand le site officiel du nouveau dojo sera lancé

Lionel Froidure a dit…

Bonjour Xavier,

Je vois que la bêtise humaine est vraiment partout.

C'est donc une bonne chose de t'en rendre compte aujourd'hui pour pouvoir progresser demain.

Belle continuation

Lionel

Xavier DUVAL a dit…

Bonjour Lionel,

Je confirme, la bêtise n'a aucune limite. Mais c'est l'occasion de partir avec mes amis et de recommencer sur de nouvelles bases plus saines

A bientôt
Xavier

Jean JUGEAU a dit…

EXPULSION ?! D'un activiste Français suite aux émeutes à HKG ?! Bin non, encore une application d'une maxime: entre-aide et prospérité mutuelle...
Fi des raisons.. continue tes tribulations...
Jean

Xavier DUVAL a dit…

Merci Jean :)
Je confirme que les principes d'harmonie et d'évitement du conflit de l'Aikido en ont pris un sacré coup. Ça n'était pourtant pas faute d'avoir proposé une solution honorable en représentant le Nihon Tai Jitsu. Quand on dit qu'il faut fuir l'ego, peut être faut-il commencer par celui des autres!

Balakao a dit…

Il est temps pour toi de recevoir des bretons, ils vont démonter le dojo de cet odieux personnage ;)
Ta vision des choses me semble la bonne, pratiquer, progresser, et partager tout cela avec des personnes que tu apprécies !

A bientôt,

Arnaud

Xavier DUVAL a dit…

J'ai en fait hésité à lui proposer de venir chercher moi-même mon chèque de remboursement pendant son cours. Un de mes élèves m'a lui fait remarqué que j'aurais aussi pu lui dire de passer au dojo :)

Au final c'est surtout pour lui que c'est triste. Tous ses gradés s'en vont et personne n'ose ne serait-ce que mettre un peu de résistance devant lui. Comment progresser dans des conditions où l'on crée un environnement entièrement servile?

Robert Domeon a dit…

Bonjour Xavier, je garde une phrase em mémoire dans ce genre de situation « je ne discute pas avec les cons, ça les instruit », vive Audiard ! Robert, Bretagne

Xavier DUVAL a dit…

Bien vu Robert. Je n’ai effectivement pas insisté et honnêtement je n’ai pas envie de suivre l’enseignement d’une personne que je ne peux pas apprécier humainement

Fred Lespine a dit…

"J'ai eu la chance de visiter des dizaines de dojos à travers le monde, et j'ai toujours fait de mon mieux pour promouvoir le Budo/Bujutsu et aider mes amis à continuer dans cette voie. La politique dans les arts martiaux ne m'intéresse pas, mon seul intérêt est de pratiquer, progresser et passer de bons moments avec mes amis."
Excellent ! Je trouve ça vrai, simple et très beau.
Qui sait ? Je te citerai peut-être un jour à l'occasion, si le besoin pour moi aussi s'en fait sentir. ;)

Xavier DUVAL a dit…

Tant que tu ne me mets pas en citation (presque) martiale du mois :)

Jack a dit…

Hello Xav,

Je suis navré pour toi, surtout que l'ancien et le nouveau dojo ont l'un et l'autre des choses à apporter. C'est triste pour les élèves surtout... C'est comme si on leur demander de choisir entre deux amitiés alors qu'ils pourraient avoir les deux. C'est un peu comme une femme, que l'on épouse et qui donne un dilemne cornélien à choisir entre elle et un loisir-passion.

Pour ma part, je l'ai vécu dans une autre vie. Durant la saison 1996/1997, à l'époque je pratiquais le NTJ sur Metz et m'entrainait dans un lieu proche de l'université où j'étudiais. Les cours étaient le mardi, mercredi et jeudi. Le professeur du lieu avait deux élèves hauts gradés qui pour développer le style ont ouvert leurs propres cours. Un le samedi et l'autre le lundi et vendredi. Ce qui coincidait bien avec les horaires des cours du professeur. Et parce que nous allions voir ses élèves, dont l'un et l'autre par amitié, pour leurs connaissances techniques et leur façon d'enseigner et aussi pour aider à lancer les clubs, nous sommes plusieurs à avoir été déclarés personna non grata. C'est dommage, quand en tant qu'étudiant nous avions le temps de nous entrainer 2 heures par jour.

Au final, parce que certains profs ont des soucis d'égo (ou autre), ce sont toujours les élèves qui en patissent.

Ceci dit c'est très proche de l'esprit traditionnel japonais de ne pas laisser les élèves aller voir ailleurs, pour éviter de voir les secrets de l'école transmis, mais aussi éviter que les élèves ailleurs trouver mieux ailleurs et qu'ils continuent à investir dans le dojo (financièrement et selon le dô), surtout que lorsqu'on a passé des années à former un héritier, ça fait "chier" de le voir partir ailleurs, c'est une perte pour le dojo.

Mais à l'heure actuelle, si on regarde l'épanouissement personnel de l'élève, on peut se dire que si un élève abandonne un dojo pour aller ailleurs, on a réussit, on lui a créé un cercle d'ami, une vie au sein de la grande famille des arts-martiaux. C'est une réussite dont un professeur peut se féliciter. Il y a pire, l'élève aurait pu arrêter les arts martiaux et faire du football! Et avoir des élèves qui créent leur structure est également une réussite pour un professeur, ça permet de développer le style, développer l'école. Et ça veut dire que non seulement on a pu développer l'intérêt pour le style au point que les élèves l'enseignent, mais en plus qu'il créent une structure et qu'au sein de cette famille, les gens soient des amis, presqu'une famille.

C'est dommage et triste...

Bon courage!

A++
Jacques

Xavier DUVAL a dit…

Salut Jack,

C'est tout à fait ça. Son premier email nous disait qu'il ne pouvait enseigner à des gens qui ont "deux coeurs" comme si on ne pouvait avoir du respect pour plusieurs personnes à la fois... Je n'ai personnellement pas de regret parce que je n'y apprenais plus grand chose: la majorité des bons pratiquants sont partis et lui n'est pas aussi on qu'il veut bien le croire, et l'ego prenant le dessus ça ne va pas en s'arrangeant

Dans ton cas c'est encore plus surprenant puisque si je comprends bien ils étaient encore ses élèves, alors que dans le mien ils ont été soit virés, soit ils sont partis d'eux-mêmes.

Là où c'est très con c'est qu'il va de fait perdre toutes les personnes de qualité (mais il semble que ça fasse plus ou moins partie de sa stratégie) et que c'est du coup son gagne pain qui va en prendre un coup.

Enfin personnellement je sais que si mes élèves veulent aller voir ailleurs, ils sont libres d'y aller. Et si c'est mieux que ce que je fais, j'irai sans doute avec eux!

Au final tout ça est plutôt positif dans mon cas. Je ne voulais pas partir parce que le seul autre dojo fait bosser par grade, ce qui voulait dire repartir à zéro faute d'avoir passer les examens et me faire expliquer la vie à longueur de cours. Je peux finalement partir et retrouver mes copains qui me manquaient depuis leur départ.

A bientôt
Xavier