jeudi 23 octobre 2014

Pédagogie



Les bons pratiquants ne font pas forcement les meilleurs enseignants et vice-versa. J’ignore à titre personnel si je suis un bon pédagogue et je ne me pose d’ailleurs pas la question de cette façon. Ce qui m’intéresse en revanche c’est de savoir ce que je peux apporter à mes élèves (le contenu) et comment je peux leur apporter (la forme), car l’un est sans aucun doute aussi important que l’autre.

Combien d’enseignants avez-vous eu, que ça soit dans les arts martiaux ou pas, dont le message ne passait pas ? Ou du moins ne restait pas dans vos esprits ? Que faire en tant qu’enseignant, dans un stage ou en cours réguliers pour aider nos élèves à retirer quelque chose du cours ?

A l’approche du stage de Nort-sur-Erdre, c’est une question que je me pose. Contrairement à mes élèves réguliers, les personnes présentes ne passeront que quelques heures avec moi, peut-être pour la première et dernière fois. Tous ont leur enseignant régulier et il s’agit donc d’apporter des pistes de réflexion supplémentaires ou un point de vue différent. 

Quelle pédagogie choisir?

En préparation du stage j’ai visionné l’intégralité des vidéos de l’an dernier, d’une part pour me remémorer ce que j’avais montré et ne pas redonner un stage identique, ensuite pour revoir la forme. Au contraire de mes cours réguliers, ce stage avait presque un air de one man show, avec un enseignant surexcité balançant des blagues à intervalles réguliers. D’un certain coté, j’y ai retrouvé l’approche de deux des enseignants qui m’ont le plus marqué à ce niveau : Me Hernaez et Louis Mercier. Je me souviens avoir été surpris la première fois par leur façon d’enseigner, qui s’éloignait de l’image austère que l’on imagine parfois associée à l’étiquette des Budo. L’étiquette était pourtant respectée, et aujourd’hui encore je me souviens de leurs bagues et des messages qu’ils faisaient passer par ce biais.

A Hong Kong, j’utilise moins cette option, tout simplement pour une question culturelle et linguistique. Avoir des élèves issus de différentes cultures et avec des niveaux d’anglais variables ne facilite pas forcement l’humour… J’essaie malgré tout d’expliquer beaucoup, et de faire sentir autant que possible à chaque personne présente. Autant que possible j’essaie de favoriser l’interactivité et d’encourager les élèves à me/se poser des questions. Un enseignant est là pour guider, mais  ce sont au final les élèves qui font le travail.

L’approche de Romain lors de son passage à HK m’avait aussi profondément intéressé. Moins à l’aise en anglais, il parlait finalement peu mais parvenait à indiquer sans un mot les points essentiels de la technique. Je suis personnellement incapable de la fermer (même quand personne ne comprend ce que je raconte) mais j’avais trouvé l’approche efficace et très claire.
Dans un autre style, j’apprécie aussi l’approche d’Akuzawa sensei qui parfois me balance un concept, une idée ou me montre un mouvement rapidement, sans explication, sans même une once d’introduction. Une sorte de « tiens, demmerde toi avec ça ». Une grande partie de ce que je fais aujourd’hui vient d’éléments qu’il m’a glissés comme ça. On retient mieux ce que l’on (re-)découvre par soi-même que ce que l’on nous donne tout cuit.

Comme pour la pratique, ma pédagogie reste en mouvement. Je ne crois pas qu’il existe de solution idéale, d’autant plus avec des publics variés qui apprennent différemment. Comme toujours, il faut savoir s’ajuster, s’adapter.

6 commentaires:

olivier ROY a dit…

Eh bien cher Xavier tu te poses beaucoup de questions. la première chose reste naturel, vient avec tes blagues et après on verra.Tu sais Romain nous fais le même coup. il montre, il nous dit "il y a du ressenti " et puis démerde toi avec ça. A la fin des 20 à 30 minutes si notre cerveau n'a pas trop chauffé, il nous montre le but exact de l'exercice mais pas le chemin à parcourir pour arriver au résultat.
Pour ma part le premier stage que j'ai fais avec Philippe Pinerd à l'époque m'a marqué. Il disait"quand je viens à l'entrainement,je viens avec le sourire à l'extérieur, mais surtout à l'intérieur. Puis je sers mon art martial avec la même quantité de douceur que de sévérité,parfois de douleur pour être vrai dans l'instant. Pourtant, je n'aime pas faire Mal sur le principe mais je n'oublie jamais que je pratique un art martial et que je vis au travers." Dernière chose Romain aussi fait des blagues, le plus souvent c'est parce l'ont est trop tendu ou concentré sur ce que l'on fait et cela nous montre que la situation ou la position en devient ridicule.Où bien pour trente seconde de détente et que l'on soit plus attentif après.
Bref,comme tu le dis si bien,tu t'ajusteras sur place, mais surtout viens avec tout ce qui fait de toi une personne unique et apprécié de beaucoup.A+

Xavier DUVAL a dit…

Je me pose effectivement beaucoup de questions existentielles. Questions qui n’ont en général pas de réponse absolue mais qui font partie d’un cheminement, ou du moins d’une volonté d’essayer d’avancer et de m’améliorer. Au final malgré tout, je joue ma partition à l’oreille et au feeling.

Mais la façon d’enseigner, comme la façon de manager une équipe, a des conséquences directes sur les résultats, et ça me semble utile de s’y intéresser. Si des pratiquants moyens arrivent à mieux transmettre que des experts, c’est qu’ils ont quelque chose en plus qui compense leurs lacunes techniques. Si je n’arrive pas à transmettre à mes élèves ce que je suis capable de faire, d’une certaine façon j’ai échoué dans mon rôle. Comment faire pour que ça n’arrive pas ?

Sur place je viendrai avec mon décalage horaire et le choc thermique et j’improviserai très certainement la plupart des exercices, des explications et des blagues, mais cette réflexion me permet une approche a plus long terme de ma façon de faire

Anonyme a dit…

Je me pose pas mal de questions de ce genre en ce moment en tant que futur enseignant.

L'exercice de style le plus complexe je pense,ce n'est pas d'enseigner à ses élèves réguliers.Nous connaissons le cursus vu qu'on y est passé.Après il reste quand même à savoir de quelle façon on va s'y prendre pour transmettre nos connaissances.

Concernant un stage,et qui plus est avec une autre discipline(même si assez proche vu de l'exterieur)la remise en question n'en est que plus importante.Essayé de montrer la diversité de sa pratique tout en gardant une certaine cohérence,voilà un bon défi en soi!

Manu GHF

Xavier DUVAL a dit…

En fait enseigner à un groupe extérieur peut être assez simple si on veut juste leur faire découvrir le style (ce qui est souvent le cas). Ca se complique un peu quand on veut que les participants en retirent quelque chose pour leur pratique...

olivier ROY a dit…

Ok tu as raison Xavier dans ton dernier commentaire . Je voudrais juste rajouter que l'état du ou des participants d'un point vu physique et psychique est aussi à prendre en compte. La capacité de transmission de l'enseignant n'est pas le seul facteur pour qu'un maximum de gens retiennent un minimum d'enseignement.Nous sommes humain et notre écoute(au sens large) pendant un cours est ni constante, ni optimale. Chacun suivant ses capacités fera du mieux qu'il pourra pour retenir et intégrer les principes ,les techniques pour ensuite que notre esprit, ainsi que notre corps restitue ensuite.

Xavier DUVAL a dit…

Tu as tout à fait raison, et c’est pour ça que pour moi un enseignant ne peut qu’être un facilitateur ou un guide en quelque sorte. Il donne des pistes mais ce sont les élèves individuellement qui doivent chercher à les comprendre en fonction de leur condition physique, de leur niveau de compréhension, de leur maitrise technique, ou même tout simplement de leurs filtres.

Deux personnes qui voient la même technique y verront probablement deux choses très différentes, et c’est sans doute ce qui fait la beauté de la chose