jeudi 24 juillet 2014

Langue étrangère et art martial



Si ma vie donne parfois l’impression de se résumer dangereusement aux arts martiaux, j’ai heureusement quelques autres lubies. Celles-ci sont en revanche souvent guidées par les mêmes principes.

Depuis le début de l’année, j’ai mis un coup de collier sur mon apprentissage du mandarin, et il y a deux mois je me suis enfin décidé à m’attaquer à la question de l’écriture que j’avais (à tort) laissée de côté au début.


un des caractères les plus compliqués de la langue chinoise... celui-là je ne l’apprendrai pas !

 Comprendre sa pratique

C’est la raison pour laquelle je me suis finalement décidé à apprendre l’écriture. Une langue, comme un art martial, est un système auto-suffisant et cohérent. Il n’est pas nécessaire d’utiliser une autre langue comme roue de secours, et l’utilisation du pinyin ne devrait être qu’un outil pour appréhender l’ensemble du monde que la langue chinoise propose. Parce qu’un caractère chinois, ça n’est pas juste un moyen d’empêcher les étrangers d’apprendre la langue, c’est avant tout un véhicule historique et culturel, là où les pinyins ne sont que des sons.

C’est sans doute le point qui m’avait le plus bloqué dans mon apprentissage du cantonais, l’écrit suivant le chinois standard (mandarin) et pas le cantonais je n’avais pas de support écrit et donc pas de compréhension réelle du sens des mots.

Il en va de même pour la pratique martiale : celle-ci ne peut pas se limiter a copier la forme des techniques sans en avoir appréhendé le fond.

Etre régulier
Apprendre une langue, comme apprendre un art martial demande de la régularité. Comme pour les arts martiaux, ma pratique est quotidienne car c’est le seul moyen de s’immerger complètement et de permettre aux différents éléments de devenir naturels. 
Comme pour toute pratique, il est préférable de pratiquer 15 minutes par jour que 2 heures le samedi. Le temps passé n’est pas le seul facteur.

Etre efficace dans son apprentissage

La question de l’efficacité se pose à plusieurs niveaux, notamment celui du temps. Comme beaucoup de monde, j’ai un emploi du temps chargé avec de nombreuses heures d’entrainement, un emploi à plein temps qui déborde parfois, une vie maritale et parfois sociale. Malgré tout je pratique le chinois 1 à 2 heures par jour. En reprenant un emploi, je savais que je ne pourrais pas garder mon rythme avec les méthodes que j’utilisais et qui nécessitaient de passer du temps devant mon ordinateur. Ma méthode de l’époque ne me permettait pas non plus d’appréhender les caractères et c’est donc quelque chose que je faisais manuellement avec des livres d’écriture pour enfants. C’était peu efficace mais économique et j’avais le temps.

Mes besoins ont changé et j’ai donc cherché une nouvelle méthode. Une méthode qui me conviendrait et qui me permettrait d’atteindre mes objectifs. En cherchant un peu j’ai découvert l’excellente méthode CRAMPE, qui propose une leçon par jour pendant un an sous forme de vidéo/PDF/MP3. La méthode est progressive, incorpore les caractères dès le début avec leur étymologie et de nombreux points culturels. Une vision complète qui permet d’aborder les différents aspects de la langue. Les vidéos durent 15-20 minutes, et m’accompagnent donc quotidiennement dans le métro sur le chemin du travail.

Le reste de ma pratique est consacrée à l’écriture. Là encore j’ai cherché une méthode plus efficace que des flashcards faites à la main, des livres pour enfants ou un fichier excel. J’ai récemment jeté mon dévolu sur l’application Skritter qui me permet d’apprendre et réviser les caractères en traditionnel et simplifié sur mon iPhone en suivant le principe de la répétition espacée, i.e. Skritter me fait réviser les caractères quand il sait que je vais les oublier. Je pratique encore une fois dans le métro ou dès que j’ai un temps mort. Par tranches de 5-10 min, j’arrive assez facilement à 60-70 minutes par jour. Ce ne sont pas forcément les meilleures méthodes, mais elles sont bonnes pour moi.

Martialement c’est le recentrage sur la formation du corps qui m’avait permis de gagner cette efficacité et d’apprendre mieux et plus vite.


Se fixer des objectifs clairs, quitte à les faire évoluer

Pour ne pas perdre de temps, il est important de savoir quels sont nos buts et pourquoi on apprend. Dans le cas d’une langue il peut s’agir d’avoir un pack de survie en vue d’un voyage, d’être capable de tenir une conversation et d’utiliser la langue dans sa vie personnelle ou professionnelle, ou encore de devenir un spécialiste international de la langue.

Mon but est de communiquer. Je veux pouvoir tenir une conversation fluide sur n’importe quel sujet et être capable de lire les caractères traditionnels et simplifiés. Vivre entouré de panneaux et d’indications que vous en comprenez pas peut être frustrant, c’est mon quotidien depuis trop longtemps et il est temps que ça s’arrête. Professionnellement la maitrise du mandarin à l’oral et a l’écrit est aussi de plus en plus une nécessité dans un territoire qui se concentre de plus en plus sur son voisin chinois.

Mon objectif pour l’année est d’atteindre le HSK4. C’est le but de la méthode CRAMPE et c’est je pense le point à partir duquel il devient vraiment possible de communiquer à l’oral et à l’écrit de manière fluide. Les niveaux de HSK vont de 1 à 6, au niveau 4 l’on doit être capable de converser couramment sur des sujets divers et maitriser 1200 caractères. A titre de comparaison le niveau 3 en demande 600 et le niveau 5 plus de 2500. 1200 caractères c’est en gros 94% des communications écrites. Pas suffisant pour tout comprendre donc mais un bon début. Skritter me permet de choisir les listes que je veux apprendre, en l’occurrence celles du HSK et de me concentrer uniquement sur celles-ci. J’ai donc choisi mes armes pour atteindre mon objectif.

Cet objectif évoluera peut-être au cours de l’année. J’espère ne pas avoir à l’abaisser et je ne pense pas pouvoir atteindre le HSK5 aussi rapidement. Par principe je fais des plans à l’année uniquement, l’expérience m’ayant montré que je n’ai jamais une visibilité supérieure.

Martialement, j’ai également mes objectifs, à court et à long terme. Ils ne sont plus ce qu’ils étaient à mes débuts, ils seront probablement différents dans quelques années. Peu importe, il faut d’abord monter la première marche

3 commentaires:

olivier ROY a dit…

Bel exemple à suivre, un vrai autodidacte.Pour ma part martialement, j'ai régressé malgré ma présence aux entrainements.J ai plusieurs buts et le choix de leur priorité n'est pas clair.A suivre.

Xavier DUVAL a dit…

Je ne suis pas complètement autodidacte car j’ai toujours des enseignants, mais ils me guident et m’aident à être plus efficaces. Les objectifs et le travail doivent venir de moi.

Je crois que la présence, comme le volume de pratique n’est qu’un critère. On dit en anglais que la pratique mène à la perfection, c’est faux. Une bonne pratique mène à la perfection. Il faut donc les bons outils (qui peuvent différer d’une personne à l’autre), la motivation et le travail qui va derrière. Malgré tout cela, il y a toujours des périodes où on ne progresse pas, voire ou l’on a le sentiment de régresser. Parfois c’est le cas et dans ce cas il peut être intéressant de chercher pourquoi si ça dure trop longtemps. Parfois c’est juste un pallier et une étape de consolidation. On a l’impression de ne plus progresser alors qu’il suffira parfois d’un déclic pour sauter 2-3 marches d’un coup.

A l’époque où je faisais du ping pong (oui, tu peux rigoler), j’avais fait un stage d’été intensif. A la fin de la semaine j’avais beaucoup progressé. 1 mois après j’étais moins bon qu’avant le stage. On m’avait prévenu que ça arriverait probablement et qu’il allait falloir quelques mois pour que tout ce que j’avais acquis en un temps très court se mette en place de manière durable.

olivier ROY a dit…

Merci pour tes conseils.La prochaine fois que l'on se voit,si tu veux,tu feras ping et moi pong,on échangera sur le tatamis.