mercredi 2 avril 2014

Les bénéfices du travail lent

J'ai eu pendant de nombreuses années une pratique que l'on pourrait qualifier d'externe et qui reposait sur des qualités athlétiques. Qualités que je m'efforçais d'ailleurs de développer, à grands renforts de pompes, abdominaux et footings. Je me souviens encore avec une certaine nostalgie de ces premières années où un entrainement dont je rentrais sans douleur n'était pas un entrainement. Non pas parce que ces douleurs me manquent, mais parce qu'il est toujours intéressant de s'arrêter et de regarder en arrière, avant de pouvoir reprendre sa route.

Je pratiquais mes techniques vite et fort, pensant que c'était là la clé de l'efficacité. Une pratique au final un peu bourrine dont seul le résultat comptait. Je ne crois pas avoir ne serait-ce que considéré la possibilité d'un travail lent et plus interne à cette époque.

Ce n'est que beaucoup plus tard que j'ai compris l'intérêt du travail lent. D'une part en essayant le Tai Chi et le Liu He Ba Fa (même si ce ne fut que des cours d'essai), d'autre part en découvrant plus tard les bénéfices de l'interne via le Yoga et Aunkai, enfin en découvrant une autre approche de l'Aikido à Paris grâce à Yannick Le Fournis et Léo Tamaki.

Depuis quelques temps j'encourage mes élèves à pratiquer lentement, mais à vitesse constante, plutôt que de manière rapide et saccadée. La pratique lente permet de mieux comprendre son propre corps, comment bouger et l'impact généré sur Uke. Plutôt que de se concentrer sur le résultat, réduire la vitesse et se concentrer sur les sensations permet de mieux comprendre les principes de la pratique, les axes du corps, les notions de déséquilibre et bien d'autres choses encore. Une fois tous ces éléments mis en place et les mouvements parasites éliminés, la vitesse peut naturellement venir. Au contraire comme le disait très justement l'un de mes élèves la semaine dernière "en pratiquant vite, on entraine surtout ses erreurs".



6 commentaires:

budoshugyosha a dit…

"Pratiquer lentement mais à vitesse constante " c'est également ainsi que j'enseigne;-)

Xavier DUVAL a dit…

C'est rassurant de voir que des enseignants de qualité le font également ;-)
Mais il est probable que nous ayons des inspirations communes, ceci expliquant certainement celà

olivier ROY a dit…

Notre instructeur, Romain ,essaye aussi de nous enseigner de cette manière là pour certains exercices. Mais le ressenti n est pas toujours bien compris par le corps.

Xavier DUVAL a dit…

Salut Olivier,
ça prend du temps pour que le corps comprenne, d'autant qu'il ne peut vraiment comprendre que si l'on a déjà une idée de quoi chercher. Mais Romain est un excellent instructeur qui sait bien où il va :)
A bientôt,
Xavier

Greg a dit…

Bonjour, merci pour cet article. Cela ne fait que trois ans que je fais de l'aïkido et je commence seulement aussi à me rendre compte qu'il ne sert à rien de se précipiter et que comme tu le dis très justement, on entraîne ses erreurs à pratiquer trop vite.
Cela dit, il y a l'émulation de faire comme les gradés et ce maudit culte de la performance qui nous pousse à faire vite plutôt que bien. Cette bêtise de se dire qu'on ne pratique qu'1h, 3h, ou je ne sais combien et qu'il faut être rentable. C'est vrai que le douleur physique aide souvent à se dire, j'ai bien travaillé alors que non, j'ai juste bien bouriné.
Paradoxalement, j'avais arrêté le tai chi parce que je trouvais ça trop mou et trop lent. Mais je commence à y retrouver un fort intérêt.
Ton article me conforte dans ma recherche.
Merci.
Greg

Xavier DUVAL a dit…

Bonjour Greg,

Content que cet article te parle !

C’est effectivement tentant d’aller vite et fort. On transpire, on fait plus de répétitions et on ressort en se disant que ça a été bon entrainement. Au moins on en ressort content et c’est déjà un bon point même si ça trouve vite ses limites en termes de progression. Cela étant, effectuer le travail lent n’est pas possible partout, ou en tout cas avec tout le monde. Beaucoup de pratiquants viennent se défouler et chercher un semblant d’efficacité, peu d’entre eux cherchent à vraiment modifier en profondeur leur façon de faire et je ne suis pas convaincu que l’on puisse forcer nos partenaires à suivre notre façon de faire. Il m’arrive donc régulièrement dans mes entrainements d’Aikido de mettre beaucoup de vitesse inutile, j’essaie dans ce cas de travailler autre chose : mettre plus de fluidité que de vitesse, bouger moins, garder la plus grande légèreté de contact possible et bien sûr conserver ma structure. C’est intéressant aussi même si probablement pas suffisant sans un travail de fond.

J’avais eu la même impression que toi pour le Tai Chi, probablement parce que je n’étais pas prêt à faire ce type de travail et que je ne le comprenais pas. Aller lentement est essentiel à condition de savoir ce que l’on cherche.