jeudi 11 juillet 2013

Les dangers de l’enseignement



Si l’enseignement représente pour beaucoup une étape nécessaire, ou dans le pire des cas un aboutissement, il présente également un certain nombre de risques. Car l’enseignement amène son lot d’illusions qui peuvent très facilement embarquer le pratiquant dans une spirale négative.  

Quand on enseigne, on ne pratique pas
Ça n’est pas toujours vrai, mais c’est un problème courant. Un enseignant a tendance à se positionner au-dessus de la mêlée et à corriger ses élèves mais pas à pratiquer lui-même pendant le cours. Pour plusieurs raisons d’ailleurs. Déjà parce que son boulot d’enseignant est d’enseigner et qu’il est donc normal qu’il se concentre sur cette question. Ensuite parce que - ego aidant – tout le monde n’apprécie pas de foirer une technique sur un de ses élèves.

Je n’ai personnellement pas de problème avec ça, essayant de m’entrainer autant que possible pendant mes cours puisque c’est la raison principale pour laquelle j’ai commencé à enseigner. Mais ce problème réglé, reste celui de la complaisance des élèves envers leur enseignant. 



Apprendre? Pourquoi faire? Je sais déjà tout


La complaisance des élèves
 C’est l’autre risque principal à mon avis, et celui qui me frappe le plus. Probablement parce que je le vois a la plupart de mes cours d’Aikido. Lorsque l’enseignant démontre, son uke chute, parfois simplement par respect du statut et pour ne pas faire perdre la face à son professeur. Cela m’arrive de plus en plus en Aikido où je fais ma technique sur mon partenaire, qui tombe (et qui n’a pas peur de mon statut de 6e kyu a priori), l’enseignant vient me fait la technique, bien en force et perceptible à 2 kms, je tombe pour être gentil et m’entends dire « tu as compris ? ». Je hoche la tête et retourne tranquillement à mon travail. Si ce genre de choses m’émeut assez peu en tant qu’élève, cela me déplait profondément en tant qu’enseignant.  

Lors d’une conversation autour d’une bière après le cours de dimanche, l’un de mes élèves me parlait de son frère (qui s’entraine aussi avec nous) en me disant « ce qui est bien avec Luke, c’est qu’il ne tombe que s’il sent quelque chose. Il ne viendra jamais pour faire plaisir ». De fil en aiguille nous avons parlé du risque de laisser passer la technique plus facilement quand elle est faite par le prof ou par un gradé et j’ai bien insisté sur le fait qu’ils ne devaient JAMAIS faire semblant quand je leur appliquais une technique et que si ça merdait il valait mieux que je le sache pour pouvoir chercher ce qui n’allait pas.

Car quand j’y pense, sur les nombreux enseignants que j’ai eus, beaucoup m’ont impressionné au début, puis au bout de quelques mois/années je sentais que leurs techniques ne marchaient plus que parce que je les laissais faire. Tous avaient en commun d’enseigner plus que de pratiquer. Dans certains cas ils stagnaient, dans d’autres ils régressaient, au mieux ils observaient une progression faible en comparaison de la mienne. Dans tous les cas je ne sentais pas une envie d’aller plus loin.



Se remettre en question ?

L’enseignement apporte son lot de bonnes choses. Transmettre une tradition/culture/passion, créer un groupe avec une direction de pratique commune, tout simplement partager. Mais l’enseignement ne peut pas être une fin en soi. S’il est considéré par beaucoup comme une étape, la question doit être une étape vers quoi ? Car c’est la toute la question, où souhaite-t-on aller ?

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