mercredi 5 juin 2013

Ma-Ai, la distance dans les arts martiaux japonais


La notion de distance (Ma-Ai - 閒合) est primordiale dans les arts martiaux. C’est la distance qui dicte l’entrée et donc la technique. L’étude des kanji est particulièrement intéressante pour comprendre des concepts que le romaji transmet assez difficilement.

Ma -

Il s’agit de l’ancienne graphie de ce kanji, la version moderne étant
. La différence est de taille puisque la lune est remplacée par le soleil. Dans le kanji d’origine on voit deux parties , la porte et , la lune dans l’entrebâillement de la porte. Ce caractère, qui signifie intervalle, est a fortiori intéressant quand on connait les portes coulissantes japonaises, qui ne se ferment pas complètement. La nuit, la lune a donc la possibilité de s’infiltrer dans cet intervalle presque inexistant mais toujours présent.

Ai -

C’est le premier kanji de l’Aikido, qui signifie l’harmonie. Harmonie parce que la distance unie les deux partenaires/adversaires. Trop loin la relation est brisée, selon le placement de Tori ou d’Uke le danger peut être imminent, etc. C’est une relation toujours changeante.

Le premier Kanji m’inspire tout particulièrement. Lorsque j’ai rencontré Léo Tamaki il y a quelques mois, il a évoqué ce sujet en me disant que Me Tamura expliquait qu’Irimi était comme le rayon de lune s’infiltrant entre deux portes japonaises. Irimi et Ma sont donc intrinsèquement liés.
C’est intéressant parce que la lecture des kanji nous fait comprendre que l’intervalle juste est extrêmement petit. Un Tai Sabaki large, avec une grosse sortie de ligne est contre un sabre le meilleur moyen de se faire couper, alors que l’entrée juste donne une position forte a Tori, là ou Uke n’a plus l’espace de réagir.

A la lumière de l’explication de Léo, du stage de Washizu sensei et de mon passage chez Akuzawa sensei à Tokyo, j’ai cherché à revoir en profondeur ma façon de pratiquer pour incorporer différents principes. L’un d’eux est le fait de ne pas mettre de tension au point de contact (j’y reviendrai plus tard), l’autre est cette notion d’intervalle. Depuis un mois et demi environ, mes élèves et moi travaillons presque uniquement les  « techniques de base », et parfois pour leur changer les idées leur application sur d’autres attaques/défenses, en gardant toujours en tête ces deux notions (plus quelques autres, mais je ne vais quand même pas tout dévoiler ici). Si travailler uniquement ces techniques peut paraitre austère (et m’aurait probablement assez vite lassé à mes débuts), je comprends aujourd’hui l’importance d’un travail de fond en opposition a un travail « technique ». La bonne nouvelle est que mes élèves acceptent tout cela de bon cœur et ont confiance dans la direction que je leur fais prendre.

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