mardi 14 mai 2013

Mauvais esprit

Le concept de mauvais esprit est probablement ce qui fait que je ne me sentirai jamais complètement à l’aise en Aïkido (à l’exception de quelques dojos ou j’ai beaucoup de plaisir à aller). Je n’ai jamais réussi à comprendre le fait que quelque chose puisse être de la faute de Uke à partir du moment où celui-ci attaque avec sincérité. Uke n’est dans ma compréhension pas là pour faciliter la vie de Tori et c’est bien à Tori de s’adapter à la situation et non à Uke de s’adapter à Tori.

Si mes cours d’Aikido sont relativement exempts de ce genre de choses, il reste encore et toujours quelques personnes pour qui Uke ne fait pas le travail correctement. Deux anecdotes (avec le même partenaire) m’ont rappelé cette réalité. La première fois, je n’étais apparemment « pas centré ». En creusant un peu la question j’ai compris que le problème était surtout que je ne lui donnais pas mon poids (et donc mon équilibre). En même temps si c’est pour être déjà tordu et à moitié par terre au moment de la saisie, je ne vois pas très bien ce que Tori va apprendre…   J’ai eu le droit à un très aimable « fais ce que tu veux, c’est ta voie » relativement arrogant que j’ai préféré ne pas relever. Hier rebelote. Cette fois sur Shiho Nage, mon partenaire se retrouve placé latéralement et a donc un levier sur le coude. Jusque-là je n’y vois pas d’inconvénient, le levier sur le coude étant particulièrement efficace.  Il s’arrête, me regarde et me dit « tu vas te faire mal au coude ». Il manquait juste « du con » pour bien rester dans le ton… La patience n’étant pas ma spécialité, je lui ai juste dit de faire sa technique et qu’il s’était placé tout seul à cet endroit la (je crois avoir encore le droit de rester me faire mal au coude si j’en ai envie, a fortiori lorsque je ne me sens pas spécialement en danger).

Un peu avant nous avons fait Ude Kime Nage (Tembin Nage) sur Shomen Uchi, sur tous les élèves présents, l’un après l’autre. J’ai vu la peur dans les yeux de mes partenaires et pu l’entendre des bouches de ceux qui regardaient… Je ne me souviens pas avoir jamais brutalisé mes partenaires  pourtant. Si ceux qui me connaissent pouvaient confirmer ou infirmer le fait que je suis une brute épaisse, ça m’arrangerait, je commence à me poser quelques questions…

Il semblerait que j’ai un très mauvais esprit tant comme Tori que comme Uke. Mais qu’est-ce qu’un bon esprit dans une pratique martiale ? Est-ce que se mettre soi-même dans une situation défavorable aide réellement Tori, hormis le fait que ça lui facilite indéniablement la tache ? Est-ce que le but de Uke est de faciliter la tâche de Tori de toute façon ou de le placer dans des conditions qui le mettent en difficulté et le font sortir de sa zone de confort ? Est-ce que ressembler à un spaghetti sans aucune intention peut apporter quoi que ce soit à son partenaire ? J’ai toujours cru (bêtement sans doute) qu’Uke en tant qu’initiateur de l’attaque n’était jamais en faute et que c’était à Tori de se débrouiller avec ce qu’on lui donnait, mais manifestement je n’avais pas compris.

7 commentaires:

sylvain a dit…

Oui, oui, tu es un gros bourrin de Nihon Tai Jitsuka ! :-p

Pour ma part, je considère surtout que Uke est là pour apporter le contexte favorable à l'étude de la technique. S'il est trop complaisant, c'est mauvais, si son attaque est hors contexte vis-à-vis du travail demandé, c'est mauvais, si c'est un spaghetti trop cuit, c'est mauvais, si c'est un spaghetti cru c'est mauvais aussi...

Uke doit être un spaghetti al dente en quelque sorte. :-)

sylvain

Fred Lespine a dit…

Puisqu'on a le droit de se lâcher : un jour tu m'as martyrisé avec ta clé de doigts post-sankyo. :P
Non, sinon c'est juste que beaucoup d'aïkidokas n'ont aucune notion des principes de bases des budo (sortie d'axe, timing, prise de centre, déséquilibre physique et mental du partenaire, etc.), ne s'en soucient pas et s'en défendent en accusant les Uke qui ne font, bien sûr, pas leur boulot. Ma réponse à cette heure tardive : qu'ils crèvent ces blaireaux :)
Plus sérieusement tu n'es vraiment pas un bourrin et si quelque baltringue veut fantasmer sur l'harmonie cosmique et illustrer ainsi la pire caricature du pratiquant d'aïkido, ne te pose pas de question existentielle.
Sinon, ton partenaire, tu lui as faite quand la clé de doigts ? :)

Xavier a dit…

Je note donc que nous sommes a égalité : 1 bourrin – 1 pas bourrin
@ Sylvain
J’ai l’impression qu’il y a une sorte de consensus général sur le fait que les Nihon Tai Jitsuka sont des gros bourrins :P c’est pourtant pas faute de faire des efforts

J’aime bien ta définition de Uke, et je suis d’ailleurs tout à fait d’accord avec ton article sur le sujet. En l’occurrence l’attaque était gyaku hanmi katate dori, et jusque-là normalement, j’y arrive à peu près. Je n’avais juste a priori pas de raison particulière de bouger a part pour respecter un code. Un débutant en Aikido n’aurait probablement pas bougé par exemple, et il me semble bizarre d’apprendre à se défendre contre quelqu’un qui a les mêmes codes de travail que nous…

Cela dit ça n’est pas toujours évident de bien tenir le rôle de Uke. Faire une attaque réaliste, juste assez difficile pour sortir Tori de sa zone de confort.

@ Fred
Je t’accorde que je t’ai martyrisé plus d’une fois mais je ne crois pas que ça ait été particulièrement bourrin. Une clé de doigts (et en particulier celle la), ça fait un mal de chien sans forcer et sans douleur elle n’apporte pas grand-chose… Je ne lui ai jamais fait de clé de doigts et vu ses commentaires, je pense que je ne le ferai pas :P En revanche il m’est arrivé de la placer sur d’autres personnes (plus ouvertes d’esprit) lors d’un travail libre. Je sors rarement du cadre « Aïkido Aikikai » même en travail libre, a part avec quelques personnes, les mêmes personnes qui apprécient quand je les bloque sur une technique ratée d’ailleurs.

Tu as sans doute raison sur la part de fantasme sur l’harmonie cosmique. Je soupçonne d’ailleurs que le stage avec Endo n’ait pas aidé

GREG a dit…

Salut Xavier,
le concept de la complaisance dans l'aikido est une vieille querelle depuis toujours dans le monde des arts martiaux. Et être ou ne pas être bourrin n'a rien à voir. Certes, l'attaque de Uke doit être sincère et c'est ce qui donne de la crédibilité à l'attaque et à la défense. En revanche, sur une saisie statique comme celle que tu as citée, le Tori doit aussi frapper Uke afin de créer un déséquilibre sinon cela ne fonctionne pas. Et cela est trop souvent oublié où Uke essaie de faire sa technique à tout pris, et là on passe pour un bourrin en ne se laissant pas faire.
Bref, chacun doit faire ce qu'il a à faire. En faisant déjà ça, l'aikido passerait peut-être comme un art un peu plus crédible ...

Xavier a dit…

Salut Greg,

Le cote bourrin était plus pour le moment où j’étais Tori et ou mes camarades de jeu avaient l’air terrorises en fait. Le pire dans cette histoire c’est que sa technique marchait (sans même avoir eu besoin de frapper d’ailleurs – en restant dans un contexte ou bien sur je me contente de saisir) mais qu’il n’était juste pas content de ma position a l’arrivée…

Il n’y a pas à dire, si j’aime l’Aikido j’ai quand même souvent du mal avec les Aikidoka (pas tous heureusement)

Sylvain Moingeon a dit…

@Xavier:
C'était une boutade, tu sais très bien que je ne te considère pas comme un bourrin ! En tout cas sur le peu que nous avons travaillé ensemble. :-)

Sylvain

Xavier a dit…

J'avais bien compris que tu plaisantais, de meme que j'avais bien compris que Fred n'a jamais eu mal aux doigts :)

Je n'ai en tout cas pas l'impression d'etre un bourrin, du moins en comparaison de ceux que je croise regulierement. Maintenant on est toujours le bourrin de quelqu'un, et quand je vais au Kishinkan par exemple j'ai l'impression de travailler tout en force. Comme quoi ca reste assez relatif