mercredi 23 janvier 2013

Unité de base


La lecture de l’excellent blog Budoshugyosha sur Yukiyoshi Sagawa, doublé du second ouvrage de Kimura sur Sagawa que Fred a eu la bonté de m’offrir, me permet de me reposer la question de l’Aiki et des moyens à mettre en place pour le maitriser.

Un élément que je trouve intéressant car il dépasse les querelles d’écoles, voire même les frontières est celui des unités de base : nombre de répétitions, nombre d’années, qui montre l’importance de pétrir le corps et de le modeler par la répétition.

3 ans

Alors que l'on parle souvent de dix ans de pratique comme une base, les trois ans sont l'unité de base de l'apprentissage la plus courte que j'ai vue.

De nombreuses citations de Yoshimaru sensei dans l’article d’Eric vont dans le sens des 3 ans comme unité de base :

19 septembre 1974
En utilisant un sabre, les suburi sont votre base. Etendez et faites de grandes coupes vers le bas sans tension. Au moins 300 fois par jour - si vous ne le faites pas durant trois ans cela ne vous imprégnera pas

23 juillet 1971
J'ai construit mon corps à travers les pompes. Adolescent, j'en effectuais 1500 par jour. Grace à cela, mon corps devint unifié. Il n'y a pas de limite aux pompes, mais il est important de poursuivre chaque méthode d'entrainement physique durant au moins trois ans, les suburi par exemple

Mais au-delà du groupe de Sagawa, ces trois ans me font penser à ce qui se dit dans les écoles de Karaté et je crois me souvenir avoir lu des exemples dans le livre de Lionel (qu’il faudrait honnêtement que je relise pour rafraîchir ma mémoire). « Hito kata san nen », i.e. « trois ans pour un kata ».  Tradition qui vient certainement des arts chinois (puisque les écoles de Karaté y puisent leurs sources) ou l’on passait trois ans à apprendre une position.

Dans l’école de Kuroda sensei, il était à une époque demandé aux futurs membres du dojo de pratiquer le suburi de base de l’école pendant trois années.

Pourquoi trois ans et pas deux ou quatre ? Je n’en sais rien, mais empiriquement c’est un laps de temps qui me semble approprié. J’ai débuté Aunkai il y a trois ans et pendant ces trois années j’ai utilisé le matériel qu’Akuzawa sensei m’a donné. Il a été éclairé par de nombreuses lectures (ouvrages sur Sagawa, blogs des aficionados, Kwoon) et des passages éclairs à Tokyo et au Kishinkan. Aujourd’hui je ressens un besoin clair d’évaluer le travail effectué et de développer cette base, aussi faible soit-elle. Il est possible qu’il y ait aussi un aspect psychologique dans ces trois années, avec un besoin de renouveau quand on arrive en bout de cycle.

100, 1000, 10000

L’autre unité de base est celle du nombre de répétitions. Qu’il s’agisse de suburi par centaines comme ce que je faisais a Seoul, ou ce qui se fait dans de nombreuses écoles de sabre.
« Pour avoir l’idée d’un geste, il faut le faire mille fois. Pour le connaître, il faut l’exécuter dix mille fois. Pour le posséder, il faut le répéter cent mille fois » est une citation classique qui va dans ce sens.

Dans son livre, Kimura raconte que Sagawa lui avait dit de faire Shiko 1000 fois par jour. Ce qui fait tourner la tête quand on pense au temps que ça représente. Il me semble que le Shiko du Daito Ryu monte moins haut que ceux d’Aunkai et du Sumo, ce qui le rend peut etre plus rapide et moins dur physiquement, mais cela reste particulièrement éprouvant. En particulier quand Kimura explique qu’il le pratiquait parfois jusqu'à 10,000 fois…

Il y a à nouveau plusieurs citations sur le blog d’Eric qui vont dans ce sens.

Pourquoi un si grand nombre ? Je suppose que le grand nombre vient du fait de dépasser ses limites et la douleur, ce qui permet au fur et à mesure de comprendre ce qui doit être changé pour effectuer le mouvement sans force. Il s’agit aussi de faire rentrer les mouvements dans le corps par un pétrissage long et quotidien. Reconstruire le corps sur de nouvelles bases.


Je pensais a cela pendant ma pause déjeuner, et arrivé dans un grand parc en bord de mer, j’ai eu envie de tester ces unités de base, et plus particulièrement celle des centaines/milliers. J’ai choisi mon tanren préféré, Shiko, que j’ai envie d’explorer plus à fond et j’ai débuté mes répétitions face à la mer. 200 pour cette fois alors que je ne crois pas l’avoir fait plus de 100 fois d’affilée auparavant. Je n’ai pas continué plus longtemps faute de temps (et pour ne pas revenir au bureau trempé de sueur) mais je vais essayer d’approcher progressivement le millier, juste pour voir ce qui se passe.

6 commentaires:

Fred Lespine a dit…

Ça prend effectivement des proportions incroyables. D'ailleurs dans le livre ce comportement extrême se retrouve chez Kimura dans son apprentissage des maths. Ça me questionne assez en fait, comme l'impression qu'il faut aller jusqu'à un certain point, pour dépasser un stade et ne plus avoir besoin de bourriner par la suite.
Mais 10000 tanren par jour hmmm... il faut le temps matériel de les caser... même à 2 sec. par tanren sans s'arrêter... ça occupe les journées :P

budoshugyosha a dit…

C'est clair qu'à moins d’être rentier difficile de caser un si grand nombre de répétitions.

Par contre, je crois également qu'il faut effectuer par centaine certains exercices car avec l'accumulation, vient la fatigue, et l'obligation de rechercher le principal moteur du mouvement si on veut continuer...c'est sans doute un moyen d'épurer le mouvement mais également de se concentrer sur le coeur des choses.

Xavier a dit…

C'est complique de faire autant de repetitions mais c;est surement une cle possible de comprehension en cherchant a trouver le mouvement le plus simple et economique pour etre capable de continuer.

Par contre atant que je ne suis pas rentier, il va falloir se contenter de peu d'exos pour faire ca

GREG a dit…

10000 me parait quelque peu exagérer mais il est vrai que les répétitions quotidiennes son l'une des clés de la réussite. Quand on voit le peu de travail fournit en dehors des cours par la plupart des élèves, une centaine de répet par jour est déjà pas mal pour les pratiquants assidus que nous sommes. Nous ne sommes pas des uchi-deschi qu'en même ...

Xavier a dit…

Sans être uchi deshi, j’ai un souci d’explorer mes possibilités et de trouver de nouveaux moyens de progresser. Choisir un exercice et l’explorer à fond à base de centaine de répétitions, et pourquoi pas jusqu’au milieu me semble intéressant dans cette optique.

Maintenant il y a deux choses que je garde en tête. Une citation sur le blog d’Eric disant que si on ne met pas d’intention derrière, les répétitions ne servent à rien. Une autre d’Akuzawa lors de mon premier passage disant que faire 10 shiko s’ils étaient bien faits était mieux que 50 faits n’importe comment. Je vais donc tenter de pousser l’exercice en gardant le plus possible les critères importants. Dans le cas contraire ca serait une perte de temps

GREG a dit…

Je suis d'accord. Même chose quand on execute les kata, la répétition sans l'intention n'est rien. C'est ce que je dis aux novices. Mieux vaut faire la moitié des choses que les choses à moitié ...Ça y est !! Je suis devenu un sage ...