vendredi 18 janvier 2013

Shu Ha Ri


J’ai découvert récemment une excellente interview de Serge Rebois sur le blog d’Imagin’Arts. Serge est enseignant de Nihon Tai Jitsu et de Judo, mais également de Kyusho et pratique le Shiatsu. J’ai eu la chance de le rencontrer à Temple sur Lot en 2006 et ma première impression avait été très positive.

En plus de son parcours que j’évidemment trouvé intéressant, c’est cette partie qui m’a sauté aux yeux :

«J’ai trouvé tout ça dans le Nihon Tai Jitsu de Maître Roland Hernaez, une école assez ouverte pour que tu puisses y parcourir ton propre chemin et y amener ce qui te semble le mieux pour toi. »

En lisant cette phrase, j’ai pensé à une phrase que j’ai écrite il y a exactement 4 ans, à mon retour de Corée :

« Au final, cette expérience m'a laissé un gout amer: j'ai énormément appris et en même temps je ne me suis pas retrouvé dans le style enseigné. Ça vient peut-être du fait que j'ai trop trainé un peu partout ces dernières années, mais je n'ai jamais ressenti ça avec le Nihon Tai Jitsu, qui malgré cela m'a toujours semblé en cohérence avec ce que je recherche. »

Le Nihon Tai Jitsu, comme l’Aikido Yoseikan (ou d’ailleurs l’Aikido tout court) est protéiforme. Nous pratiquons tous la même école, avec des bases identiques, mais le pratiquant reste libre de choisir son chemin et de créer son « Nihon Tai Jitsu ». Mon parcours a fait que ma vision s’est forgée d’une certaine manière, qui n’est d’ailleurs pas celle de Serge (ma connaissance des points de pression étant très limitée). Ma façon de faire est aussi différente de celle de Raymond Jugeau dont le haut niveau en Judo est perceptible. Elle diffère aussi de celle de Me Hernaez même si je garde en tête ce que j’ai pu apprendre auprès de lui. Malgré cela, je n’ai jamais entendu que ce que je pratiquais n’était plus du Nihon Tai Jitsu, de même que je ne crois pas l’avoir entendu à propos de l’un des experts de la discipline (qui ont pourtant tous des façons de faire différentes).

Shu Ha Ri

Shu Ha Ri est un concept classique des arts martiaux japonais, qui décrit les 3 étapes de l’apprentissage :
    - Shu (, "protéger", "obéïr") – Copier l’enseignement sans y apporter sa touche personnelle
    - Ha (, "se détacher", "digresser") - casser avec la tradition, trouver de nouvelles approches
- Ri (, "quitter", "se séparer") - transcender l’enseignement reçu, tous les mouvements deviennent possibles

Je considère la première étape comme une étape « photocopie » ou l’élève recopie ce que fait son maitre, de façon bête et méchante. C’est une étape nécessaire pour former le corps et acquérir les bases. C’est aussi une étape insuffisante pour s’approprier l’école et dépasser son maitre. Une photocopie ne restera toujours qu’une photocopie et restera toujours d’une qualité inférieure à l’original. Une photocopie de photocopie sera encore d’une qualité inférieure.

Il est dès lors important de casser avec la tradition et de comprendre par soi-même. Choisir son chemin. Serge Rebois a choisi les Kyusho, j’ai choisi la modification de l’utilisation du corps. L’un n’est pas mieux que l’autre, le chemin étant par définition personnel. La force du Nihon Tai Jitsu, que je ne percevais pas il y a 3 ans, est sans doute dans cette acceptation du concept Shu Ha Ri, dans sa compréhension de ce qu’est le Budo : la formation d’individus uniques et non la création de clones.

N.B.: Ma phrase de l'époque recoupait également d'autres choses, dont certaines que je n’avais tout simplement pas la capacité de comprendre à l’époque et qui s'éclairent aujourd'hui, comme le but de certains exercices au bokken.

3 commentaires:

sorrentino a dit…

Excellent, très vrai. Merci Lio pour cet article. Bisous à vous 2.
Jeff dit "sexyrockman"

Lionel Froidure a dit…

Bonjour Xavier,

Ta fin d'article me fait penser à une partie d'interview du dvd de Washizu sensei. Il est dit que Minoru Mochizuki sensei enseignait d'une certaine façon à un de ses deshi et d'une autre façon a un autre deshi, tout cela par rapport à leur aptitude. Je ressens que Sensei Hernaez est également dans cette façon de transmettre et c'est ce que j'aime dans l'école Nihon Tai Jitsu.

Xavier a dit…

Bonjour Lionel,

Le DVD arrive justement ce soir, je ne te cache pas que j'ai hâte de le regarder!

Ça ne me surprend pas en fait et je dirais même que ça colle bien à l’image que j’ai de Minoru Mochizuki. Il est d’ailleurs intéressant de voir que s’il n’a jamais cherché à développer son école en ouvrant des dojos partout dans le monde, les nombreux styles se réclamant de son enseignement présentent chacune un travail spécifique. Le Gyokushin Ryu Aikido de Washizu sensei diffère de l’Aikibudo d’Alain Floquet qui diffère du Nihon Tai Jitsu de Roland Hernaez, pourtant on y retrouve un certain nombre de similarités : Tai Sabaki, Te Hodoki, Sutemi, etc. Ce que j’ai pu voir des vidéos d’Edgar Kruyning me semble encore légèrement différent, même si on reconnait toujours cette filiation. Je n’ai pas eu l’occasion de voir de vidéos ou de rencontrer Patrick Augé mais je ne serais pas surpris de voir quelque chose d’encore différent.

C’est également ce que j’aime dans le Nihon Tai Jitsu mais paradoxalement il m’aura fallu cette interview pour réussir à mettre des mots dessus.