mardi 12 juin 2012

Les Maîtres de l'Aikido d'avant guerre - Extraits (2)

Il n'est probablement pas utile de présenter Gozo Shioda, fondateur du Yoshinkan Aikido, un style réputé pour sa dureté par rapport à d'autres courants. L'interview présente dans l'ouvrage de Stanley Pranin se termine sur un paragraphe que je trouve particulièrement intéressant car en contradiction avec ce que l'on entend en général en Aikido sur l'usage de la force.

Nous autres, les anciens, nous avons reçu l'enseignement de O-Sensei alors qu'il était encore au sommet de sa forme. Mais il était le seul à pouvoir réussir les techniques sans utiliser de force. Même si l'on vous dit de ne pas employer votre force, vous n'y arrivez pas. A un certain niveau, vous devez utiliser la moindre parcelle de votre force et vous épuiser pendant les entraînements. Graduellement, avec le temps, cela se transformera en Aïki.

Alors qu'il est toujours conseillé de travailler sans force, Shioda lui n'héiste pas à encourager à travailler en force si nécessaire, au moins dans un premier temps. S'il est évident que travailler comme un bourrin ne peut pas être positif à long terme, je reste convaincu qu'un travail dur est un préalable à une pratique plus fine. O Sensei lui même n'était pas réputé pour sa douceur. Le Daito Ryu de Sokaku Takeda me semble d'ailleurs utiliser ses étapes intermédiaires qui devront amener à un travail fin à terme. Dans cette optique le bourrin ryu ne me semble pas un problème, à condition qu'il contienne des principes et qu'il contienne un travail de fond pour passer aux étapes suivantes.

9 commentaires:

GREG a dit…

Salut Xavier,
comme nous l'avons déjà dit, cela me fait toujours un peu sourir quand je vois des uke tombés à la renverse simplement en pointant le bout du doigt devant leur nez.
Bref, effectivement, quand j'ai commencé l'aikido, le maître travaillait en force; et je ne sais même pas d'ailleurs s'il savait qu'il existait autre chose.
Ces 5 années ont été bénéfique malgré tout car c'est grâce à cela que je me suis mis à chercher autre chose. Je crois aussi que le travail en force doit être un préalable à la douceur. J'en ai fait le constat.
À chaque fois que je vois Gozo Shioda, je souris à la vision de ce petit homme sautillant partout. Ce n'est pas l'idée que je me fait des AM.
Mais bon ...

Xavier a dit…

J'avoue que le cote surexcite de Shioda m'a aussi toujours fait sourire! Mais sur le fond je crois qu'il a raison, une pratique en douceur doit etre un but et non forcement un moyen (ou en tout cas pas un moyen unique).

En revanche pratiquer en force sans savoir qu'il existe autre chose pose un souci, dans le sens ou il ne s'agit plus d'une etape voulue mais subie et dont il sera difficile de sortir.

Ta premiere phrase me fait sourire car j'ai eu un cas de ce genre hier. Sur Shiho Nage, mon partenaire me dit "tu me bloques avec ton coude, je ne peux aps tomber". Ce a quoi j'ai repondu simplement "c'est voulu", sans preciser que la raison etait qu'il tombait avant meme que j'amene le desequilibre et que je le forcais ainsi a rester debout pour sentir le controle.

PAKPEIJU a dit…

@ Greg : les uke qui tombent à la renverse en voyant juste le bout des doigts il ne faut pas oublier que le Yoshinkan est la version Bourrin Ryu® de l'Aïkido. Shioda usait (abusait?) des attaques à la gorge et on comprend que ses uke préfèrent anticiper, il ne s'agit pas de prétendre au "to ate". Les attaques à la gorge sont vraiment douloureuses et il n'y a qu'en Yoshinkan et dans le Bourrin Ryu ® de Xav (héhé) que j'ai pratiqué autrement qu'en simulacre.
Après, Shioda et son côté "monté sur ressorts" peut agacer (surtout quand ses héritiers reprennent ses tics, tel Joe Thambu) . Je le comprends car c'est très sec, saccadé et loin des standards fluides que nous avons l'habitude de voir en Aïkido. Le Yoshinkan n'en reste pas moins une école intéressante, certes brutale dans l'application des techniques et la mentalité générale (pédagogie, état d'esprit des professeurs et pratiquants), mais qui n'utilise pas la seule force physique. Les leviers sont tout à fait conformes à ce qu'on peut voir par ailleurs… et c'est le seul Aïkido où on ne m'a pas fait de reproche en tant qu'uke quand tori n'arrivait pas à passer ses techniques. :P

GREG a dit…

Tu as raison Fred et je ne parlais pas spécialement du Yoshinkan mais des aikidoka en général. Mon commentaire était plus un tremplin et une anecdote qu'autre chose. Mais je n'apprécie pas trop ce côté chihuahua cocainomane que montrait Shioda sensei, au-delà de la technique.
Il y a des bonnes choses à prendre partout et je suis le premier à le faire.

Xavier a dit…

J'ai honte mais qu'est ce que l'espression chihuahua cocaïnomane m'a fait rire!

PAKPEIJU a dit…

:)) Moi aussi j'adore cette expression. Je fais me flageller de ce pas pour avoir ri de mon ex-école.

GREG a dit…

Heureux que cela vous fasse rire, moi aussi d'ailleurs. J'espère que vous saisissez l'image !!!

Léo Tamaki a dit…

Bonjour Xavier,

Le point de vue de Shioda senseï est intéressant. Et il ne fait aucun doute à mes yeux que c'est un chemin efficace.

Toutefois j'ai rencontré deux écoles dont les maîtres ont un niveau stupéfiant qui se passent de ce passage par l'entraînement en force. Il s'agit du Shinbukan de maître Kuroda, et du Roppokaï de maître Okamoto. Et ils obtiennent des résultats intéressants.
Au Shinbukan que je connais le mieux, on ne pratique toutefois pas sans contrainte ni opposition. "Simplement" on ne doit jamais passer les techniques en force, les contraintes/opposition ne se font pas non plus en force. C'est un système qui nécessite un encadrement précis de l'enseignant pour ne pas tomber dans la complaisance, mais qui donne aussi de bons résultats ;-)

Très bonne pratique,

Léo

Xavier a dit…

Merci Leo pour ton commentaire!

Tu as tout à fait raison, ces deux pratiques ont l’air d’avoir des approches beaucoup plus fines, mais en contrepartie elles sont beaucoup plus difficiles d’accès. Cela doit effectivement nécessiter un encadrement très précis et probablement être incompatible avec un enseignement de masse. Dommage, j'aurais sauté sur l'occasion sinon. Cela me rappelle ce qu’Akuzawa sensei nous avait dit lors de notre premier passage : « Ici ce n’est pas l’Aikikai, mais si ça l’était je n’aurais pas le temps de m’occuper de tout le monde ».

Cela dit, je vois quelques individus à l’Aikido qui arrivent à travailler finement depuis le début. Ils sont largement minoritaires mais ils existent

Très bonne pratique a toi aussi