lundi 28 mai 2012

Les vertus des Arts Martiaux (2)

Les Arts Martiaux tuent l'ego dit l'adage, mais de qui? Comme Fred l’a indiqué sur son blog, nous avons fait l’expérience de l’ego et des pratiques politiciennes ce week-end. Le séminaire, pourtant prévu depuis plusieurs semaines a du être annulé, officiellement car la salle n’était plus libre. Plus libre parce que l’enseignant nous voit comme des concurrents qui essaient de lui voler ses élèves… A 60 ans et avec probablement plusieurs décennies de pratique, il y a de quoi se poser des questions. Surtout quand le concurrent n’en a pas 30 et ne vit pas dans le même pays. Je ne sais pas si je dois me sentir flatté ou être atterré. Pour l’instant c’est la deuxième solution qui prime.

Non seulement les arts martiaux ne tuent pas l’ego, mais associés a une notion de pouvoir, ils ont plutôt tendance à le renforcer. Peut-être plus encore dans des arts où l’opposition n’existe pas et dans lesquels les élèves tombent comme des mouches lorsque leur enseignant les touche. On pourrait se dire que cela tue l’ego chez les élèves, priés de se taire et de faire ce qu’on leur montre, mais vu le résultat quand ils deviennent enseignants, j’ai plus l’impression d’une mise en sommeil. Le moment venu tout ressort, il s’agit plus d’attendre son tour, ce qui est finalement assez courant dans la culture chinoise.

Je n’ai jamais vraiment cru à la mort de l’ego, ayant moi-même bien du mal à m’en débarrasser. Mais sans aller jusque-là, j’aimerais croire que des gens qui ont plus de 30 ans de pratique ont passé un cap. Sinon, a quoi bon ? Passée la fougue de la jeunesse, ne devrait-on pas réaliser l’inanité de nos pratiques et réaliser qu’elles ne sont avant tout que des pratiques de loisir ? Qu’au final même en pratiquant des styles différents, nous sommes tous issus d’une tradition martiale ? J’espère que si j’avais 60 ans et que l’occasion se présentait, je ne mettrais pas des bâtons dans les roues d’un type qui prend sur son temps et son argent pour essayer d’amener quelque chose.

C’est parfois dommage que nous soyons dans des pratiques de loisir. A une autre époque un Dojo Yaburi aurait pu donner un autre angle à la conversation !

vendredi 25 mai 2012

Est-ce du snobisme de s’intéresser à l’Histoire ?

Petite réflexion suite à ce sujet sur Kwoon dans lequel les « érudits », comprendre ceux qui ont eu le malheur de s’intéresser un minimum à leur discipline, passent pour des snobinards, intellos et arrogants. Pourtant à mon sens, ce devrait être une norme à partir d’un certain niveau de pratique et non pas une exception.
Je ne parle bien sûr pas d’avoir des connaissances équivalentes à celles de Lionel qui est un vrai spécialiste du Karaté d’Okinawa et de ses origines, mais de savoir le minimum. Je me souviens en effet du « cours d’histoire » lors de mon passage de DIF. Nous étions 2 sur une vingtaine à avoir des connaissances solides (pas exceptionnelles), et j’ai été frappé par l’ignorance ambiante. Encore une fois je ne parle pas d’une connaissance universelle de tous les styles depuis que le premier primate a collé un pain à son voisin. Juste qu’un futur enseignant de Karaté courant Kase sache qui est Kase, ou sache qui est Jigoro Kano qui reste celui qui a permis au Karaté de s’implanter en métropole. Finalement, une simple base pour pouvoir répondre aux questions de débutants, de parents ou d’enfants.

Connaitre son passé évite de faire ou dire des choses un peu ridicules comme expliquer que le salut en Karaté vient du sabre, ou encore que le Ju Jutsu est un mélange de Judo, de Karaté et d’Aikido. Ou de se retrouver gêné par la question : « c’est qui le monsieur ? » d’un enfant montrant la photo du fondateur. Après tout un gradé, et a fortiori un enseignant, représente son école et le minimum serait de savoir de quoi il parle. La question est d’autant plus vraie plus les grades et les responsabilités augmente. Dans le présent sujet, le président de la fédération de Karaté qui ne connait pas vraiment l’historique de sa discipline, ça me dérange un peu. Mon côté Geek Martial sans doute.

Les passages de grade en Nihon Ju Jutsu avec Roland Hernaez incluent un court entretien sur l’histoire et l’esprit des Budos. Rien de très détaillé, il s’agit surtout de comprendre grossièrement qui a fait quoi. Pouvoir situer Kano, Ueshiba, Funakoshi et bien évidemment Mochizuki. Pas de questions sur le Katori Shinto Ryu ou le Gyokushin ryu pourtant pratiqués par Mochizuki, le but n’est pas de piéger ou de former des historiens mais d’inciter à s’intéresser et à s’inscrire dans une tradition qui nous dépasse. Car c’est finalement la que le bât blesse : c’est aussi cette tradition qui fait de nos pratiques plus que de simples sports.

mercredi 23 mai 2012

Les vertus des Arts Martiaux

Non contents de rendre invincibles, les Arts Martiaux ont la réputation de faire de nous des sages dénués d’ego et d’une fiabilité sans commune mesure. Et l’expérience nous prouve jour après jour comment les pratiquants tuent l’ego : course aux grades effrénée, scissions pour « fédérer » (comprendre être le chef), mépris pour les moins gradés que soi, refus d’accepter que ses techniques ne fonctionnent pas, etc. J’osais espérer que la fiabilité serait plus épargnée, je suis triste de constater qu’il n’en est rien.

Le stage de Taiwan est donc annulé, et ce malgré les efforts de Fred pour consulter tout le monde depuis un mois, s’assurer que la salle est libre, que tout le monde est dispo et intéressé. Comme la dernière fois, il a appris à la dernière minute que la salle était prise. Sauf que cette fois il n’est pas possible de déplacer à un autre moment du week-end. La salle n’est pas prise 24h/24, mais entre la piscine et les cours de triangle il est difficile de tenir ses engagements. Fiabilité quand tu nous tiens…

Dans le fond, ça n’est pas grave. Je vais à Taiwan pour voir Fred, ça ne change pas. Nous nous entrainerons juste dehors. Mais ça me confirme une triste réalité : les gens ne sont pas fiables. Ainsi qu’une autre réalité encore plus triste : quand on bosse gratuitement, on n’est pas pris au sérieux. Apres tout, c’est gratuit, on peut toujours le faire à un autre moment. J’ai bêtement cette volonté de partager et d’échanger sans rien demander en retour (au contraire même puisqu’au final donner ces séminaires me coute du temps et de l’argent), de même que Fred, et nous sommes remerciés par une annulation molle. On m’y reprendra.

Il est peut-être temps de bruler les ouvrages sur le code d’honneur des Samouraïs, les Arts Martiaux n’apportent pas plus de vertus que d’autres activités. Peut-être même moins, mais c’est un autre débat.

mardi 22 mai 2012

Esquiver les grades

Fred vient de publier un excellent article sur les grades, qui tombe à point nommé puisqu’il vient de passer sa ceinture verte d’Aikido (sic) et que j’ai au même moment demandé à ne pas passer mon 5e kyu (ceinture jaune).

Pourquoi ne pas la passer ?

La réponse courte est : parce que je n’en vois pas l’intérêt. En revanche je vois l’intérêt pour Fred, et même si je trouve aberrant de lui faire recommencer à zéro, je ne peux que l’encourager a le faire tout simplement parce que son cours est divise par grades et que c’est le seul moyen d’avancer dans la pratique. Chez nous tout le monde travaille ensemble, donc à part pour l’ego le grade apporte peu. Ah si, le hakama et un quart d’heure de pliage en fin de cours… Je pense pouvoir m’en passer.

Quelles en sont les conséquences ?

J’ai expliqué à mon enseignant que je ne pouvais pas passer le grade puisque je serai à Taichung avec Fred, mais que je préférais, si c’était possible ne pas les passer, mon seul but étant de pratiquer et progresser. Et pour cause, ma pratique est avant tout solitaire depuis des années, un grade ne m’apporte rien (sans même parler du fait qu’il s’agisse d’un 5e kyu) et je ne compte pas enseigner l’Aikido. Il l’a très bien pris, ce qui je l’avoue me soulage d’un poids. Je ne tiens pas à créer de problèmes, juste pour un bout de papier. J’apprécie fortement sa flexibilité sur ce point.

Ce qui est en revanche intéressant c’est de voir les réactions de pratiquants en fonction du grade annoncé, en particulier chez des débutants. En tant que 6e kyu, je suis nécessairement un gros naze, alors qu’avec le même niveau et un 7e dan je serais un tueur… Il faut pourtant parfois se méfier des apparences. Nous avons par exemple un allemand depuis peu dans le groupe, je ne sais pas ce qu’il a pratiqué avant, ni à quel niveau, mais il a pratiqué et assidument. Ses techniques sont solides et il ne les « bafouille » pas. De même que nous avons un japonais qui a « débuté » l’an dernier… pourtant ses kento indiquent une pratique assidue du makiwara.

Comme Fred, j’ai une certaine lassitude envers les grades. Probablement du fait d’avoir du recommencer à zéro de nombreuses fois. J’ai maintenant juste envie de pratiquer et de me faire plaisir. Cela dit, je le remercie de m’avoir poussé à passer mes grades dans ma discipline principale, ne serait-ce que pour ne pas être emmerdé.

vendredi 18 mai 2012

Créer son club

Nous étions 3 au cours d’hier, dont un qui pourrait avoir des amis intéressés par la pratique. C’est très bon signe et j’avoue reprendre un peu espoir. Je réalise de plus en plus à quel point monter une section peut être compliqué et je n’en ai que plus de respect pour ceux qui l’ont fait avec succès avant moi. En particulier pour les pionniers qui arrivaient sur un terrain vierge, avec des disciplines que personne ne connaissait et sans les moyens de communication moderne.

Lancer une discipline dans un nouveau pays n’est pas chose aisée. Peut-être même plus encore à notre époque ou si ces disciplines ne sont pas présentes c’est aussi parce qu’elles suscitent peut d’intérêt. Comme Fred le remarquait, les disciplines japonaises n’ont pas la cote à HK, contrairement à Taiwan. Ce «désert » martial est à la fois une opportunité et un challenge. Comment générer un intérêt chez des gens plus attirés par le Wing Chun ou les sports de combat ? Comment lutter sur Google contre le Ju Jitsu Brésilien, très fortement implanté et dont la proximité de nom crée beaucoup de confusion? Comment aussi lutter contre l’inflation de grades, parfois folklorique ? Sans oublier que sans parler cantonais et/ou mandarin, une partie de la population ne peut déjà pas être touchée. Toutes ces questions auxquelles j’essaie de répondre et qui sont la clé pour développer la discipline à long terme dans la région.

Internet est mon premier vecteur de communication, via Meetup et Facebook. Le bouche-à-oreilles pourrait être le second. Créer un site ou faire de la pub sont des options envisageables à terme mais qui supposent certains prérequis : avoir des horaires suffisamment gravés dans la pierre et rendre les cours payants pour ne pas y perdre trop de plumes. Le premier critère est complique avec un travail prenant, le deuxième reste pour moi une barrière psychologique. Même si tout le monde demande des sommes astronomiques dans ce pays, il m’est difficile de demander de l’argent alors que je ne demande qu’à transmettre et échanger a des gens motivés. La contrepartie est qu’il est plus difficile d’être pris au sérieux quand on bosse gratos.

mercredi 16 mai 2012

Lassitude

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt l’article de Fred sur le « Geek Martial », et j’avoue y retrouver de nombreuses choses. Mais bizarrement, bien au-delà de l’agacement ou de la déception, c’est la lassitude qui l’emporte dans mon cas.

Lassitude de ne vivre que dans des endroits où ma discipline n’est pas pratiquée. Lassitude d’être entouré par des gens qui croient que je fais du Ju Jitsu Brésilien. Lassitude au final de parler dans le vide, faute de trouver des gens intéressés par ce que je peux raconter. Dans un premier temps, ces contraintes m’ont probablement permis de progresser plus vite, en parcourant le monde et en touchant a de nombreux experts de disciplines différentes. Je ne regrette pas cette période, elle a fait de moi un geek martial, mais j’y ai rencontré des gens formidables, compris beaucoup de choses, et d’une certaine façon réalisé que progresser demande des efforts considérables.

C’est en revanche la période actuelle qui devient plus difficile. Alors que repartir de zéro ne m’avait jamais dérangé, je commence à trouver ca fatigant mentalement. Je n’ai rien contre le fait de vider sa tasse, bien au contraire, mais j’arrive à un moment où j’ai envie d’explorer certaines choses (notamment via Aunkai) et non pas découvrir les arts martiaux comme au premier jour. Il reste l’enseignement bien sûr, et c’est d’ailleurs la voie que je tente de prendre. Mais faute d’intérêt a HK (il n’y a aucun cours de Ju Jutsu japonais dans une ville de 8 millions d’habitants, c’est dire l’intérêt que ça suscite), cela s’avère compliqué. Mon dernier cours a d’ailleurs été un entrainement en solitaire, c’était bien la peine de louer une salle… J’espère avoir au moins une personne demain. Après tout, une personne suffit largement.

Je serai bientôt à Taiwan avec Fred et j’attends ce moment avec impatience. Ça sera surement un excellent moment pour se ressourcer et revenir sur les fondamentaux de ma pratique.

jeudi 10 mai 2012

Prochain stage a Taichung

Je retrouverai Fred et nos amis Taiwanais à la fin du mois. J’attends ce moment avec impatience, les vacances, le travail et les élections m’ayant empêché de revenir aussi vite que j’aurais pu le souhaiter. La date tombe cela dit très bien puisqu’elle me fournit une excuse pour ne pas aller passer mon 5eme kyu d’Aikido !

Merci encore à Fred pour l’affiche !

vendredi 4 mai 2012

Le tanto c’est pipo

J’ai depuis longtemps de gros doutes sur la pratique contre couteau dans les arts martiaux Japonais, doutes renforcés par mes quelques essais en Kali et Silat. Pour la première fois, nous avons travaillé les défenses contre tanto a l’Aikido, et j’avoue que mes doutes ne se sont pas évaporés, loin de là…

Un problème historique

Le principal défaut des arts japonais à ce niveau réside pour moi dans les attaques, stéréotypées et absurdes, du moins dans une situation moderne. Ce qui tient souvent plus à l’histoire et au contexte qu’autre chose. Imaginez un samurai en armure, le poignarder nécessitera des attaques franches, en piques et sur des points bien précis qui ne sont pas protégés par l’armure. Au contraire, imaginez un philippin en short et en tongs toute l’année, un slash sera dévastateur et changer de direction très rapidement deviendra particulièrement dangereux.

Le souci c’est qu’aujourd’hui on porte rarement des armures. En tout cas à HK il fait trop chaud et humide pour se le permettre (vous me direz a HK pour se faire agresser a l’arme blanche il faut quand même le vouloir).

Un Uke « absent »

L’autre chose qui m’a paru choquante était la qualité des attaques : attaquer en pique est une chose mais si Uke se casse déjà la gueule tout seul, je ne vois pas bien l’intérêt de la défense… dans certains cas j’ai eu l’impression que c’était le couteau qui entrainait Uke, et non Uke qui lui donnait vie. Ca et la gentillesse (à la limite de la narcolepsie) de Uke qui attend patiemment que Tori fasse sa technique alors qu’il n’est à aucun moment pleinement contrôlé et qu’il lui serait tellement facile de couper le bras en petits morceaux. Ca n’est bien sûr pas le cas seulement lors des techniques contre couteau (ni seulement en Aikido), mais je trouve ça plus visible dans cette situation. Sans y aller comme des brutes et sans perdre de vue l’esprit de l’Aikido, il me semble nécessaire de garder des attaques franches et crédibles. Sans attaque, la défense n’a pas lieu d’être.