mercredi 14 décembre 2011

Dogmatisme et arts martiaux

Le dogmatisme dans les arts martiaux, en particulier chez les férus de tradition, est assez courant mais une discussion sur Kwoon concernant Kuroda m’a confirme a quel point la doctrine peut être contre-productive.

Re-situons le contexte. Nous avons un pratiquant de Iaido, qui dit pratiquer depuis 9 ans (ce qui est à la fois beaucoup et assez peu) et qui nous dit en substance que Kuroda ne vaut pas un clou en s’appuyant sur une connaissance universitaire et des questions de filiation. En regardant la surface en fait.

Personnellement, je n’ai AUCUNE expérience du Iaido, c’est tout juste si j’ai effleuré le Hangumdo lors de mon séjour en Corée. Je ne cherche donc pas à replacer la pratique de Kuroda dans une filiation, tout simplement parce que je n’en suis pas capable. Je ne juge pas non plus de sa technique au sabre pour les mêmes raisons. Je comprends déjà mieux le Jujutsu (c’est pas difficile), et ce que je vois me semble d’un niveau particulièrement élevé. Pas forcement en termes de techniques, mais d’utilisation du corps : les mouvements ne sont pas lisibles (il semble qu’il soit déjà trop tard quand on comprend ce qui se passe) et la fluidité montrée est tout simplement étonnante. A défaut d’avoir moi-même un bon niveau, j’ai eu la chance de rencontrer un paquet de gens considérés comme très bons. Je n’en ai vu aucun bouger comme ca. Est-ce académique ? Je n’en sais rien, ce que je sais c’est que l’essence de la pratique est dans le mouvement et que cette façon de bouger est proprement incroyable. Ce que je vois dans ses vidéos de Iaido semble répondre exactement aux mêmes principes et j’en tire donc les mêmes conclusions. En se focalisant sur des détails qui tiennent plus de la doctrine qu’autre chose, ce pratiquant est pour moi passé à côté de l’essentiel.

Confondre tradition et dogme me semble dangereux. On voit souvent des pratiquants d’écoles authentiques mépriser les écoles plus modernes (alors que toute école a été moderne un jour) sur le seul critère de leur modernité. C’est léger. Ce qui compte dans une école, ce sont les principes et la façon dont ils sont travaillés, pas son âge, pas la clarté de la filiation. Aunkai et le Systema (pour prendre deux exemples qui n’ont rien à voir) n’ont pas ce qu’on pourrait appeler une filiation claire pourtant, malgré leur jeunesse, ces écoles sont visiblement de qualité et offrent un véritable travail de fond. Doivent-elles êtres moins considérées que le Daito-ryu ou le Yagyu Shingan Ryu?

jeudi 8 décembre 2011

Vider sa tasse

Expression courante dans les arts martiaux mais dont l’application l’est moins. Plus je pratique l’Aikido (ce qui, je dois le reconnaitre, reste assez limité) plus je me rends compte de l’importance de cette expression. Je me suis placé dès le premier cours dans une position de débutant qui vient découvrir une discipline nouvelle, même si mon parcours m’a amené à pratiquer des techniques proches. Pourquoi ? Parce que cette « proximité » technique ressemble plus à un piège qu’autre chose.

Prenons par exemple le cours d’hier. Là où sur Shomen Uchi Ikkyo, j’aurais tendance (comme on le voit sur Ippon Dori en Daito Ryu et même souvent en Aikido) à avancer pour mettre Uke en déséquilibre, mon enseignant lui ne le fait pas et précise même qu’il le fait volontairement. Ma façon de faire est-elle meilleure que la sienne ? Vus nos niveaux respectifs, j’en doute. Ma façon est-elle donc mauvaise ? Pas forcément, mais en faisant a ma façon, je ne comprendrai jamais les raisons qui le poussent à faire comme ca, et le cours perdra alors de son intérêt.

En y regardant de plus près, on pourra s’apercevoir que le corps avance légèrement, mais que les pieds ne bougent pas, le déséquilibre est amené mais plus légèrement, ce qui pourrait être un problème s’il faisait la suite d’Ikkyo en avançant, alors qu’ici il est plutôt fait en coupant latéralement. L’entrée est différente parce que la suite l’est également. Est-ce meilleur pour autant ? Je ne crois pas que ca soit le sujet.

Il me semble dangereux et contre productif d’aller dans une autre discipline en voulant faire comme dans la sienne, car chaque école a sa propre façon de faire, sa stratégie, ses principes, sa pédagogie. Certaines sont complémentaires, d’autres non. Dans mon cas, la complémentarité me semble claire : le NTJ pratique avant tout des techniques de combat (qui doivent mener aux principes), l’Aikido travaille sur les principes en utilisant des techniques que je qualifierai de pédagogiques. Une fois ces principes intégrés, leur application dans mes techniques habituelles se fera naturellement, mais griller les étapes n’amènera que de la confusion.