dimanche 23 avril 2017

Romain Guihéneuf: A la recherche de l'union des énergies

Romain pratique les arts martiaux depuis plus de 15 ans. En 2005 il découvre le Hapkido puis le Hankido qu'il enseigne aujourd'hui à Nort sur Erdre, près de Nantes. Atteint d'une maladie génétique qui affecte sa vue, Romain a fait très tôt le choix d'une pratique fine, en sensation, qu'il a complétée par un travail thérapeutique via le Reiki et le Shiatsu.

J'ai parlé de Romain à de nombreuses reprises sur ce blog, et je n'ai jamais caché la grande appréciation que j'ai pour l'homme autant que pour le pratiquant. Aujourd'hui je vous propose un entretien très enrichissant avec Romain. 



Romain Guihéneuf



Pour commencer, peux-tu nous parler de tes débuts dans les arts martiaux?

Ma première expérience dans les arts martiaux était vers 18 ans, j’ai pratiqué pendant un an le Jujutsu à Carquefou près de Nantes. A cause de mes études, Je n’ai pas pu continuer mais cela m’avait bien plu. Par la suite, j’ai voulu retrouver une école mais n’en trouvant pas j’ai essayé d’autre styles comme le Karaté, l’Aikido et bien d’autres encore.

C’est en 2005 que j’ai trouvé le Hapkido auprès d’André Dominé. J’ai découvert plus tard le Hankido et l’école IHF avec le frère d’André, Maître Edmond Dominé qui est le responsable France du Hankido.

Edmond Dominé
photo par Pascal Ravier

Tu pratiques et enseignes depuis le Hankido, qui reste une école particulièrement méconnue, peux-tu nous en parler ?

Notre école fait partie de l’IHF (international hapkido federation) qui regroupe trois styles, le Hapkido, le Hankido et le Hankumdo. Le Hapkido est déjà plus connu car mieux développé en France par la présence de différentes écoles Coréennes.

Pour le Hankido, le fondateur Myung Jae Nam ayant étudié auprès de Morihei Ueshiba, a voulu développer son style en créant une synthèse de l’Aikijutsu et de l’Hapkido en 12 formes. C’est pourquoi visuellement et philosophiquement, ce style se rapproche de l’Aikido.

Maître Myung Jae Nam, fondateur du Hankido
source: Hankimuye.org


Enfin le Hankumdo qui est la partie sabre de l’école. Il est basé sur le Hangeul, l’alphabet coréen. Tout le travail consiste à dessiner avec le sabre chaque lettre de l’alphabet dans un sens ou dans un autre (en miroir). Ce système permet de travailler tous les angles de coupes et tous les blocages en facilitant la mémorisation. Le fondateur voulait créer un style qui soit en harmonie avec l’esprit coréen.

Tu as également pratiqué un art du sabre coréen, le Haidong Gumdo. Quelle différence avec le Hankumdo que vous pratiquez à l’IHF? De façon générale, qu’est-ce que la pratique du sabre t’apporte ?


Oui j’ai pratiqué le Haidong Gumdo pendant quelques temps auprès de Maître Jean François Capozzi, responsable France. Le principe étant le combat à un contre plusieurs adversaires, on retrouve beaucoup de mouvements circulaires avec des postures bien spécifiques. On cherche non pas à couper mais à pourfendre.

Le Haidong m’a appris l’importance des appuis, à corriger ma posture, l’attitude, le mouvement, les axes, l’intention, tous ces principes qui sont essentiels aux arts martiaux. L’avantage avec la pratique du sabre c’est que l’on ne peut pas tricher, on est obligé d’être précis et honnête avec soi-même et son partenaire.

Pour le Hankumdo, c’est une pratique totalement différente. Le Haidong Gumdo est vraiment un art martial à part entière, tandis que pour moi, le Hankumdo est plus une manière de travailler certains principes grâce au sabre. On va beaucoup travailler sur la symétrie.


En parallèle des arts martiaux, tu pratiques le Reiki et le Shiatsu. Peux-tu nous parler de ces disciplines et de leur complémentarité avec ta pratique martiale ?


Oui, je suis thérapeute en soin énergétique Reiki, cela consiste à équilibrer les centres d’énergie du corps, les Chakras, par l’imposition des mains.  A côté de cela, j’ai voulu compléter ma pratique par le Shiatsu. Pendant un an, j’ai appris le Shiatsu familial auprès de l’école du toucher de Nantes.

 Cette expérience m’a permis de mieux comprendre le corps humain, de sentir toutes les tensions que l’on accumule au quotidien, C’est sur ce point que l’on peut faire un lien avec les arts martiaux. Le fait de sentir les tensions de son corps permet de mieux se corriger et d’adapter ses techniques en fonction. On se rend vite compte que l’on force dès qu’il y a un mauvais placement ou une mauvaise utilisation du corps. La pratique des méridiens, la compréhension du Um-Yang (Yin Yang en coréen) peux être également très utile dans la pratique martiale.

Nous nous voyons chaque année lors de mes passages en France et je suis toujours impressionné par la rapidité de ton évolution. Peux-tu nous parler de tes axes de recherche ?

Justement, c’est en sentant toutes mes tensions du corps que je peux me corriger et du coup avancer plus facilement. Je travaille beaucoup en sensation.

La difficulté avec ce genre de pratique, c’est qu’il faut changer son état d’esprit. Beaucoup de pratiquants arrivent dans les arts martiaux pour apprendre à se défendre. Cela n’est pas forcément une mauvaise chose mais de mon point de vue, si l’on ressent le besoin d’apprendre à se défendre c’est qu’au fond on ne se sent pas en confiance ou pas en sécurité. Du coup, on est dans la peur, dans l’égo, donc très souvent le corps est en tension. Pour libérer le corps, il faut libérer l’esprit. Une fois que l’on commence à être en harmonie avec soi-même, on peut commencer le travail en sensation. Ensuite, il faut apprendre à utiliser l’intégralité du corps dans le mouvement ce qui engendrera moins de force physique et donc moins de tensions.

Pour ma part, ma recherche actuelle consiste à créer une relation avec mon partenaire, à être en totale harmonie avec lui. Donc il faut que la notion d’espace-temps, de mouvement, d’intention soit juste. Il faut que le mouvement paraisse naturel. On ne doit pas rajouter de tension dans le corps de l’autre.
Ensuite, mon deuxième axe consiste à ce que mon geste soit le plus fin possible. Bien sûr, pour que cela fonctionne, il faut que le partenaire soit dans le même état d’esprit, sinon on rentre dans un travail totalement différent. Ce que j’aime le plus la pratique, c’est quand on arrive à y mettre de l’émotion, cela reste un art avant tout.

"Il faut que le mouvement paraisse naturel. On ne doit pas rajouter de tension dans le corps de l’autre."
Romain Guihéneuf


Que t’apporte-le fait d’enseigner ? Est-ce que les différents publics que tu touches (enfants, adultes, stages) t’apportent des choses différentes
?

Le fait d’enseigner nous oblige à nous poser des questions. Bien sûr selon le public il faut perpétuellement s’adapter. L’enseignement amène à se corriger. Souvent, quand j’explique une technique à un élève, il m’arrive d’avoir des petits détails qui me sautent aux yeux.
On peut également être confronté à une question inattendue d’un élève, ce qui nous pousse à creuser plus loin notre réflexion. Les enfants sont très forts à ce jeu là.

Quelles sont les personnes qui t’ont le plus influencé dans ta pratique ?

Quand j’ai commencé la pratique, je dis toujours que j’ai eu de la chance d’avoir été bien accompagné. Au lieu d’un seul instructeur, j’en ai eu trois. J’ai eu André Dominé, l’instructeur principal, Emmanuel Joguet et toi Xavier avec qui j’ai pratiqué à côté ce qui m’a permis d’avancer plus vite.  Aujourd’hui ça continue toujours avec toi et Emmanuel à travers les stages. C’est toujours un plaisir de partager et d’échanger sur nos pratiques.

Ensuite, il y a eu Franck Dominé, ancien pratiquant de Hankido et actuellement instructeur France Haidong Gumdo. C’est grâce à lui que j’ai redécouvert la richesse du Hankido. Il m’a montré une autre manière d’enseigner, à partir de là j’ai commencé à ouvrir les yeux et de ce fait ma pratique a totalement changé. Mon chemin d’évolution a continué avec Maître Capozzi qui est très impressionnant techniquement. Grâce à lui j’ai pu faire évoluer mon Hankido.

Aujourd’hui, j’ai découvert le travail de Léo Tamaki, Hino Akira et Kuroda Sensei et du coup cela influence forcement ma pratique. Ce que j’aime, c’est leur compréhension et leur utilisation du corps. J’ai également découvert le travail d’Akuzawa Sensei à travers toi durant tes stages. On ne peut pas rester insensible à ce genre de pratique.

Tu as eu l’occasion de pratiquer en Corée avec le Maître Ko Ju Sik, directeur de l'lHF. Quelles sont les différences qui t’ont marqué dans la façon d’enseigner en Corée par rapport à la France ?

Oui, j’ai eu un fois l’occasion de m’entrainer en Corée et deux fois en France auprès de Maître Ko Ju Sik. La première fois j’appréhendais un peu car l’enseignement en France du Hankido manque de clarté. Nous n’avons aucun support pédagogique en place et du coup il faut se débrouiller tout seul. Une fois arrivé là bas, j’ai vite été rassuré car ma pratique correspondait bien à la leur.
Le Maître Ko Ju Sik en France

Maître Ko est un homme très gentil prêt à donner beaucoup. Il aimerait que le Hankido soit mieux valorisé en France. Au niveau pratique, je dirais qu’il est puissant mais doux à la fois. On retrouve chez lui tous les principes de corps mais d’une manière plus cachée. Avec la barrière de la langue, je suis sûr qu’il y a beaucoup de détails que l’on rate mais on arrive toujours à en retrouver avec le temps.

La difficulté pour évoluer techniquement, c’est qu’à chaque fois son enseignement reste ciblé sur les fondamentaux. Pour lui, le niveau n’est pas assez élevé pour nous en montrer plus. C’est pourquoi j’aimerais y retourner plus régulièrement.


Le Hankido avait à une époque un protocole d’accord avec l’Aikido. cela n’est plus le cas aujourd’hui mais peux-tu nous parler des similarités et différences entre ces deux écoles selon toi?

Pour moi la plus grande similarité entre l’Aikido et le Hankido est sa philosophie. On retrouve également tout le travail sur les déséquilibres, le cercle, l’utilisation de la force du partenaire. Après nous avons en plus tout un travail plus spécifique de boxe poing pied à travers le hapkido.

Les arts coréens sont souvent accusés de copier les arts japonais. Selon toi qu’est ce qui les rend si spécifiques ?


Pour moi, touts les arts martiaux se rejoignent, il n’y en a pas un meilleur que l’autre. Les principes restent toujours les mêmes, c’est juste la manière de présenter ou les axes de travail qui diffèrent.
Après ce qui ressort le plus chez les coréens c’est qu’ils adorent tout ce qui est démonstratif, spectacle. Dans leur démo, on voit beaucoup d’acrobaties avec les coups de pied, les chutes, les combats à un contre plusieurs. C’est ce qui rend les arts coréens assez attractifs. Cela n’empêche pas une grande richesse technique

Le travail en solitaire est une partie importante de la pratique en Hankido. Peux-tu nous parler de ses bénéfices et de la façon dont tu t’entraines hors du Dojang ?


Oui nous avons les 12 formes à travailler dans le vide en statique et en dynamique en sachant qu’il y a le côté positif et le côté négatif (terre et ciel). Dans un premier temps cela demande un gros travail de mémorisation et de visualisation.

Dans un deuxième temps on va travailler, la structure de corps par la posture, l’équilibre en statique et en mouvement. Ensuite, on va synchroniser le geste avec la respiration et enfin faire un travail de ressenti sur l’énergie.  Cela permet de mieux appréhender le travail avec partenaire.

Je les ai beaucoup travaillées face à un miroir cela permet de voir tous les mauvais placements et déséquilibres du corps. Aujourd’hui, je suis plus sur la logique de corps. Comment le placer afin qu’aucune tension ne soit engendrée. Du coup quand on est bien à l’écoute de son corps on corrige et comprend pas mal de petits détails.

Les 12 formes du Hankido en positif et négatif

Tu es atteint de rétinite pigmentaire, une maladie génétique qui te fait progressivement perdre la vue, mais c’est presque indécelable quand on te voit pratiquer et tu as su développer tes autres sens et ton intuition pour amener ta pratique a un haut niveau malgré ces difficultés.  Alors que la plupart d’entre nous se reposent sur la vue pour apprendre les techniques, mais aussi pour les pratiquer, comment as-tu adapté ta pratique ?

En fait, au départ je n’ai pas cherché à adapter quoi que ce soit, je voulais juste pratiquer pour le plaisir. Comme tout le monde, je galérais à essayer de comprendre ce que montrait l’instructeur mais la vue n’a pas forcement été un problème. Bien sûr pour ne pas rater tous les petits détails techniques, que je ne voyais pas, je demandais aux gradés ou à l’instructeur de les faire sur moi. Du coup, à force de répétition, j’ai dû développer mes sens. Je pense que c’est grâce à cela qu’aujourd’hui je peux tout ressentir par le touché.

Par la suite, par mon enseignement et par une meilleur connaissance de moi même, j’ai compris que ce ressenti était justement mon point fort et c’est pourquoi aujourd’hui je ne travaille qu’en sensation. Du coup pour mes élèves ce n’est pas tous les jours facile, ils ont parfois du mal à me suivre. C’est vrai qu’en travaillant comme ça, la difficulté est beaucoup plus grande. Cela demande du courage et de la détermination, il faut être patient. Par contre une fois que l’on a acquis cette capacité, on avance beaucoup plus vite et les résultats sont souvent meilleurs. Par la vue, on peut facilement se faire avoir par un effet d’optique, par contre par la sensation il est déjà plus rare de se tromper. En utilisant que la vue, on reste sur un travail externe, il faut utiliser tous ses autres sens pour pouvoir comprendre et apprécier toutes les subtilités des arts martiaux.

Le mot de la fin

Merci Xavier de m’avoir proposé cette interview ; c’est un exercice qui n’est pas facile mais qui reste intéressant.  Je pense que dans quelques années je pourrai t’en dire plus sur ma pratique car je suis encore jeune dans mon évolution martiale. Pour conclure, j’espère que cette interview donnera envie aux pratiquants de venir découvrir le Hankido IHF et de creuser vers ce travail en sensation. Faire mal c’est facile on en est tous capable par contre être juste dans sa pratique martiale cela demande beaucoup plus d’investissement et de rigueur.


Merci à toi pour le temps que tu y as consacré. Je prends bonne note de te proposer un nouvel entretien dans quelques années.

jeudi 20 avril 2017

Méditation

En Nouvelle Zélande en Novembre, Akuzawa sensei nous avait demandé si certains d’entre nous méditaient, et j’avais répondu positivement. Il m’avait pointé du doigt en disant « toi, Xavier ? Tu médites ??? », comme s’il venait de recevoir un électrochoc. Et pourtant…

En complément du Yoga, je pratique depuis plusieurs mois la méditation quotidiennement. Une pratique dont j’étais curieux depuis un moment mais que je ne savais pas forcement bien par quel bout prendre, sorti des quelques minutes qui y sont parfois consacrées lors d’une session de Yoga.

Je suis d’un naturel stressé, et je ne vis pas dans l’endroit le plus relaxant qui soit. Le fait est que si le manque de temps est quelque chose que l’on ressent tous, c’est particulièrement vrai dans une ville grouillante comme Hong Kong où le temps semble s’enfuir et où l’on se sent courir perpétuellement après sa vie sans jamais la rattraper.

J’ai commencé la méditation parce que je ressentais un besoin de me poser, et d’éliminer mon stress. Ce que la méditation ne fait en réalité pas, puisqu’il s’agit plus d’observer notre corps et nos émotions que d’essayer de les changer. Mais le fait de s’asseoir, de fermer les yeux et de se concentrer sur sa respiration permet d’une certaine manière d’alléger le stress et les tensions en oxygénant les tissus et en relâchant les tensions.

C’est en méditant que je me suis rendu compte à quel point mon cerveau était en ébullition constante. Aujourd’hui encore il m’est très difficile de rester concentré sur ma respiration ne serait-ce qu’une simple minute, mais je ressens malgré tout déjà les bienfaits de cette pratique.




Etre présent

La meditation a pour but de nous rendre présent, voire de nous ramener au moment présent. Ce qui semble comme une évidence ne l’est pourtant pas, car nous passons la majeure partie de notre temps dans le passé à ressasser, ou dans le futur à imaginer ou à s’inquiéter de conséquences éventuelles. Tout ceci nous amène logiquement à sortir de la réalité de l’instant. Des pratiques comme la méditation permettent de revenir à l’instant présent et de vivre le moment tout simplement. Mais la méditation n’est pas la seule activité qui le permette et paradoxalement les arts martiaux sont devenus pour moi un moment privilégié pour me recentrer.

On pourrait supposer que le Yoga serait l’activité qui me ramènerait le plus vers l’instant present. Et si c’est en partie le cas, je ne peux qu’avouer que lors d’une seance mon esprit continue à voguer d’une pensée à l’autre. Seul face à soi-même il est aisé de se laisser prendre par le flot de la pensée. La pratique martiale a cet avantage considerable qu’elle nous met face a nous-mêmes, mais pas que. Face à un partenaire décidé, il n’y a guère de place pour laisser l’esprit voguer entre le présent et le passé, car le moindre moment d’inattention est sanctionné.


mardi 18 avril 2017

Foshan – sur les traces de Yip Man, Wong Fei Hong et Bruce Lee

Comme beaucoup, ma passion pour les arts martiaux a commencé en regardant des films de Kung Fu, notamment ceux de Jackie Chan, Bruce Lee et Jet Li. Wong Fei Hong, héro de Drunken Master (Combat de Maitres) avec Jackie Chan et Once Upon a Time in China (Il était une fois en Chine) avec Jet Li, était probablement le personnage le plus marquant parce que l’un des plus récurrents, et si ma connaissance des arts chinois est restée très limitée, j’ai toujours garde un très bon souvenir de ces films.

Avance rapide de quelques années, je suis allé passer quelques jours a Foshan pour le weekend de Pâques. Si vous avez vu les films sur Yip Man, Foshan ne peut vous être inconnue puisqu’il s’agit de la ville du maitre, qu’il quittera en 1949 pour Hong Kong. Foshan se situe dans la région de Guangdong, a proximité de Guangzhou (Canton), tellement a proximité d’ailleurs que le métro lie les deux villes. Nous sommes à un peu plus de trois heures de route de Hong Kong, par la route ou par le rail. Ce que j’ignorais, et apprendrai donc au cours de ce weekend, c’est que Wong Fei Hong est également originaire de Foshan.

Que voir à Foshan pour un amoureux des arts martiaux ?

L’existence de ses deux maitres n’est pas qu’anecdotique pour Foshan, et il est donc possible de suivre leurs traces au Zamia Museum, en plein cœur de la ville. Un endroit superbe, plus proche d’un temple que d’un musée vu de l’extérieur, et qui comporte de nombreux bâtiments dédiés aux deux maitre.

Le mémorial de Wong Fei Hong permet notamment de découvrir un peu plus la vie du maitre, ses débuts dans la pratique martiale, sa vie personnelle, les ouvrages qui lui ont été consacrés, et évidemment les films L’entrée du mémorial amène sur une cour intérieure dans laquelle de jeunes garçons pratiquaient avec passion le Hung Gar, pendant qu’un cours manifestement pour les étrangers se tenait à part, dans le bâtiment lui-même. A l’étage on retrouvera la chronologie des films et de nombreuses photos d’époque.

Un peu plus loin se tient la partie sur Yip Man et Hong Kong, les deux étant intrinsèquement lies. Le développement du Wing Chun a HK avec des photos des différents endroits où le maitre a enseigné, ainsi qu’avec ses amis et sa famille. Plus loin on retrouvera les biographies de ses élèves les plus célèbres, dont évidemment Bruce Lee.

Bruce Lee Paradise

Les amateurs du petit dragon ne seront pas en reste puisqu’à une heure de taxi vous trouverez « Bruce Lee Paradise », un parc entièrement dédié à Bruce Lee. En pleine nature entouré par la montagne et la rivière, le parc est construit autour de la maison des ancêtres de Bruce Lee et retrace la vie de celui qui a amené plus d’un d’entre nous à pratiquer les arts martiaux. 

Dès l’entrée dans le parc, on peut voir la plus grande statue en bronze de Bruce Lee, d’une hauteur de 18.8m. Il est possible de se balader dans le parc, de faire un tour en bateau sur la rivière, ou de retrouver les ouvrages du jeune maitre, les magazines sur sa vie, quelques reliques des films, ou encore de regarder les films dans leur intégralité dans la salle de projection.

mercredi 12 avril 2017

Qu’importe le talent pourvu qu'on ait l'ivresse

La semaine dernière après l’entrainement, Hugh me demandait combien de personnes ayant commencé en même temps que moi dans mon dojo pratiquaient encore. Honnêtement j’avoue que ça fait longtemps et que les lignes se brouillent un peu au bout d’un moment quand il s’agit de se souvenir de qui a commencé quand, mais sauf erreur de ma part sur les deux dojos de St Germain en Laye, nous sommes deux pratiquants encore en activité ayant commencé en septembre 1998, François et moi. Je ne saurais pas dire s’il reste encore beaucoup de pratiquants ayant commencé l’année précédente ou la suivante.

Le fait est que la perte dans les effectifs est toujours très forte. Je n’ai pas les stats précises en tête, mais je ne serais pas surpris que l’on perde plus 50% des pratiquants la première année. Et une grande partie du reste avant le Shodan, qui n’est pourtant pas un niveau particulièrement avance et encore moins inaccessible.

Il y a de tout parmi les pratiquants qui arrêtent rapidement et on aurait tort de penser que seuls les plus doués restent. Si je n’ai ni vidéos de mes débuts, ni de souvenirs très objectifs, je ne crois pas que j’étais exceptionnellement doué, assez loin de là, j’étais probablement dans la moyenne. Je me souviens de pratiquants qui avaient commencé en même temps que moi et que je trouvais bien meilleurs, pour qui les choses étaient vraiment naturelles. Paradoxalement tous ceux dans ce cas-là ont arrêté assez rapidement.

Le talent ou le travail
Le talent compte au final relativement peu. S’il est bien sur toujours préférable d’en avoir, les personnes qui vont le plus loin sont rarement celles qui étaient les plus douées au départ, mais plutôt celles qui ont le plus travaillé, parce que justement ça n’était pas naturel. Je crois me situer plutôt dans ce cas-là. Ni particulièrement doué, ni particulièrement manchot, c’est en pratiquant beaucoup pendant de nombreuses années que j’ai réussi à progresser à développer quelques qualités. D’un certain cote je crois que le talent, comme le fait d’avoir d’excellentes qualités physiques de base, est potentiellement un facteur limitant dans la progression. De même que disposer d’une grande force physique n’incite pas à faire les efforts (considérables) pour modifier l’utilisation du corps, les personnes naturellement douées ont parfois tendance à laisser tomber plus vite, peut-être parce qu’elles sont moins préparées à gérer les difficultés quand elles arrivent. On aimerait tous être doués, moi le premier, mais le talent ne suffit pas.

Nous avons naturellement tendance à idéaliser le talent, comme si la compétence dans un domaine était quelque chose d’inné. Nous avons plus ou moins de facilites, c’est certain, mais les facilites ne sont qu’une part de l’équation. Il est d’ailleurs amusant comme on a tendance à idéaliser le talent dans la musique, l’art ou les arts martiaux, et à se trouver des excuses puisque nous ne sommes pas talentueux, mais aucun d’entre nous n’imagine aller voir un médecin qui n’ayant jamais étudié la médecine ne se repose que sur son talent. Et pourtant, il s’agit bien de la même chose. Nous partons d’une base plus ou moins bonne, mais c’est ce que nous construisons à partir de la qui compte réellement.

Si je crois etre parti d’une base vraiment dans la moyenne, je suis en revanche conscient des heures de pratique quotidiennes que je me suis imposees, et du fait que je me suis donné les moyens d’avancer, envers et contre tout.

L’engagement dans la pratique
L’engagement est ce qui différencie le plus les pratiquants, pas le talent. Nous avons tous des envies différentes, des ambitions et des priorités différentes, c’est normal et je dirais même que c’est sain. En revanche il est normal que celui qui s’engage considérablement plus progresse plus. Un « pratiquant du dimanche » qui pratique 1-2 fois dans la semaine progressera évidemment moins que celui qui consacrera la majeure partie de son temps libre à ça. Imaginez si ça n’était pas le cas…

Il existe dans les arts martiaux une théorie des 1,000/10,000 heures. 1,000 heures pour avoir les bases, 10,000 heures pour les maitriser. Si ça n’est évidemment qu’une théorie et qu’il faut la prendre avec précaution, elle me semble un indicateur intéressant. 1,000 heures représentent pour moi plus ou moins ce qu’il faudrait pour atteindre un Shodan. J’en parlais a une de mes élèves qui me demandait en combien d’années elle pourrait y accéder, et ma réponse étant donnée son assiduité a été « environ 20 ans, mais il ne tient qu’à toi que ça aille beaucoup plus vite ». Si on prend une base de 4 heures par semaine de pratique (rien de bien exceptionnel), on tombe vers 5-6 ans, ce qui ne me semble pas particulièrement aberrant.

L’engagement dans la pratique est aussi quelque chose qui dépasse le simple cadre du nombre d’heures de cours. En bon obsessionnel, il est peu de moments où hors de la pratique je ne pense pas à la pratique, ne corrige pas ma posture, ne lit pas un ouvrage sur le Bujutsu ou le corps humain, ne regarde pas des vidéos. Au point que ma femme me regarde souvent du coin de l’œil en souriant et en disant « age te, sage te » en me voyant bouger les mains pendant que nous marchons.

Nous recherchons tous quelque chose de différent lorsque nous pratiquons. Une activité physique, une activité sociale, une recherche personnelle, peu importe. La pratique nous apporte ce que l’on veut bien y trouver.

jeudi 23 mars 2017

Démonstration à la NAMT

Dans mon bilan 2016, j’avais évoqué le fait que 2017 serait ponctuée de quelques surprises. La première était la venue de Leo Tamaki à Hong Kong début mars. La seconde est ma participation à la NAMT en juin, une première évidemment pour moi, mais également pour le Nihon Tai Jitsu.

On ne présente plus la NAMT. Créée en 2007, elle attire depuis de nombreuses années un grand nombre de connaisseurs, venus admirer le travail d’experts hors du commun, tels qu’Akuzawa Minoru, Kuroda Tetsuzan, Tobin Threadgill, Alain Floquet, Ellis Amdur et j’en passe. Difficile de les citer tous tant le programme est chaque année de très haut niveau et cela fait d’ailleurs déjà quelques temps que je pense organiser un séjour en France autour de cet évènement pour pouvoir y assister.

Mon niveau est évidemment à des lieues des personnes nommées plus haut, et j’avoue avoir cru à une erreur en recevant l’invitation à démontrer. Mais passée la surprise, et malgré la distance et le fait que mes vacances en France pour cette année étaient déjà prévues pour janvier-février, j’ai sauté sur une occasion inespérée de pouvoir voir d’aussi près le travail de tous ces experts et de participer à l’AikiTaikai. Ah oui, et de présenter mon travail aussi.

Démontrer n’est pas un exercice facile pour beaucoup d’entre nous, notamment parce que ça n’est pas quelque chose que nous pratiquons de façon régulière. A l’entrainement nous travaillons des détails et essayons d’améliorer progressivement notre pratique pour aller plus loin. En démonstration au contraire il s’agit de montrer un produit fini, de raconter une histoire et donc de présenter de façon compréhensible notre pratique à des gens qui ne la connaissent pas. J’ai personnellement participe a peu de démonstrations, quelques-unes en France dans de petits évènements locaux, et trois fois au festival de la All Japan Budo Federation à Kyoto, un rendez-vous que j’ai toujours trouve aussi intéressant que difficile puisque je ne rencontrais mes partenaires que la veille et qu’ils découvraient l’école.

En venant a la NAMT, il est évident que je n’amènerai pas non plus mes partenaires les plus réguliers de Hong Kong En revanche j’ai la chance d’y connaitre un certain nombre de pratiquants, dont certains connaissent bien mon travail et savent à quoi s’attendre. C’est je pense très important et c’était d’ailleurs le sujet d’un article que j’avais écrit il y a quelques mois. Si nous n’aurons pas vraiment l’occasion de répéter à l’avance, je n’ai aucun doute sur le fait qu’ils sauront s’adapter sans difficulté à ce que je proposerai ce soir-là. D’ici-là il ne me reste plus qu’à pratiquer pour proposer la démonstration la plus intéressante possible.
 

vendredi 10 mars 2017

Léo Tamaki à Hong Kong

J’ai plusieurs fois partagé sur ce blog mon appréciation envers Léo et sa pratique, même si force m’est de reconnaitre que ne rentrant que peu en France j’ai extrêmement peu d’occasions de pratiquer sous sa direction et donc d’appréhender réellement le Kishinkai, d’autant que la pratique proposée est particulièrement complexe et sur certains aspects peut paraitre aux antipodes de la mienne.

C’est pour toutes ces raisons que j’étais très heureux de recevoir Léo à Hong Kong et d’avoir un week-end entier pour découvrir un peu plus l’Aikido qu’il propose, mais aussi pour pouvoir discuter un peu, chose qui n’est évidemment pas possible lors d’un cours.

Réunir des gens pour pratiquer à Hong Kong est toujours un défi. Les gens sont en déplacement professionnel, ont des obligations, doivent déménager (on déménage beaucoup ici…), bref ils sont intéressés mais pas toujours disponibles. Malgré tout nous avons pu réunir une dizaine de personnes aux parcours variés, tous curieux de voir la pratique qui leur serait proposée, et qui sont tous repartis conquis.

Et de fait le travail proposé était vraiment passionnant. Comme toujours je me suis senti transporté hors de ma zone de confort et c’est avec un plaisir immense que j’ai découvert des exercices qui ressemblent parfois visuellement comme deux gouttes d’eau à des exercices que je pratique régulièrement… mais dont la sensation va presque à l’opposé. J’ai en tête notamment un exercice au Jo qui se rapproche de ce qu’on pourrait faire au Rokushakubo en Aunkai, sauf qu’en Aunkai ma sensation est celle d’une force qui passe via les fascia, presque en enveloppant le corps, la sensation est lourde et je sens mon centre de gravité passer dans le corps de mon partenaire. rien de tout ça ici, et si j’ai senti une connexion dans mon corps elle était plutôt de l’ordre d’un fil de soie, fin et délicat qui pourrait se rompre à tout moment, une sensation légère.

Je ne reviendrai pas sur tous les exercices parce que je crois qu’au final c’est surtout la sensation qui compte et qu’il est difficile de mettre des mots sur des sensations, mais j’ai passé un weekend excellent à essayer tant bien que mal d’oublier le peu d’acquis que j’ai et de me plonger dans une approche différente. Ca n’était pas forcément une réussite mais j’en suis ressorti profondément inspiré et c’est le principal.



mardi 14 février 2017

Perwez, Belgique - février 2017

Dernière étape de cette tournée, j'ai passé deux jours en Belgique chez mes amis du Budokan Kazoku. Nous avions passé un tres bon moment ensemble l'an dernier et c'est avec grand plaisir que je les ai retrouvés. 

Malgré des nuits que je qualifierai de courtes suites à quelques problèmes personnels, j'ai essayé de proposer un travail relativement avancé à mes amis de Perwez, ainsi qu'au groupe de Libramont qui nous a rejoint le samedi. Au menu utilisation du corps et de la gravité, sutemi, kaeshi waza, et travail sur l'intention pour comprendre la notion de sensen no sen. 

Comme l'an dernier ce fut un excellent moment, tant sur les tatamis qu'en dehors. Quelques extraits vidéos ont brillamment été édités par Thomas, je vous invite à les regarder ici.