lundi 2 janvier 2017

Bilan 2016

Dans mon bilan 2015, j’évoquais les stages à venir tout début 2016 et à quel point cette année semblait partir de la meilleure des façons. Un an après, et si tout n’a pas été aussi rose et fluide que j’aurais pu le souhaiter tant martialement que dans d’autres pans de ma vie, je dois reconnaitre que 2016 a apporté son lot d’expériences positives et de satisfaction.

Ca a aussi été une année de changements puisque j’ai décidé de mettre en pause l’Aikido en mars pour me concentrer d’avantage sur mes recherches. J’ai au final fini l’année avec 16 sessions d’Aikido, 81 de NTJ, 349 d’Aunkai et 186 de Yoga, pour un temps de pratique probablement légèrement supérieur à celui de 2015.

Des stages et des rencontres

Ca a probablement été le gros changement de 2016. Là où je donnais seulement jusqu’ici un stage annuel à Nort-sur-Erdre, j’ai cette année eu l’opportunité d’en faire beaucoup plus. En Belgique d’abord où j’ai été très chaleureusement accueilli par le Budokan Kazoku et le Sakura Dojo, à Challans et à Saint Loubès. Ca a été l’occasion de rencontrer beaucoup de pratiquants talentueux et sympathiques avec qui je n’avais pu jusque là qu’échanger en ligne ou pour un grand nombre d’entre eux que je ne connaissais pas encore, et évidemment comme toujours de tester mes idées et de les affiner.

Mais les stages ne se sont pas limités à l’Europe, ce qui n’était pas arrivé depuis quelques années et le départ de Fred de Taiwan. Le rendez vous manqué avec Akuzawa sensei en mars à Hong Kong, m’a malgré tout permis de rencontrer Filip et mes amis singapouriens Terry et Sherman, ce qui permettra deux mois plus tard d’organiser un stage d’Aunkai à Singapour avec 50 participants. Dans la foulée j’ai eu l’opportunité de me rendre à Ho Chi Minh Ville au Vietnam pour une introduction au NTJ dans un dojo d’Aiki Jujitsu issu de Mochizuki sensei.

Et puis les déplacements professionnels faisant parfois bien les choses j’ai eu l’occasion de pratiquer rapidement avec Ka Beom Seok de GNK Core à Séoul. Sans compter le passage de Fred en Asie, qui nous aura amenés à nous voir trois fois cette année (Bordeaux, Taiwan, Hong Kong), un plaisir immense de se retrouver.

Les impondérables ont aussi finalement décidé de jouer en ma faveur après la déception du stage avec Akuzawa sensei lorsque Manabu s’est retrouvé coincé à Hong Kong. Une bonne nouvelle pour moi, moins pour mes amis néozélandais qui l’attendaient…

Enfin, et je garde le meilleur pour la fin, Filip a organisé en novembre la première Formation Intensive d’Aunkai hors de France, ce qui m’a permis à la fois d’aller enfin découvrir la Nouvelle Zélande, un pays qui m’a toujours attiré mais que je n’avais jamais visité à cause de la distance, et de passer 10 jours en compagnie de sensei et d’autres passionnés. Un moment magique qui m’aura sans aucun doute donné un certain nombre de clés pour avancer.

Développement du Seishin Tanren Dojo

Jusqu’ici mes cours attiraient un nombre très limité d’élèves, avec un maximum à 4-5 les bons jours. En Septembre la dynamique s’est soudainement accélérée et il n’est pas rare d’avoir 10 personnes au cours du dimanche soir. Parmi eux des gens très motivés et talentueux qui me laissent présager le meilleur pour l’avenir.

Mon arrêt de l’Aikido m’a également libéré des créneaux horaires, ce qui m’a permis d’ajouter un cours régulier d’Aunkai le mercredi. Même si celui-ci reste encore relativement désaffecté, il permet aux quelques courageux de progresser plus vite.

Cette année Hugh a également atteint son 1er kyu, dernière étape avant la ceinture noire, ce qui me permet de lui confier plus facilement les cours en mon absence sans perturber la continuité de la progression du groupe.

Plus de Yoga


Ne plus aller à l’Aikido m’a libéré du temps mais également réglé mon problème de tendinites au coude de façon définitive, ce qui m’a permis d’aller beaucoup plus au Yoga. Malgré un grand nombre de déplacements pro cette année (presque toutes le deux semaines sur la première moitié de l’année) j’ai donc pu augmenter assez nettement ma présence aux cours pour monter à 5-6 fois par semaine quand j’étais effectivement présent à Hong Kong.

Nous sommes maintenant en 2017 et l’année se présente déjà bien avec des stages prévus en Europe dans seulement quelques semaines, mais aussi probablement de nouveaux stages dans la région et le développement du dojo à HK, sans compter quelques autres surprises prévues pour le courant de l’année.

mercredi 28 décembre 2016

Invest in loss

“Invest in loss” (investir dans la perte) est une expression que j’utilise beaucoup dans mes cours parce que bien que contre intuitif il s’agit pour moi de l’une des méthodes les plus efficaces (pas la seule, évidemment) pour progresser rapidement dans le domaine martial. Dans une pratique martiale, orientée à l’origine vers la survie, il peut sembler paradoxal de se mettre soi-même dans une situation délicate, et pourtant…

Gagner à tout prix… et ensuite ?

La pratique martiale est souvent liée dans l’inconscient collectif à l’idée de victoire et de supériorité. Il faut vaincre avant tout, peu importent les moyens mis en place. Et si je suis d’accord avec cette idée dans un combat de survie, on ne m’enlèvera pas de l’idée que le but de l’entrainement est avant tout de former les individus pour qu’ils puissent réagir correctement dans le cas d’une confrontation. L’entrainement n’est pas la confrontation et ne doit pas le devenir, au risque de passer a cote de l’essentiel.

Quels sont les risques à vouloir à tout prix gagner ? Le principal à mon avis est justement de ne prendre aucun risque, de rester sur la défensive, dans sa zone de confort et ainsi de ne pas saisir l’opportunité de découvrir quelque chose de nouveau qui nous permettrait de passer à une étape supérieure.

Le second risque, tout aussi important est de tenter de passer en force pour que la technique fonctionne alors que les critères essentiels à son exécution ne sont pas réunis. C’est acceptable au début évidemment, mais après un certain temps de pratique il est utile de savoir faire la part des choses entre ce qui est passe parce qu’on est passe en force, et ce qui était « juste ». On me dira que l’essentiel est que ça passe, et encore une fois ça n’est pas faux, mais le but de l’entrainement reste d’affiner la pratique et on affine les choses en s’apercevant de leurs limites et en réfléchissant a la façon de contourner ses limites. Dans un article récent, Dani Faynot disait d’ailleurs une phrase on ne peut plus juste « on ne progresse pas pendant la pratique mais entre les sessions ». Partant de là, si vous voulez progresser entre les sessions, il vous faut avoir matière à réfléchir. Gagner est satisfaisant pour l’ego et offre son lot d’apprentissages (« qu’est ce qui fonctionne ? ») mais il n’est pas suffisant pour développer sa pratique en profondeur.

Perdre, oui mais pourquoi et comment ?

Ok, donc l’idée, à l’entrainement, n’est pas nécessairement de gagner et il faut investir dans la perte. Mais comment et pourquoi ? Soyons clairs, je n’encourage pas du tout les Uke qui partent déjà perdants, convaincus que leur destin est d’être un sac de frappe qui doit se faire massacrer par Tori. Il y a une différence entre perdre par renoncement et perdre parce qu’on essaie d’apprendre quelque chose.

L’un des axes de ma pratique consiste à étudier l’espace disponible dans mon corps et comment il m’est en réalité possible de revenir de situations qui semblent désespérées en ajustant des réajustements dans mon alignement notamment. Accepter le déséquilibre et la mise en difficulté, voire créer soi-même une situation dans laquelle on se retrouve vulnérable est typiquement une opportunité de découvrir comment notre corps réagit dans une situation limite, et dans quelle mesure on peut reprendre la main. Parfois on ne peut pas, et on perd, ça n’est pas grave, on en ressortira avec une idée d’une limite à partir de laquelle on n’est pas capable de revenir, en tout cas à cet instant T. Des fois on pourra revenir et on s’apercevra que ce qui semblait une situation désespérée ne l’était finalement pas tant que ça. 



Comprendre ses limites à un instant T est essentiel. Nos limites évoluent au fil du temps alors que notre pratique s’affine. C’est vrai tant physiquement que mentalement, puisque de nombreuses limites dans notre équilibre sont liées au fait que notre cerveau ne reconnaissant pas la position du corps dans l’espace comme une position équilibrée. En Aunkai c’est quelque chose qui est très visible dans des exercices Push Out : un débutant ira le plus souvent vers l’avant dans une position que son cerveau connait, en revanche dès qu’il commencera à ramener le corps vers l’arrière il se sentira vite partir. Pourtant l’espace existe et a force de travail le corps et le cerveau finissent par accepter cet espace comme ne posant pas de soucis particuliers.

samedi 3 décembre 2016

Formation intensive d'Aunkai en Nouvelle Zélande

Quand lors de son passage à HK en mars, Filip m’a dit qu’il pensait organiser une formation intensive d’Aunkai avec Akuzawa sensei, j’ai été immédiatement enchanté par l’idée. Quelle belle opportunité de passer une semaine entière à s’entrainer avec sensei, 5-6 heures par jour, avec d’autres pratiquants passionnés.

La semaine s’est divisée en deux parties : deux jours à Auckland avec une grosse trentaine de personnes, et cinq jours au Koru Dojo de David Lynch à Coromandel avec une dizaine de pratiquants. Le contenu a été particulièrement riche comme on peut l’imaginer et je ne vais évidemment pas tout retranscrire ici. La présence de Rob pendant les deux premiers jours a aussi été particulièrement utile puisqu’il est non seulement un excellent traducteur (et traduire tout en servant d’Uke a sensei n’est pas aisé), mais aussi un pédagogue hors pair. A défaut de rentrer trop précisément dans le contenu aborde, certains points peuvent déjà être soulignés :

Structure vs mouvement
Pendant mes premières années d’Aunkai, le focus était clairement mis sur la construction de la « frame » du corps via les tanren et kunren, donnant souvent une impression de rigidité avec des gens cherchant à garder leur structure a tout prix, quitte à travailler en force, passant ainsi a cote du but de la pratique. Mais Akuzawa sensei a pris un tournant radical depuis et il me semble que le travail aujourd’hui est beaucoup plus axé sur le mouvement que sur la structure. Le fait que deux groupes de travail existent en Nouvelle Zélande, diriges par deux pratiquants très compétents, Filip et Liam, le besoin de faire travailler les bases s’est probablement également moins ressenti, permettant à sensei d’aller plus loin dans la méthode. C’est à mon avis une excellente chose, passer des heures sur les solo tanren n’est pas la meilleure utilisation que l’on peut faire du temps d’Akuzawa sensei, alors que cela peut être bien traite au sein des groupes locaux.

Au cours de cette semaine, au lieu de chercher à nous faire garder notre structure a tout prix, Akuzawa sensei a au contraire insiste sur l’acceptation du changement constant entre l’équilibre et le déséquilibre, et sur le passage de l’un a l’autre, précisant d’ailleurs que la structure n’est pas forcément nécessaire arrive à un certain niveau (ce qui est probablement vrai pour lui, pas forcément pour les autres). Mon avis est que l’Aunkai consiste à explorer nos limites, et que les limites de notre équilibre sont l’un des éléments fondamentaux. Accepter le déséquilibre nous donne des informations clés sur ou notre corps peut (ou non) aller et les conséquences que cela implique.


Réorganiser son corps
C’est un sujet que j’explore depuis quelques temps déjà et que je considère comme l’un des points les plus importants de cette semaine. La force interne requiert une structure correcte afin d’éviter une utilisation de force excessive, et un moyen d’accomplir cela est d’avoir un corps bien organisé et aligné.

Une idée qui a particulièrement été mise en avant est l’utilisation du plancher pelvien, comme ce que l’on pourrait décrire comme étant une sorte de plateau sur lequel on équilibre la partie supérieure de son corps, mais aussi par extension notre partenaire : comprendre le fonctionnement du pelvis, les différentes positions qu’il peut prendre et comment celles-ci impactent la structure générale,




Travail au sol
Si le travail au sol est de fait peu proposé à Tokyo, tout simplement parce qu’il n’y a pas de tatamis, c’est quelque chose qu’Akuzawa apprécie particulièrement et il n’est pas rare de passer des heures en seiza ou un genou au sol lors de stages ou de cours particuliers.

N’ayant pas la souplesse d’un japonais rompu à l’exercice de seiza, je dois admettre que ces exercices sont difficiles pour moi, mais je dois reconnaitre leur intérêt pour apprendre à bouger correctement et notamment apprendre comment mobiliser le pelvis et le tanden. Pas de dégâts malgré tout, en dépit de la douleur pendant la pratique, si ce n’est une réduction significative de la quantité de peau sur mes pieds.

Au-delà de l’enseignement de haut niveau propose, cette semaine était aussi une opportunité incroyable de passer du temps avec sensei et les pratiquants néozélandais sur et en dehors des tatamis. Venant de HK, avec 11h de vol, on aurait pu croire que j’étais celui qui avait effectue le plus long trajet, mais loin de la puisque Bea a fait le trajet depuis l’Allemagne. 30h de vol et 12h de décalage horaire sont je pense un engagement qui mérite d’être noté. Je connaissais déjà Filip et j’étais vraiment heureux de passer à nouveau du temps avec lui. Filip est l’un des pratiquants les plus passionnés que je connaisse, extrêmement talentueux, ouvert d’esprit et c’est un véritable plaisir de pratiquer avec lui. Je connaissais également Gray qui était passé à HK récemment et ce stage m’a permis de passer plus de temps avec lui. C’était aussi l’occasion de rencontrer Liam et son équipe, sans compter tous les autres pratiquants. Je ne parlerai pas de tout le monde pour ne pas trop rallonger ce post, et aussi (surtout) par peur d’oublier quelqu’un.

Le dojo choisi pour la formation intensive était lui-même un part entière de l’expérience. Le Koru Dojo est certainement le plus beau dojo que j’ai vu, et son environnement direct (le bush, les cascades, etc.) lui donnent un caractère d’un autre monde. Suffisamment proche de la plage pour des entrainements en extérieur, avec aussi la possibilité d’aller faire Misogi sous les cascades pour ceux qui contrairement à moi survivent dans des milieux non tropicaux. Et puis évidemment il y a David et Hisae, les fondateurs et l’âme des lieux. Des gens d’une gentillesse et d’une humilité incroyable qui contraste avec leur parcours exceptionnel puisqu’ils ont été les élèves de Tohei et Shioda sensei et ont amené l’Aïkido en NZ il y a maintenant 50 ans.


Je conclurai ce long post en remerciant Filip pour le temps et l’énergie qui lui ont permis de faire de cette semaine un moment inoubliable. Une expérience fluide vient toujours d’un travail bien fait derrière la scène. Merci aussi à sensei et Rob pour leur enseignement, et à toutes les personnes qui sont venues pratiquer et échanger. De retour à Hong Kong, je me demande pourquoi je suis revenu de mon plein gré…

vendredi 11 novembre 2016

Qu’avez-vous appris aujourd’hui?

Publié à l’origine sur le site du Seishin Tanren Dojo en anglais.

Vous posez vous cette question régulièrement ? Je ne parle pas de se la poser de façon négative « mon dieu, ce cours était vraiment pourri, pourquoi est-ce que je suis venu ce soir… j’aurais mieux fait d’aller au bar avec les copains » mais plus d’un sain et positif « quels sont les éléments que je dois retenir de cette séance ? ». Si vous ne vous êtes jamais posé cette question, il est temps d’essayer. L’apprentissage d’un Budo/Bujutsu, comme n’importe quel apprentissage, demande du temps mais aussi un apprentissage actif. Venir en cours, faire quelques mouvements pendant une heure ou deux, rentrer chez soi et tout oublier jusqu’à la prochaine séance n’est pas un processus qui a fait ses preuves.

La première étape d’un apprentissage est d’apprendre à apprendre. Et cela requiert une réflexion active ainsi qu’une présence active pendant le cours.

Imaginons que vous veniez deux fois par semaine, pour un total de 3 heures. Quand pratiquez-vous ? Seulement quand vous faites les techniques ? Dans ce cas nous sommes déjà à la moitié du temps, un peu moins en enlevant l’échauffement, les démonstrations de l’enseignant et les temps morts. Vous devriez vous entrainer aussi en tant qu’Uke : comprendre comment le mouvement impacte votre corps, comment vous êtes déséquilibrés (ou non), comment vous pourriez revenir et contrer votre partenaire, et ce que Tori devrait faire pour ne pas vous le permettre.

Imaginons maintenant que vous soyez en nombre impair, que faites-vous ? Vous laissez votre esprit vaquer à ses occupations ? Vous pensez peut être a ce bon repas qui vous attend ? Encore une fois, c’est l’occasion d’apprendre. Mitori Geiko consiste à apprendre en regardant d’autres personnes pratiquer, mais regarder activement pas comme vous regarderiez la télévision le soir. Soyez actif. Asseyez-vous en seiza et regardez attentivement vos partenaires pratiquer. Comment sont les mouvements de Tori ? Dans le temps ? Se tient-il droit avec un corps connecté ? Ou Est-ce que sa tête part avant le reste du corps pour éviter le coup ? Comment gère-t-il la distance ? Est-ce qu’il est en position de contrôle d’un bout à l’autre ? Si oui, comment ? Si non, pourquoi ? Et quand vous êtes chez vous sans partenaires devant vous, rien ne vous empêche de faire la même chose en parcourant des vidéos sur YouTube.

Après le cours, allez-vous tout oublier jusqu’à la prochaine fois ? C’est possible. Mais est-ce que cela vous aidera à progresser ? Sans doute pas. Si votre temps sur le tapis est limité (et c’est compréhensible), vous voulez en utiliser chaque seconde, et utiliser votre temps hors du tapis pour repenser a ce qui s’est passé. Qu’est ce qui a marché ? Qu’est qui n’a pas marché ? Comment auriez-vous pu faire les choses différemment ? La visualisation est un outil fantastique que je ne saurais trop recommander.

Gardez aussi en tête que si la mémoire humaine a des capacités insoupçonnées, elle a aussi de grandes limitations, et c’est là qu’intervient la répétition espacée. La majeure partie de ce que vous apprendrez aujourd’hui sera oubliée demain, et à peu près l’intégralité d’ici le prochain cours. Comment progresser dans ces conditions ? Il n’y a pas de fatalité, vous devez simplement réviser par vous-même, ne serait-ce qu’en y pensant et en visualisant vos techniques. Commencez par essayer 5 minutes par jour et voyez comment ça se passe.

lundi 7 novembre 2016

Le Bujutsu, créateur de vie

Je pratique les Budo/Bujutsu depuis maintenant quelques années et comme on peut s’en douter mon approche a évolué au cours des années.

Lors de mes premières années de pratique, mon but principal était de « devenir fort », techniquement et physiquement. Je pratiquais relativement intensément, de manière assez dure et la condition physique était une grosse partie de ma pratique, en particulier le renforcement musculaire et le cardio, j’avoue avoir trop longtemps délaissé les étirements et j’en paie encore le prix aujourd’hui.

Je ne regrette pas ces années. Elles m’ont appris à me faire mal et à explorer mes limites tant physiques que mentales, une étape que je pense utile (mais pas forcément nécessaire) dans la pratique martiale.

Je me souviendrai toujours de Louis Mercier, au Tai Jitsu Club de Paris en 2005 après un randori me disant a peu de choses près : « c’est bien, c’est très bien même. Peut être juste un peu trop bon élève, trop propre sur toi. Lâche toi ». Je ne suis pas sûr d’avoir vraiment compris la portée de cette phrase à l’époque, qui m’avait plus surprise qu’autre chose. Aujourd’hui j’y repense en souriant alors que ma pratique parait certainement plus chaotique de l’extérieur mais qu’elle est devenue beaucoup plus vivante.

Vivante parce que si à l’époque je m’efforçais de reproduire les formes techniques le mieux possible (en bourrinant le plus souvent), je ne crois pas qu’il y avait de réel lien entre ce que j’étais et ce que je faisais. Aujourd’hui après plusieurs années à m’éloigner de l’aspect technique pour comprendre le cœur de la pratique et travailler à obtenir une certaine liberté du corps, j’ai l’impression d’être arrivé à l’opposé de cette phrase, en bougeant à travers des principes fondamentaux et non plus des points techniques (avec évidemment les limitations dues à mon niveau, mais c’est un autre sujet), comme si le carcan avait explosé et que j’avais retrouvé une certaine liberté. Si je crois que ma pratique de l’époque était profondément impersonnelle, je crois qu’aujourd’hui elle est au contraire très marquée et qu’elle a un gout particulier, quelque chose de personnel. Il existe de nombreuses façons d’aborder la pratique, mais je crois que quelle que soit la méthode choisie il est essentiel qu’ à un moment ou un autre le corps et l’esprit fonctionnent à l’unisson : la personnalité, le corps, la technique ne devant finalement que des émanations d’une seule et même chose.

J’explore cette phase avec passion même si le fait d’enseigner me force à me brider régulièrement pour proposer quelque chose de compréhensible à mes élèves et il est probable qu’elle dure de nombreuses années, tant je suis encore loin de comprendre toutes les subtilités que le corps humain permet. En revanche je suis déjà curieux de ce que serait la 3e phase de ce processus ? Une liberté totale de mouvement dans laquelle les techniques ne sont presque plus visibles ? Ou au contraire une apparence extérieure « propre » techniquement mais avec une totale liberté de mouvement à l’intérieur ?    

Bouger selon les principes mais rester compréhensible...

vendredi 21 octobre 2016

Let it go

La notion de "lâcher prise" fait partie de ces notions importantes en Budo/Bujutsu, tant pour Tori que pour Uke, et si c'est quelque chose que je n'ai compris que relativement tard j'essaie depuis quelques années de garder cette idée à une place centrale dans ma pratique et dans mon enseignement.

Mais si cette place est centrale dans mon enseignement, je ne crois pas avoir jamais vraiment insisté de façon claire dessus, en général glisser un mot comme "relâche ton coude" par exemple suffit à faire comprendre l'idée sans que je ne m'épanche dessus. Jusqu'à hier. Lors d'un travail sur Robuse (Ikkyo), j'ai été surpris de voir son bras fléchi et particulièrement surpris alors que je m'apprêtais à finir la technique par l'immobilisation. Pas tendu de manière que je qualifierais de volontairement active, dans un but de se protéger voire mieux de retourner la situation. Juste crispé, et pas forcément consciemment, ce qui avait pour conséquence que son corps était facile à contrôler, d'autant plus qu'il n'y avait pas particulièrement de présence "derrière" et relativement facile à blesser. Coincidence peut être, mais les blessures font partie de son quotidien...



La pratique moderne, et notamment sportive, encourage l'utilisation superficielle des muscles. Il faut être fort, puissant, faire preuve de Kime. C'est pourtant souvent au détriment de la sensibilité, arme essentielle contre des adversaires plus costauds que soi (et entre nous s'ils ne le sont pas, on se demande bien pourquoi le combat a lieu...). Cette utilisation superficielle des muscles va également à l'encontre d'une utilisation optimale du corps puisque les forces n'y circulent pas et qu'elle force à travailler "en local". Un bras relâché permet de transmettre la force du corps, un bras crispé ne transmet... que lui même, au mieux. Pour Uke la question est tout aussi essentielle, du moins si Uke cherche à pratiquer autant que Tori et pas seulement à lui servir de punching ball, je vous renvoie d'ailleurs à ce sujet à l'excellent article d'Alex Grzeg: "Budō et apprentissage: Ichi-go Ichi-e, « une rencontre, une chance". Un Uke qui sait correctement lâcher prise et relâcher ce qui est nécessaire pourra utiliser son corps dans son ensemble et non seulement la partie en contact pour renverser la situation, chose quasi impossible en étant crispé à moins d'avoir une force nettement supérieure à son opposant.

Lâcher prise dans la pratique martiale n'est pas l'équivalent d'un abandon, il ne s'agit pas de reconnaitre une quelconque défaite. Il s'agit avant tout de réaliser quelles sont les forces contre lesquelles il n'est pas utile de lutter, et quelles sont les éléments sur lesquels nous avons encore un contrôle et une influence.



lundi 17 octobre 2016

Stage avec Mitsuteru Ueshiba, le waka sensei de l’Aikido

A l’occasion du 45e anniversaire de la Hong Kong Aikido Association, Mitsuteru Ueshiba, actuel Hombu Dojocho et probable futur Doshu de l’Aikido est venu à Hong Kong donner un stage sur deux demi-journées.

Si j’ai mis en pause ma pratique de l’Aikido il y a quelques mois, je ne comptais pas rater cet évènement. D’une part parce que qu’en dépit des critiques parfois formulées sur Mitsuteru Ueshiba, cela m’amusait de pratiquer sous la direction d’un descendant d’O Sensei. Ensuite parce que ce genre d’évènement n’est pas nécessairement facile à organiser et qu’il me semble important de soutenir ces initiatives quand c’est possible.

Le weekend a commencé de la meilleure des façons avec une excellente surprise : une délégation du Shinjukai Aikido de Singapour a fait le trajet, avec à leur tête Philip Lee, 6e dan Shihan. J’avais eu beaucoup de plaisir lors du stage d’Aunkai chez eux en mai et c’était donc un réel plaisir de les revoir. Terry, qui avait organisé le stage en question et qui était venu à HK en mars pour le stage d’Aunkai était la également, l’occasion de pratiquer un  peu ensemble.

Techniquement je ne m’attendais pas à être enthousiasmé mais plutôt à avoir une pratique assez intense. Non que notre enseignant du weekend ne soit pas bon, mas tout simplement parce que son rôle comme celui de son père implique de ne pas sortir d’une certaine neutralité technique. Le travail s’est concentré sur les bases comme on pouvait s’y attendre, avec quelques explications et beaucoup de temps laisse à la pratique. Le dimanche j’ai pu passer la moitié du cours avec Terry, qui en a profité pour me demander comment je voyais ces techniques via le prisme Aunkai, une bonne occasion de tester mes idées avec lui et d’avoir quelques retours. J’ai pu aussi pratiquer un peu avec sa femme, que je ne connaissais pas encore, et qui est tout aussi sympathique que lui.




Malgré les divergences politiques qui existent entre les différents dojos d’Aikido de HK, j’étais content de retrouver l’espace d’un weekend tous mes camarades de jeu, aujourd’hui dispersés dans trois dojos. J’ai au final eu assez peu d’occasions de pratiquer avec eux, le monde n’aidant pas à repérer facilement les gens avec qui l’on veut travailler, mais nous avons au moins pu discuter un peu avant et après les cours.

Si l’aspect technique du stage n’était pas une surprise, j’étais plus curieux de voir la personnalité du jeune maitre, et j’avoue ne pas avoir été déçu. Contrairement à certaines divas, il s’est montre particulièrement sympathique, voire presque un peu timide a son entrée sur le tatami. Agréable, ne faisant pas attendre les élèves pendant des heures pendant le cours, il s’est avéré avoir beaucoup d’humour pendant le diner. On l’aura compris l’aspect humain est tout aussi important pour moi que l’aspect technique et les gens que je suis régulièrement sont tous des personne que j’apprécie, alors que je peux assez facilement me braquer sur la personnalité d’une personne, quand bien même il s’agirait d’un véritable génie martial. 


Ce fut définitivement un excellent weekend pour moi, l’accueil et l’organisation ont été parfaits et j’ai passé un très bon moment sur et en dehors des tatamis. Mon seul bémol serait que le Seishin Tanren dojo n’avait que deux représentants présents et que j’aurais aimé voir plus de gens de notre groupe profiter de l’occasion. Mais la plupart de nos membres étant nouveaux dans la pratique, je ne suis pas vraiment surpris, peut être la prochaine fois.