vendredi 11 novembre 2016

Qu’avez-vous appris aujourd’hui?

Publié à l’origine sur le site du Seishin Tanren Dojo en anglais.

Vous posez vous cette question régulièrement ? Je ne parle pas de se la poser de façon négative « mon dieu, ce cours était vraiment pourri, pourquoi est-ce que je suis venu ce soir… j’aurais mieux fait d’aller au bar avec les copains » mais plus d’un sain et positif « quels sont les éléments que je dois retenir de cette séance ? ». Si vous ne vous êtes jamais posé cette question, il est temps d’essayer. L’apprentissage d’un Budo/Bujutsu, comme n’importe quel apprentissage, demande du temps mais aussi un apprentissage actif. Venir en cours, faire quelques mouvements pendant une heure ou deux, rentrer chez soi et tout oublier jusqu’à la prochaine séance n’est pas un processus qui a fait ses preuves.

La première étape d’un apprentissage est d’apprendre à apprendre. Et cela requiert une réflexion active ainsi qu’une présence active pendant le cours.

Imaginons que vous veniez deux fois par semaine, pour un total de 3 heures. Quand pratiquez-vous ? Seulement quand vous faites les techniques ? Dans ce cas nous sommes déjà à la moitié du temps, un peu moins en enlevant l’échauffement, les démonstrations de l’enseignant et les temps morts. Vous devriez vous entrainer aussi en tant qu’Uke : comprendre comment le mouvement impacte votre corps, comment vous êtes déséquilibrés (ou non), comment vous pourriez revenir et contrer votre partenaire, et ce que Tori devrait faire pour ne pas vous le permettre.

Imaginons maintenant que vous soyez en nombre impair, que faites-vous ? Vous laissez votre esprit vaquer à ses occupations ? Vous pensez peut être a ce bon repas qui vous attend ? Encore une fois, c’est l’occasion d’apprendre. Mitori Geiko consiste à apprendre en regardant d’autres personnes pratiquer, mais regarder activement pas comme vous regarderiez la télévision le soir. Soyez actif. Asseyez-vous en seiza et regardez attentivement vos partenaires pratiquer. Comment sont les mouvements de Tori ? Dans le temps ? Se tient-il droit avec un corps connecté ? Ou Est-ce que sa tête part avant le reste du corps pour éviter le coup ? Comment gère-t-il la distance ? Est-ce qu’il est en position de contrôle d’un bout à l’autre ? Si oui, comment ? Si non, pourquoi ? Et quand vous êtes chez vous sans partenaires devant vous, rien ne vous empêche de faire la même chose en parcourant des vidéos sur YouTube.

Après le cours, allez-vous tout oublier jusqu’à la prochaine fois ? C’est possible. Mais est-ce que cela vous aidera à progresser ? Sans doute pas. Si votre temps sur le tapis est limité (et c’est compréhensible), vous voulez en utiliser chaque seconde, et utiliser votre temps hors du tapis pour repenser a ce qui s’est passé. Qu’est ce qui a marché ? Qu’est qui n’a pas marché ? Comment auriez-vous pu faire les choses différemment ? La visualisation est un outil fantastique que je ne saurais trop recommander.

Gardez aussi en tête que si la mémoire humaine a des capacités insoupçonnées, elle a aussi de grandes limitations, et c’est là qu’intervient la répétition espacée. La majeure partie de ce que vous apprendrez aujourd’hui sera oubliée demain, et à peu près l’intégralité d’ici le prochain cours. Comment progresser dans ces conditions ? Il n’y a pas de fatalité, vous devez simplement réviser par vous-même, ne serait-ce qu’en y pensant et en visualisant vos techniques. Commencez par essayer 5 minutes par jour et voyez comment ça se passe.

lundi 7 novembre 2016

Le Bujutsu, créateur de vie

Je pratique les Budo/Bujutsu depuis maintenant quelques années et comme on peut s’en douter mon approche a évolué au cours des années.

Lors de mes premières années de pratique, mon but principal était de « devenir fort », techniquement et physiquement. Je pratiquais relativement intensément, de manière assez dure et la condition physique était une grosse partie de ma pratique, en particulier le renforcement musculaire et le cardio, j’avoue avoir trop longtemps délaissé les étirements et j’en paie encore le prix aujourd’hui.

Je ne regrette pas ces années. Elles m’ont appris à me faire mal et à explorer mes limites tant physiques que mentales, une étape que je pense utile (mais pas forcément nécessaire) dans la pratique martiale.

Je me souviendrai toujours de Louis Mercier, au Tai Jitsu Club de Paris en 2005 après un randori me disant a peu de choses près : « c’est bien, c’est très bien même. Peut être juste un peu trop bon élève, trop propre sur toi. Lâche toi ». Je ne suis pas sûr d’avoir vraiment compris la portée de cette phrase à l’époque, qui m’avait plus surprise qu’autre chose. Aujourd’hui j’y repense en souriant alors que ma pratique parait certainement plus chaotique de l’extérieur mais qu’elle est devenue beaucoup plus vivante.

Vivante parce que si à l’époque je m’efforçais de reproduire les formes techniques le mieux possible (en bourrinant le plus souvent), je ne crois pas qu’il y avait de réel lien entre ce que j’étais et ce que je faisais. Aujourd’hui après plusieurs années à m’éloigner de l’aspect technique pour comprendre le cœur de la pratique et travailler à obtenir une certaine liberté du corps, j’ai l’impression d’être arrivé à l’opposé de cette phrase, en bougeant à travers des principes fondamentaux et non plus des points techniques (avec évidemment les limitations dues à mon niveau, mais c’est un autre sujet), comme si le carcan avait explosé et que j’avais retrouvé une certaine liberté. Si je crois que ma pratique de l’époque était profondément impersonnelle, je crois qu’aujourd’hui elle est au contraire très marquée et qu’elle a un gout particulier, quelque chose de personnel. Il existe de nombreuses façons d’aborder la pratique, mais je crois que quelle que soit la méthode choisie il est essentiel qu’ à un moment ou un autre le corps et l’esprit fonctionnent à l’unisson : la personnalité, le corps, la technique ne devant finalement que des émanations d’une seule et même chose.

J’explore cette phase avec passion même si le fait d’enseigner me force à me brider régulièrement pour proposer quelque chose de compréhensible à mes élèves et il est probable qu’elle dure de nombreuses années, tant je suis encore loin de comprendre toutes les subtilités que le corps humain permet. En revanche je suis déjà curieux de ce que serait la 3e phase de ce processus ? Une liberté totale de mouvement dans laquelle les techniques ne sont presque plus visibles ? Ou au contraire une apparence extérieure « propre » techniquement mais avec une totale liberté de mouvement à l’intérieur ?    

Bouger selon les principes mais rester compréhensible...

vendredi 21 octobre 2016

Let it go

La notion de "lâcher prise" fait partie de ces notions importantes en Budo/Bujutsu, tant pour Tori que pour Uke, et si c'est quelque chose que je n'ai compris que relativement tard j'essaie depuis quelques années de garder cette idée à une place centrale dans ma pratique et dans mon enseignement.

Mais si cette place est centrale dans mon enseignement, je ne crois pas avoir jamais vraiment insisté de façon claire dessus, en général glisser un mot comme "relâche ton coude" par exemple suffit à faire comprendre l'idée sans que je ne m'épanche dessus. Jusqu'à hier. Lors d'un travail sur Robuse (Ikkyo), j'ai été surpris de voir son bras fléchi et particulièrement surpris alors que je m'apprêtais à finir la technique par l'immobilisation. Pas tendu de manière que je qualifierais de volontairement active, dans un but de se protéger voire mieux de retourner la situation. Juste crispé, et pas forcément consciemment, ce qui avait pour conséquence que son corps était facile à contrôler, d'autant plus qu'il n'y avait pas particulièrement de présence "derrière" et relativement facile à blesser. Coincidence peut être, mais les blessures font partie de son quotidien...



La pratique moderne, et notamment sportive, encourage l'utilisation superficielle des muscles. Il faut être fort, puissant, faire preuve de Kime. C'est pourtant souvent au détriment de la sensibilité, arme essentielle contre des adversaires plus costauds que soi (et entre nous s'ils ne le sont pas, on se demande bien pourquoi le combat a lieu...). Cette utilisation superficielle des muscles va également à l'encontre d'une utilisation optimale du corps puisque les forces n'y circulent pas et qu'elle force à travailler "en local". Un bras relâché permet de transmettre la force du corps, un bras crispé ne transmet... que lui même, au mieux. Pour Uke la question est tout aussi essentielle, du moins si Uke cherche à pratiquer autant que Tori et pas seulement à lui servir de punching ball, je vous renvoie d'ailleurs à ce sujet à l'excellent article d'Alex Grzeg: "Budō et apprentissage: Ichi-go Ichi-e, « une rencontre, une chance". Un Uke qui sait correctement lâcher prise et relâcher ce qui est nécessaire pourra utiliser son corps dans son ensemble et non seulement la partie en contact pour renverser la situation, chose quasi impossible en étant crispé à moins d'avoir une force nettement supérieure à son opposant.

Lâcher prise dans la pratique martiale n'est pas l'équivalent d'un abandon, il ne s'agit pas de reconnaitre une quelconque défaite. Il s'agit avant tout de réaliser quelles sont les forces contre lesquelles il n'est pas utile de lutter, et quelles sont les éléments sur lesquels nous avons encore un contrôle et une influence.



lundi 17 octobre 2016

Stage avec Mitsuteru Ueshiba, le waka sensei de l’Aikido

A l’occasion du 45e anniversaire de la Hong Kong Aikido Association, Mitsuteru Ueshiba, actuel Hombu Dojocho et probable futur Doshu de l’Aikido est venu à Hong Kong donner un stage sur deux demi-journées.

Si j’ai mis en pause ma pratique de l’Aikido il y a quelques mois, je ne comptais pas rater cet évènement. D’une part parce que qu’en dépit des critiques parfois formulées sur Mitsuteru Ueshiba, cela m’amusait de pratiquer sous la direction d’un descendant d’O Sensei. Ensuite parce que ce genre d’évènement n’est pas nécessairement facile à organiser et qu’il me semble important de soutenir ces initiatives quand c’est possible.

Le weekend a commencé de la meilleure des façons avec une excellente surprise : une délégation du Shinjukai Aikido de Singapour a fait le trajet, avec à leur tête Philip Lee, 6e dan Shihan. J’avais eu beaucoup de plaisir lors du stage d’Aunkai chez eux en mai et c’était donc un réel plaisir de les revoir. Terry, qui avait organisé le stage en question et qui était venu à HK en mars pour le stage d’Aunkai était la également, l’occasion de pratiquer un  peu ensemble.

Techniquement je ne m’attendais pas à être enthousiasmé mais plutôt à avoir une pratique assez intense. Non que notre enseignant du weekend ne soit pas bon, mas tout simplement parce que son rôle comme celui de son père implique de ne pas sortir d’une certaine neutralité technique. Le travail s’est concentré sur les bases comme on pouvait s’y attendre, avec quelques explications et beaucoup de temps laisse à la pratique. Le dimanche j’ai pu passer la moitié du cours avec Terry, qui en a profité pour me demander comment je voyais ces techniques via le prisme Aunkai, une bonne occasion de tester mes idées avec lui et d’avoir quelques retours. J’ai pu aussi pratiquer un peu avec sa femme, que je ne connaissais pas encore, et qui est tout aussi sympathique que lui.




Malgré les divergences politiques qui existent entre les différents dojos d’Aikido de HK, j’étais content de retrouver l’espace d’un weekend tous mes camarades de jeu, aujourd’hui dispersés dans trois dojos. J’ai au final eu assez peu d’occasions de pratiquer avec eux, le monde n’aidant pas à repérer facilement les gens avec qui l’on veut travailler, mais nous avons au moins pu discuter un peu avant et après les cours.

Si l’aspect technique du stage n’était pas une surprise, j’étais plus curieux de voir la personnalité du jeune maitre, et j’avoue ne pas avoir été déçu. Contrairement à certaines divas, il s’est montre particulièrement sympathique, voire presque un peu timide a son entrée sur le tatami. Agréable, ne faisant pas attendre les élèves pendant des heures pendant le cours, il s’est avéré avoir beaucoup d’humour pendant le diner. On l’aura compris l’aspect humain est tout aussi important pour moi que l’aspect technique et les gens que je suis régulièrement sont tous des personne que j’apprécie, alors que je peux assez facilement me braquer sur la personnalité d’une personne, quand bien même il s’agirait d’un véritable génie martial. 


Ce fut définitivement un excellent weekend pour moi, l’accueil et l’organisation ont été parfaits et j’ai passé un très bon moment sur et en dehors des tatamis. Mon seul bémol serait que le Seishin Tanren dojo n’avait que deux représentants présents et que j’aurais aimé voir plus de gens de notre groupe profiter de l’occasion. Mais la plupart de nos membres étant nouveaux dans la pratique, je ne suis pas vraiment surpris, peut être la prochaine fois.

vendredi 14 octobre 2016

Choisir un Uke pour une démonstration

Ce week-end, la Hong Kong Aikido Association reçoit Mitsuteru Ueshiba, l’actuel Waka sensei de l’Aikido. Si je ne pratique plus réellement l’Aikido de façon régulière et que le style de celui qui est amène à devenir le Doshu de la discipline n’est pas celui qui me parle le plus, je me voyais difficilement passer à côté de l’occasion, d’autant qu’il me semble important de soutenir le travail de ceux qui font l’effort de faire venir des enseignants. 

M’inscrivant en tant que membre du Seishin Tanren Dojo, il m’a été proposé de participer à l’Embukai ainsi qu’au diner de bienvenue. J’ai bien entendu accepté l’invitation à diner (j’aime manger), mais j’ai malheureusement du décliner la participation au Embukai, faute de Uke de qualité disponible.

Une démonstration se prépare, au moins un minimum. Si dans mon cas il s’agit en général du strict minimum puisque mes démonstrations passées se sont faites avec des Uke ne connaissant pas l’école et que je rencontrais la veille, j’ai jusqu’à présent toujours eu la chance d’avoir des Uke capables de recevoir un minimum. Il a parfois fallu se brider pour éviter les accidents, et éviter un certain  nombre de choses, mais il était possible de s’en tirer. Cette fois malheureusement une seule de mes élèves se rendra au stage, et il est assez clair qu’elle n’est pas prête à prendre l’Ukemi dans un contexte moins « protégé » que celui du cours. Car un cours est de fait « protégé » dans le sens où il est facile pour l’enseignant d’adapter sa technique au niveau de l’élève. En allant doucement, en proposant des étapes pour la chute, en retenant la technique, etc.  Une démonstration se doit en revanche d’amener quelque chose aux spectateurs, une vue sur un produit « fini ».

Le rôle d’Uke dans une démonstration est pour moi essentiel. Probablement plus que celui de Tori, même si celui-ci en retire toute la gloire. Mais imaginez une démonstration de Christian Tissier sur un débutant… la fluidité, la dynamique du mouvement risquent d’en prendre un coup. Non pas que Christian Tissier ne puisse pas passer ses techniques sur un débutant, mais tout simplement que le débutant ne soit pas capable de recevoir l’intensité proposée sans risque. Au contraire, je crois qu’un excellent Uke peut réussir à faire passer un pratiquant moyen pour bien meilleur qu’il n’est.



 Mais revenons sur cette démonstration en particulier. Mon dojo comprend moins d’une quinzaine de membres, la plupart ayant commencé très récemment, et la pratique proposée. Que l’on parle d’Aunkai ou de Nihon Tai Jitsu est confidentielle à Hong Kong. Je suis évidemment convaincu que présenter notre pratique à un public plus large ne peut qu’être bénéfique. Mais je suis tout autant convaincu que cela ne doit se faire que dans des conditions permettant de proposer quelque chose de décent. C’est le cas à Kyoto même si les conditions sont loin d’être idéales (partenaire inconnu découvrant l’école et les sutemi, 15 min de préparation). Ca n’est pas le cas ici, en tout cas pas cette fois.

mardi 20 septembre 2016

Stage à Perwez (Belgique) - 4/5 février 2017

J'ai déjà dit tout le bien que je pense de mes amis du dojo Budokan Kazoku. Suite à notre première rencontre l'an dernier nous avons évidemment gardé contact et c'est avec un immense plaisir que je me rendrai chez eux cette année pour un stage de deux jours. Un format que j'affectionne particulièrement parce qu'il me permet d'aller beaucoup plus en profondeur.

Ce stage est évidemment comme toujours ouvert à tous, pratiquants ou non de Nihon Tai Jitsu et j'espère avoir l'occasion d'y croiser bon nombre de mes amis belges.


dimanche 18 septembre 2016

Stage à Nort sur Erdre (44) - 14/15 janvier 2017

Je me rendrai au NAC Hapkido en janvier pour la 4e année consécutive, l'occasion de retrouver Romain, ses élèves et les habitués qui font maintenant le déplacement depuis 2013. Nort sur Erdre est devenu pour moi un rendez vous incontournable, un de ses moments qui rythment mon année et ma pratique. Chaque passage est l'opportunité de valider mes recherches de l'année, d'expérimenter et de trouver de nouvelles pistes, mais aussi de voir à quel point Romain et ses élèves progressent rapidement, une motivation de plus pour s'entrainer sérieusement pendant l'année pour ne pas être complètement dépassé le jour du stage.