lundi 17 septembre 2018

YASHIMA - Le numéro 2 à l’impression!

Si vous lisez ce blog, vous connaissez déjà Yashima, LE magazine sur le Japon et ses arts martiaux. Vous avez peut-être même déjà eu le premier numéro entre les mains. Dès l’annonce de sa sortie, Yashima a prouvé que c’était un magazine qui était attendu. La campagne de financement participatif sur Ulule a dépassé les 200% et les retours sur la qualité de ce premier numéro ont été unanimes.

Mais un projet comme Yashima se construit dans le temps, et ce numéro 2 est déjà attendu impatiemment. Si c’est une charge importante, qui explique aussi que j’ai eu moins de temps récemment pour écrire ici, c’est aussi une joie de savoir que le temps passé à produire ce magazine apporte quelque chose à la communauté.




Si vous lisez ce blog, vous êtes certainement intéressés par les sujets que j’y traite ou par les disciplines que je pratique. Et dans ce cas, le numéro 2 de Yashima ne peut que vous intéresser.

Richard Folny nous parle du Hyōshi

Richard est l’un des plus grands pratiquants du Nihon Tai Jitsu. Chercheur infatigable, il est également l’auteur d’un DVD chez Imagin’Arts sur les concepts du Nihon Tai Jitsu. DVD qui reste pour moi à ce jour le plus intéressant et le plus profond sur la discipline.

Richard est non seulement un pratiquant brillant, il est également un grand théoricien, je suis donc enchanté qu’il ait répondu favorablement à notre invitation à écrire pour Yashima. Dans ce numéro 2, il couvrira la notion de rythme, hyōshi, dans la suite et fin du thème central. Pour ceux qui connaissent Richard, et je pense notamment à mes amis d’Aquitaine, vous savez que c’est un thème qui l’intéresse particulièrement et vous imaginez donc à quel point cet article peut être intéressant.

Rencontre avec Akuzawa Minoru  

Je suis l’enseignement d’Akuzawa sensei, le fondateur de l’Aunkai depuis plus de huit ans, et c’est une pratique qui a profondément changé ma vie. Lors de l’un de mes séjours récents à Tokyo, j’ai proposé à sensei un entretien pour parler de la création de cette méthode unique en son genre.


Ce ne sont là que deux articles parmi tant d’autres et je peux vous garantir que si vous avez aimé le premier numéro, vous aimerez le deuxième au moins autant!


ABONNEZ-VOUS

Pour que le projet perdure, il faut évidemment qu’il ait des lecteurs. Si le magazine est disponible en kiosques dans toute la France, je vous conseille malgré tout de vous abonner et ce pour deux raisons:
  1. Les frais de port sont offerts en France métropolitaine, vous n’avez donc rien à perdre à vous abonner, et vous éviterez de courir partout pour le trouver
  2. La version exclusive n’est disponible que sur abonnement. Cette version est imprimée sur un papier très haut de gamme, avec une couverture semi-rigide, un format idéal pour mettre en valeur un contenu de qualité. Elle contient aussi 12 pages de plus, ce qui signifie de nombreuses photos exclusives des maitres que nous rencontrons, mais aussi du contenu exclusif! Dans ce numéro c’est un article sur le célèbre Takuan Soho qui vous sera proposé et qui ne sera disponible que dans cette version.
 

mardi 14 août 2018

Maul Mornie à Hong Kong, juillet 2018

J’ai dit à de nombreuses reprises, y compris dans des interviews à quel point Maul Mornie, le fondateur du SSBD pouvait être une inspiration pour moi tant martialement qu’humainement d’ailleurs. Malgré cela, cela faisait déjà 8 années que je n’avais pas eu le plaisir de pratiquer sous sa direction. C’est donc avec un plaisir non dissimule que j’ai retrouvé Maul et sa pratique.

Je regarde les vidéos de Maul très régulièrement parce que j’apprécie particulièrement sa façon de bouger et le naturel qui s’en dégage, derrière l’apparente complexité des techniques réalisées. Cette complexité technique n’est pour moi qu’apparente, et je suis convaincu depuis des années que sa pratique s’articule autour de quelques points essentiels, et que le reste est à la limite de l’improvisation le jour du stage.

Et quel plaisir de voir que la pédagogie de Maul est passée a un niveau supérieur et qu’il présente aujourd’hui sa méthode de façon simple, accessible et systématique. Systématique oui car le SSBD est bien un système au sens le plus strict du terme. A un moment du stage Maul nous a précisé « si vous avez une solution par problème, vous êtes un très mauvais ingénieur. Une bonne solution est utilisable pour plusieurs problèmes ».

Comment cela se présente-t-il pédagogiquement ?

Maul nous a d’abord fait pratiquer trois attaques de base au couteau, sur un partenaire à distance de lame, et en exagérant les armés. C’est ce qu’il appelle les points de référence : pendant que mon partenaire travaille son attaque, j’apprends à quelle distance il peut me toucher, et comment ses épaules bougent lorsqu’il arme, me permettant d’apprendre à lire ses attaques.

Puis nous sommes passés aux défenses, trois mouvements de bras également, d’abord sur place puis en ajoutant les déplacements, le tout sous forme de drills et comprendre la base du travail. Si le drill n’est évidemment pas la réalité du combat, il permet de travailler certains éléments clés qui seront nécessaires par la suite.

Ce travail a duré toute la première matinée, c’est-à-dire trois heures. Pas négligeable mais les détails étaient nombreux et Maul a fait en sorte d’amener chaque pratiquant dans la salle à comprendre les bases les plus essentielles de son travail pour que le reste soit compréhensible. Il n’avait jamais fait ça dans mes stages précédents avec lui, et j’ai trouvé l’approche vraiment remarquable.

Le jour et demi qui ont suivi ont été construits intégralement sur ces quelques points. Aucun autre mouvement de bras n’a par exemple été ajoute et ce avec de très nombreuses défenses sur couteau ou coup de poing. Plus qu’il n’est possible de se remémorer après un week-end, et peu importe car ce qui compte c’est vraiment de comprendre ces bases.

Un véritable jeu d’échecs

La pratique de Maul est un véritable jeu de stratégie et c’est probablement quelque chose que l’on ne peut pas comprendre sans avoir été en face de lui. Deux éléments m’ont particulièrement marque de ce point de vue :

  •   Le travail de base propose permet à Maul de travailler en profondeur sa lecture de son adversaire. Il sait très tôt d’où viendra l’attaque, ce qui donne l’impression qu’il a toujours un temps d’avance. On me dira que si l’adversaire sait dissimuler son attaque, ce ne serait pas aussi facile à faire, et c’est vrai. Maul précise cependant que (au moins dans les premiers niveaux) l’on apprend à gérer un mec « normal » dans une situation de self-défense, pas quelqu’un qui manie le couteau depuis ses 5 ans sur l’ile de Java
  •   Chaque technique utilisée offre deux options à l’adversaire : mourir maintenant ou mourir le coup suivant. Il est impossible de bloquer toutes les opportunités de contre avec une technique parfaite. Partant de ce constat, Maul offre systématiquement UNE opportunité de contre particulièrement visible, qui de fait éclipse toutes les autres possibilités qui ne semblent pas aussi bonnes. Sauf que c’est évidemment un piège tendu, dans lequel nous tombons le plus souvent avec une facilite déconcertante…

Minute culture

Maul s’efforce dans ses stages comme sur le net de partager sa culture, et des éléments contextuels pour comprendre sa pratique et les arts martiaux du Brunei de façon plus large. A l’heure où de nombreux pratiquants ne comprennent pas ce qu’ils pratiquent et pourquoi, ce sont des explications qui n’en sont que plus appréciables.

  

J’ai passé un excellent week-end et je peux dire sans hésiter une seconde que c’est le stage pendant lequel j’ai le plus rigolé en 20 ans de pratique. Et ce même si Maul a sauté sur ma main, me cassant un doigt en route. Je suis impatient de l’avoir à nouveau parmi nous.

samedi 21 juillet 2018

Visite du Yoseikan Budo Taiwan

Le Yoseikan Budo est une discipline cousine du Nihon Tai Jitsu, et un art dont je suis particulièrement curieux depuis de nombreuses années. J’avais d’ailleurs eu l’occasion lorsque je vivais encore en France de me rendre à plusieurs stages d’Hiroo Mochizuki.

Au même titre que le Nihon Tai Jitsu, le Yoseikan Budo est relativement peu présent en Asie, et il est évidemment inconnu à Hong Kong. Il est pourtant présent à Taipei depuis près de 20 ans ! J’ai donc profité d’un passage à Taipei pour me rendre au Yoseikan Budo Taiwan et découvrir une nouvelle pratique et de nouveaux pratiquants. C’était ma première fois au dojo de Taipei, que j’avais découvert l’an dernier en voyant José Perez (proche d’Hiroo Mochizuki et enseignant de Richard Folny en Yoseikan Budo) y passer quelques semaines, ce qui m’a semblé un signe plutôt encourageant. J’ai contacté Kevin, l’enseignant principal la veille qui a très gentiment accepte ma demande et a prévenu son assistant qui dirigeait le cours du samedi, lui-même ne pouvant malheureusement pas être là.

Le Yoseikan Budo est une discipline qu’on pourrait qualifier d’ « open source ». Ouverte sur le monde et les autres disciplines, toujours en mouvement. Elle a d’ailleurs en son cœur un laboratoire de recherche qui lui permet de continuer à évoluer, chose que grand nombre d’écoles devraient à mon humble avis essayer de répliquer.

Ne connaissant pas du tout le quartier, je suis arrivé très en avance. J’ai en réalité trouve le dojo en seulement quelques minutes, dans une petite rue, clairement indiqué par un signe Yoseikan Budo visible de loin. En m’approchant j’ai découvert un dojo sur deux étages avec une petite salle en haut agrémentée de quelques iaito et d’une salle plus grande au sous-sol dans laquelle se déroulent les cours. Loin d’être un dojo ultra-moderne et flambant neuf, le Yoseikan Budo Taiwan est un dojo qui a une âme, un peu comme son grand frère de Shizuoka finalement.



Le cours a commencé par un échauffement reposant sur des mouvements au sol de type Animal Flow, des exercices pas forcement évidents mais qui permettent tout à la fois de mieux gérer notre corps dans l’espace tout en le renforçant. Nous sommes ensuite passés à des exercices avec partenaire(s) pour travailler sur les notions de timing, distance et conscience de l’espace qui nous entoure. D’abord avec un seul partenaire en essayant de se toucher mutuellement les épaules puis les jambes, sans bloquer mais en essayant au mieux d’esquiver. Puis tous ensemble, un gant de boxe posé sur une main, et en cherchant à maintenir le gant tout en faisant tomber ceux des autres.

J’ai véritablement apprécié cette partie pour plusieurs raisons. Déjà parce qu’elle est ludique et que je ne crois pas qu’il soit nécessaire de pratiquer de manière austère pour progresser. Je crois au contraire qu’on progresse d’autant plus vite qu’on passe un bon moment. Ensuite parce que je crois que le conditionnement physique est d’une importance capitale. Si je reste convaincu que les méthodes d’utilisation du corps permettent d’atteindre des capacités hors du commun, je ne crois pas que ce soit le seul moyen d’obtenir des résultats. Construire un corps fort et souple, sans même parler de capacités internes, est je pense un prérequis nécessaire à n’importe quelle activité martiale et le Yoseikan Budo l’a très bien compris. J’ajouterais qu’il est probable qu’un plus grand nombre de personnes arrivent à développer ce type de corps qu’un corps du type de ceux d’Akuzawa sensei ou Kuroda sensei pour ne citer qu’eux.

Nous sommes ensuite passés aux projections. Le cours du samedi auquel j’ai participé est normalement prévu pour les femmes et les débutants, nous travaillons donc les projections de base : o soto gari, tai otoshi, mais aussi des choses plus avancées, avec un travail progressif depuis le kumikata.

Un grand nombre de projections plus tard, nous passons à des randori souples, également axés sur les projections. Une dizaine de minutes de randori plus tard, il est temps de… passer à des exercices de type HIT (high intensity training) ! Vous pensiez que les randori indiquaient la fin du temps règlementaire ? Moi aussi ! Eusebius a donc mis en place un petit parcours avec six exercices différents pour faire travailler la puissance des hanches, des jambes, du haut du corps, l’explosivité des poings et des pieds ou encore l’équilibre. Un panel large mais équilibré.

C’est enfin la fin, il est temps de s’étirer et chacun d’entre nous compte jusqu’à dix, en essayant à chaque nouvel exercice de compter dans une nouvelle langue, international oblige.

J’ai passé un excellent moment avec Eusebius et les élèves présents ce jour-là. Mon seul regret, ne pas avoir pu rester un peu plus longtemps pour participer aux cours avancés du mardi !
 


samedi 7 juillet 2018

Un pied devant l’autre, tout simplement

Cet article est initialement paru dans "Dragon spécial Aikido" numéro 20 en Avril 2018.


Quand on pense déplacements en Aikido, on pense immédiatement aux Tai Sabaki, et notamment Irimi et Tenkan, qui forment la base de la discipline. Et pourtant avant de passer aux déplacements propres à la discipline, il semble important de revenir encore un pas en arrière et de comprendre tout simplement… comment marcher.

La marche est l’une des activités les plus basiques pour l’homme. Le corps humain n’est pas conçu pour rester statique, mais au contraire pour être en mouvement. Si vous doutez de cette affirmation, réfléchissez à ce que vous pensez le plus facile entre rester debout totalement immobile pendant une heure ou au contraire marcher pendant une heure…

La marche n’est pas non plus anodine et il est toujours intéressant de regarder les plus grands adeptes et la façon dont ils se déplacent. Comment prennent-ils le contact avec le sol? Leurs pas sont-ils lourds ou légers? Poussent-ils dans le sol ou utilisent-ils une autre mécanique pour se avancer? Que fait leur centre de gravité? Et comment transfèrent-ils le poids de leur corps? A titre personnel je suis convaincu qu’il n’y a pas une seule et unique manière de faire, mais que la manière choisie a nécessairement un impact fort sur le reste de la pratique et qu’il nous faut donc être cohérent dès les premiers pas. Difficile de réconcilier les façons de marcher de certains des plus grands adeptes contemporains et pour être honnête je ne crois pas que ça soit nécessaire de le faire.

Augmenter sa conscience corporelle

L’un des premiers buts de la pratique martiale est d’augmenter considérablement notre conscience corporelle. Bien sûr le but ultime est la survie et la maîtrise de l’adversaire, mais pour contrôler le corps d’une tierce personne, il faut déjà être capable de contrôler plus ou moins correctement le sien. Ce qui différencie à mon avis les plus grands adeptes des pratiquants lambda tient souvent à la facilité avec laquelle ils exécutent leurs mouvements, leur maitrise des fondamentaux. C’est vrai pour les pratiques martiales mais également pour n’importe quelle activité reposant sur le corps. Mon enseignant de technique Alexander prenait pour exemple Cristiano Ronaldo en football et Roger Federer en tennis, deux des plus grandes stars de leurs sports respectifs. Et effectivement en les regardant bouger on peut remarquer à quel point ils gèrent mieux leur corps que la moyenne. C’est particulièrement visible si on regarde comment ils équilibrent leur tête. A noter qu’il ne s’agit pas forcément chez eux de quelque chose de conscient ou d’acquis, mais probablement plus de qualités innées qui leur ont permis d’atteindre le plus haut niveau. Mais pour nous autres simples mortels, il n’est pas interdit de revenir sur les bases et d’essayer de corriger nos erreurs si petites soit elles pour se rapprocher de cette facilité naturelle des grands adeptes.





Ce qui différencie les plus grands adeptes tient souvent à la facilité avec laquelle ils exécutent leurs mouvements



Lors de ses premiers pas sur le tatami, le débutant a rarement une grande compréhension de son corps et de la façon dont il doit le gérer dans l’espace. Bien sûr il avait une vie avant la pratique et on peut imaginer qu’il marche depuis son plus jeune âge mais probablement de manière peu consciente. La pratique de l’Aikido ou de n’importe quelle discipline martiale doit permettre d’affiner cette compréhension, et elle le fait, dans une certaine mesure. Dans une certaine mesure seulement parce que la pratique martiale propose un travail plus complexe que ces bases, du moins en apparence et encourage facilement la mise en avant de l’ego. Qui d’entre nous n’a pas essayé d’amener son partenaire au sol à tout prix au détriment de l’intégrité de sa propre structure? L’équilibre qui part, l’épaule qui monte pour passer en force, la tête mal équilibrée, j’en passe. Le travail technique est évidemment utile, mais a l’inconvénient de pouvoir nous faire facilement perdre de vue le travail de fond qui est proposé.

Certaines écoles au contraire, notamment parmi les arts internes se concentrent fortement sur ces bases: se tenir debout, marcher, s’asseoir. Chez les japonais on pensera notamment à l’Aunkai qui a fait de ces trois éléments son credo mais en regardant par exemple du côté des arts chinois on remarque l’importance essentielle de la marche dans la pratique. Le Bagua est par exemple célèbre pour ses exercices de marche en cercle autour d’un arbre, alors que les cours de Tai Chi commencent généralement par des exercices de marche latérale au ralenti permettant au pratiquant de prendre conscience de ses appuis, de sa posture et des muscles mis en action pendant la marche.

La pose du pied

Marcher demande la mise en action d’un grand nombre de parties du corps et il est évidemment impossible de les décrire tous dans un simple article. Mais parmi eux l’utilisation des pieds, seuls points de contact entre le corps et le sol, revêt une importance primordiale.

Ici encore il existe de nombreuses façons de faire, liées aux choix de pratique. On peut par exemple choisir de poser le talon en premier et de “dérouler” le pied jusqu’à la pointe, ou au contraire de poser l’avant du pied en premier, parfois même en ne posant pas le talon au sol du tout. Dans mon cas je favorise une pose du pied à plat au maximum, façon de faire qui est en revanche plus difficile à mettre en place avec des chaussures dès lors que celles-ci ont un talon légèrement surélevé. Je privilégie d’ailleurs les chaussures de type “barefoot” pour cette raison.

La pose du pied a des conséquences immédiates sur la façon d’utiliser le corps. En marchant sur la pointe des pieds par exemple, les mollets sont de fait plus engagés, et de manière générale la ligne arrière du corps. De cette manière il est possible de pousser dans le sol plus rapidement et de jouer sur une certaine explosivité, qui explique notamment pourquoi c’est la méthode la plus utilisée dans les sports de combat. Se tenir debout avec le poids sur l’avant des pieds rend en revanche plus difficile d’utiliser sa structure et son squelette de manière optimale, et demandera par exemple plus d’effort et de temps pour changer de direction. Ce n’est pas un souci dans les sports de combat, mais cela peut l’être dans un contexte plus ouvert ou les adversaires peuvent être plus nombreux. On imagine aisément que le contexte 1 contre 1 de la boxe pendant quelques rounds n’a pas le même cahier des charges qu’à 200 contre 200 sur un champs de bataille pendant plusieurs heures.

Au contraire, le pied à plat permet de mieux utiliser sa structure corporelle en laissant le poids du corps tomber naturellement dans le sol. Logiquement en se tenant debout, le corps humain est conçu de telle sorte que le poids devrait tomber plus ou moins dans les pieds à la hauteur de la malléole, s’il tombe plus en avant ou en arrière, un certain nombre de chaines musculaires devront être engagées pour compenser.


Générer le mouvement

La pose du pied n’est qu’un des nombreux éléments à considérer pendant la marche, et le deuxième élément primordial à mon avis est la façon dont le mouvement est généré. Encore une fois les choix sont nombreux et ont des implications directes sur la pratique. Pour se donner une idée de la diversité des choix possibles, il suffit d’ailleurs de regarder les gens marcher dans la rue et d’observer quels sont les muscles engagés et quelles conséquences cela a sur la démarche générale de la personne. Les méthodes utilisées par chaque individu diffèrent suffisamment pour que l’on soit souvent capable de reconnaitre un ami de loin, juste à sa démarche. Je me souviens d’ailleurs d’une journée d’hiver à Tokyo où j’attendais Akuzawa sensei et j’essayais de le repérer au loin  en regardant toutes les personnes marcher dans le parc emmitouflées dans leur manteau. Je l’ai reconnu sans hésitation, à une distance qui ne permettait de reconnaitre aucun détail physique, tant sa façon de marcher est unique.

Ne pas pousser dans le sol et gérer son centre de gravité sont les deux points sur lesquels j’insiste le plus quand je présente ma façon de marcher à des pratiquants. Les deux sont d’ailleurs liés et j’aime proposer l’exercice suivant, très facile à mettre en place, pour le comprendre. Par deux, l’un des pratiquants marche, de façon naturelle, vers l’avant. Pendant la marche, son partenaire le pousse dans le dos, ce qui provoque généralement une perte d’équilibre suivi d’un rattrapage. Puis on retente la même expérience mais cette fois en faisant marcher le partenaire vers l’arrière et en le poussant au niveau du torse. Le résultat est bien différent et l’équilibre est cette fois préservé. Cette différence est en réalité fort simple à expliquer. Nos genoux et nos chevilles sont conçus pour aller seulement dans une direction. Lorsque l’on marche vers l’avant, on a naturellement tendance à pousser dans le sol, ce qui a pour effet de faire monter et descendre notre centre de gravité à chaque pas. Cette poussée est plus difficile en marchant vers l’arrière, et le mouvement est donc généré plus facilement depuis les hanches, alors que le dos reste droit et que le centre de gravité se déplace linéairement vers l’arrière. Moralité: marchez l’avant comme si vous marchiez vers l’arrière.




La marche diffère naturellement selon si l’on va vers l’avant ou vers l’arrière


Parmi les kunren de l’Aunkai, “walking maho” est l’un des exercices les plus connus. Paumes contre paumes, les deux pratiquants se font face, l’un avance et l’autre recule, fournissant un retour d’information à son partenaire. Si l’on prend l’exemple d’une personne poussant dans le sol pour avancer, le retour d’information est immédiat puisque la force se transmet dans ce cas du pied arrière de la personne qui avance au pied arrière de la personne qui recule, et donc directement dans le sol, rendant particulièrement simple la nullification de la force. Il devient alors utile de chercher une autre approche pour se déplacer. L’une d’entre elles consistant à faire glisser le pelvis vers l’avant et vers le bas, ou autrement dit de… tomber depuis le pelvis. Quand on y réfléchit un peu, qu’est ce que marcher sinon tomber d’un pas sur l’autre  et se rattraper à l’aide des jambes? A l’inverse on peut également choisir de faire démarrer la marche en venant “tirer” le menton.

Un travail sans fin d’introspection

Les éléments présentés ci-dessus sont volontairement réducteurs car il faudrait écrire des volumes pour décrire précisément toutes les actions mises en place corporellement lors d’un déplacement utilisant une méthode corporelle parmi un grand nombre d’autres. Tout au mieux ces éléments peuvent être des premières pistes de réflexion pour aborder le sujet de la marche et par extension de tous les déplacements. “Connais-toi toi même” peut-on voir écrit sur le temple de Delphes. Cette citation vieille de plusieurs milliers d’années est toujours d’actualité pour la pratique martiale, et je ne peux que vous encourager à observer votre façon de vous tenir et de vous déplacer. C’est un travail sans fin, simple à mettre en place et faisable en tout lieu et en chaque instant. Le travail d’une vie et la base d’une pratique plus richer et plus profonde.

samedi 16 juin 2018

Yashima, le trimestriel des Budoka

Yashima est le premier magazine spécialisé sur la culture et les arts martiaux japonais. Initié par Léo Tamaki, il a pour vocation d’apporter un contenu de qualité aux pratiquants passionnés par l’archipel et ses pratiques martiales.


 

LA GENESE D’UN PROJET

Quand Léo m’a proposé de rejoindre le projet, ses contours étaient déjà bien définis. Un magazine haut de gamme, tant dans la qualité de son contenu, que dans le papier choisi et le design, qui répond à une demande des plus passionnés d’entre nous.

Je pratique depuis maintenant deux décennies. C’est évidemment peu en comparaison de beaucoup de mes aînés, mais suffisant pour avoir eu le temps de parcourir avidement un très grand nombre d’ouvrages, magazines, blogs, forums et vidéos sur le sujet, sans compter mes très nombreux séjours dans l’archipel. A mes débuts, je me ruais régulièrement sur les derniers magazines d’arts martiaux disponibles, mais ceux-ci ne m’ont que trop rarement comblé. Trop vastes parfois, trop superficiels souvent, et s’adressant à un public sans doute plus attiré par le spectaculaire.

Le Japon est un pays à part, c’est un fait difficile à nier. C’est le cas de ses arts martiaux, de sa gastronomie, mais aussi de sa culture au sens large. Nombreux parmi nous écument les blogs et les ouvrages spécialisés à la recherche d’informations de qualité, d’entretiens avec des adeptes du plus haut niveau, des avis d’experts, ou encore des informations sur l’histoire de l’archipel en lien avec nos pratiques, et Yashima est là pour répondre à cette demande.

C’est tout simplement le magazine auquel j’aurais voulu avoir accès ces vingt dernières années, et c’est donc avec beaucoup d’enthousiasme que j’ai accepté de participer au projet et de prendre la charge de rédacteur en chef.






LE CONTENU


Le contenu sera donc de qualité et se concentrera sur le Japon et ses arts martiaux. Mais encore ?
Chaque numéro contiendra les rubriques suivantes :

Le grand entretien

Une interview fleuve avec une légende du monde martial

Calligraphie

Une calligraphie commentée de Pascal Krieger

Histoire des arts martiaux

La présentation d’une école ou d’une discipline martiale

Thème central
Un sujet traité par cinq ou six experts issus de différentes disciplines martiales

Personnage historique
Légendes des arts martiaux, daimyo, moines, cette section présentera les personnes qui ont compté dans l’histoire du Japon

Rencontres
Des interviews avec les plus grands adeptes de notre époque

A découvrir
Agenda culturel, nouveautés, mais aussi incontournables et œuvres cultes

Spiritualité
Religions et pratiques spirituelles de l’archipel

Santé
Interviews de praticiens et présentation de méthodes de santé

Voyage
Découverte d’une ville à travers son histoire et ses attractions  mais aussi ses liens avec le passe martial de l’archipel

Gastronomie
Interviews de grands chefs japonais installés en France ou de chefs français inspirés par le Japon

Histoire
Eclairage sur une période ou un évènement fort de l’Histoire japonaise

Lexique
Un glossaire répertoriant et expliquant tous les termes importants






Pour développer ce contenu, je suis entouré par une équipe de choc, tous passionnés du Japon et pratiquants d'arts martiaux. Photographes, journalistes, adeptes de haut niveau, blogueurs, réunis autour d'un projet commun. Alors que le premier numéro est en train d'être finalisé, je peux déjà vous dire à quel point je suis heureux que la qualité soit déjà au rendez vous et je n'ai pas de doute que vous aurez autant de plaisir que moi à feuilleter les pages de Yashima.

YASHIMA A BESOIN DE VOTRE SOUTIEN


Lancer un projet de cette ampleur demande des fonds. Si je crois très profondément que Yashima a une réelle utilité et un rôle à jouer dans le monde francophone des arts martiaux, ce projet ne pourra se pérenniser que grâce à ses lecteurs.

Vous pouvez dès aujourd’hui nous soutenir et vous pré-abonner via la plateforme de crowdfunding Ulule. Vous pouvez non seulement vous abonner dès maintenant mais aussi recevoir les magnifiques contreparties que nous vous avons préparées, qu'il s'agisse de places VIP pour la NAMT, de DVDs, ou de Tenugui et Furoshiki "Yashima" fabriqués spécialement pour l'occasion.

Ces fonds nous aideront nous seulement à pérenniser le projet et à continuer à vous fournir un magazine du plus haut niveau chaque trimestre, mais également à :
  • Produire encore plus de contenu original avec des photos exclusives
  • Augmenter le  nombre de pages de Yashima (la version « Classic » sera de 88 pages et disponible en kiosque, alors qu’une version « Exclusive » de 96 pages avec des photos originales et une couverture semi-rigide sera disponible sur abonnement)
  • Financer le site internet qui proposera un contenu complémentaire à celui du magazine

Le premier numéro sortira en kiosques fin juin, et sortira ensuite chaque trimestre, au début de l’automne, l’hiver, le printemps et l’été.

Pré-abonnez vous dès maintenant au premier magazine sur la culture et les arts martiaux de l'archipel nippon


mercredi 6 juin 2018

Premier stage Aikido/Aunkai à Hong Kong


 Le 3 juin, nous avons organisé un premier stage commun Aikido/Aunkai à Hong Kong avec le nouveau dojo Aikido Honto Ryu dirigé par Jerald Tai, 3e dan Aikikai et moi-même.



J'ai toujours regretté le manque d'ouverture de la plupart des dojo hongkongais et le refus de se confronter à d'autres pratiques, et c'es donc avec d'autant plus de plaisir que j'ai travaillé avec Jerald pour organiser cette session et réunir nos deux groupes pour échanger.

Pendant la première partie de la séance, Jerald nous a fait travailler certains mouvements de base de l'Aikido, sur katate dori, en prenant soin d'expliquer les principes de chaque mouvement, ainsi que le rôle de Uke. Sachant qu'une petite partie des pratiquants n'avaient jamais fait d'Aikido, il était très intéressant de les voir s'y essayer pour la première fois.

Dans la seconde partie, j'ai donc présenté quelque principes de base d'Aunkai, sur des mouvements statiques. N'ayant qu'une heure il me semblait cavalier de partir directement sur des exercices en mouvement ou pire des applications avant de voir un peu plus précisément la base. Comme je le dis souvent, Aunkai est un retour en profondeur sur les bases, qui nous permet de comprendre notre corps en profondeur et ainsi d'avoir un effet plus profond sur notre partenaire. Le gros avantage de la méthode étant qu'elle est indépendante des styles martiaux, et qu'il est donc possible à des pratiquants d'autre chose de s'y épanouir sans forcément rejeter leur pratique habituelle.

Le Budo est une école de vie dans laquelle s'isoler ne peut être bénéfique. C'est en allant à la rencontre des autres et en acceptant que l'on ne sait pas tout que l'on peut progresser et avancer. J'ose croire que ce premier stage, qui sera suivi d'autres, jouera un rôle bénéfique de ce point de vue.





vendredi 1 juin 2018

Aunkai à Tōkyō

Revenir à Tōkyō pour pratiquer l'Aunkai est toujours un moment que j'apprécie particulièrement, car ce sont des occasions rares de voir Akuzawa sensei et ses étudiants, de ressentir comment leur pratique a évolué et d'essayer de saisir un peu plus la complexité des principes biomécaniques utilisés en Aunkai.Aunkai est simple. Pas facile. C'est le meilleur résumé de ce que l'on ressent lorsqu'on pratique l'Aunkai. La plupart des arts martiaux se concentrent sur le fait d'ajouter: l'ajout de techniques, l'ajout de puissance, la construction vers la complexité. Au fur et à mesure que les élèves progressent, ils apprennent de nouveaux katas, de nouvelles formes, de nouvelles techniques. Aunkai prend le chemin inverse, et il est avant tout question d'enlever: enlever les tensions, enlever la force, enlever tout sauf l'essentiel. C'est simple en effet, car il suffit de faire ce qui est nécessaire. Mais ce n'est clairement pas facile car cela nécessite de re-câbler profondément notre cerveau et notre corps, de la même manière que vous changeriez le système d'exploitation de votre ordinateur ou de votre téléphone.

Pour ce séjour, j'étais accompagné par mon ami aikidōka, Christian et je suis heureux d'avoir pu lui permettre de ressentir en direct la pratique de sensei. Si je peux donner une idée du potentiel d'Aunkai, et si Rob a déjà donné plus de précisions lors de ses stages à Hong Kong, toucher directement sensei est une expérience qui marque quelqu'un, car seule une poignée d'adeptes peut montrer ce niveau de qualité corporelle.Le contenu a a été relativement intense. Séminaire avec sensei et les élèves de Rob le samedi matin, cours réguliers le soir, cours particuliers le dimanche, cours réguliers le jeudi soir, entraînement avec Rob et ses élèves le samedi matin et retour au Hombu le samedi. C'était tout simplement génial, sensei nous a montré certains éléments que nous n'avions pas vus auparavant, ou du moins pas de cette façon, et qui mettent en lumière bon nombre d'autres choses qu'il fait.  

Un accent particulier a été mis sur les atemi le premier week-end. Les coups de poings et de pieds en Bujutsu diffèrent beaucoup de ce qui est couramment pratiqué dans les sports de combat ou dans la plupart des pratiques martiales actuelles. Dans un contexte de Bujutsu, frapper consiste à transférer son poids et sa force au corps de l'adversaire. C'est très différent d'un jab qui vise à maintenir la distance, atteindre une cible éloignée, ou percuter. Le dernier samedi s'est concentré beaucoup plus sur le travail au corps à corps, avec beaucoup d'exercices avec partenaire (kuzushi ou des exercices de push out en libre).



Aller à Tōkyō est toujours une expérience formidable qui me permet de m'entraîner avec sensei, mais aussi avec ses élèves, dont certains s'entraînent sous sa direction depuis déjà de nombreuses années, deux fois par semaine, et sont donc une incroyable source d'idées nouvelles. Comme déjà mentionné, Aunkai est loin d'être facile. Akuzawa sensei a une qualité de mouvement que seule une poignée d'adeptes a, et cela va avec une conscience du corps extrêmement aiguë. En tant que simples mortels, nous en comprenons des bouts.  Mais pas toujours les mêmes en fonction de notre corps, de notre état d'esprit ou de notre parcours martial, et avoir l'opportunité d'échanger avec les élèves avancés de sensei tels que Rob, Miyakawa-san, Gernot , Murata-san est toujours pour moi une grande source d'inspiration.